Le Cigref (Club informatique des grandes entreprises françaises) a réuni ses membres autour du nouveau délégué interministériel à l'intelligence économique pour un petit déjeuner le 2 juillet 2010.
« Lénine disait que le capitaliste allait vendre la corde pour le pendre mais, en fait, aujourd'hui, les entreprises la donne » a fustigé Olivier Buquen, nouveau délégué interministériel à l'intelligence économique, lors du petit déjeuner organisé pour ses membres par le Cigref ce 2 juillet 2010. Citer Lénine quand on est directement rattaché à Nicolas Sarkozy est certes une provocation. Mais l'image marque.
Olivier Buquen a une position différente de son « prédécesseur » Alain Juillet. Ce dernier était en effet rattaché au SGDN (Secrétariat Général à la Défense Nationale). Il a certes défriché le sujet de l'intelligence économique et bien évangélisé mais était trop connoté « militaire » pour réellement séduire le secteur privé. Olivier Buquen indique : « Claude Guéant et Nicolas Sarkozy s'intéressent à ce sujet depuis des années et, en 2009, ont voulu faire évoluer le dispositif. » La fonction d'Alain Juillet avait été créée suite au rapport du député Bernard Carayon en 2003, neuf ans après le rapport de Henri Marte. Celle d'Olivier Buquen est, selon ses mots, un « gros projet transversal qui « s'appuie sur les business units (les ministères) mais est rattachée à la holding de tête (la Présidence de la République) ».
Le travail de ce nouveau délégué interministériel à l'intelligence économique concerne autant l'Etat pour son propre compte que les entreprises dont les intérêts doivent être défendus dans le cadre d'une défense des intérêts économiques du pays. Mais en aucun cas il ne remplace les cabinets privés : son intervention ne se fait que dans le cadre de la défense de l'intérêt national, plutôt à titre défensif. Il pourrait être amené à soutenir de grands contrats à l'exportation mais sous l'expresse condition que ce contrat mette en jeu une puissance publique étrangère. Intervenir dans des affaires franco-françaises n'est pas son rôle, et dans des contrats privés internationaux risquerait d'être contre-productif.
« Beaucoup font de l'intelligence économique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir, mais il faut savoir formaliser et professionnaliser la démarche, ce qui n'est pas si naturel que cela » concède Olivier Buquen. Le rôle de l'Etat, comme il l'a martelé, n'est certainement pas de faire tout le travail à la place des entreprises mais par contre il doit savoir initier et accompagner.
Comprendre l'importance de l'IE
L'intelligence économique a encore parfois une image barbouzarde.
Or elle consiste à collecter les informations stratégiques, analyser celles-ci, diffuser les bonnes informations aux bonne personnes et enfin protéger les informations stratégiques des personnes qui ne doivent pas en prendre connaissance (comme les concurrents par exemple).
Mais pourquoi le Cigref s'intéresse-t-il au sujet ? Et, au delà, pourquoi les DSI devraient-ils s'en préoccuper ?