La France, terre d'accueil des investissements étrangers dans les datacenters
Accueil à bras ouverts, infrastructures clé en main, accès à une électricité nucléaire économique et décarbonée... Via ces atouts, la France représente désormais un quart des investissements directs étrangers en datacenters dans le monde. Non sans impact environnemental.
Publicité270 Md$ (227 Md€), c'est le montant des investissements étrangers directs (IED) dans le secteur des datacenters dans le monde, estimé provisoirement par la Cnuced (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement) dans son 50e moniteur des tendances de l'investissement mondial. Et la France seule s'en arroge un quart, avec 69 Md$ (58 Md€) d'investissements. Soit également un cinquième de la valeur de l'ensemble des projets greenfield (création d'une nouvelle infrastructure) dans le monde. Le pays se place ainsi en tête, loin devant les États-Unis, en 2e position avec 29 Md$ (24 Md€). Même si, par la nature même de l'étude, les investissements des géants du numérique sur leur propre sol ne sont pas pris en compte.
Des résultats liés au développement du numérique en général et, surtout, à l'explosion des usages et des déploiements associés à l'IA, et à l'attractivité des coûts de l'électricité issue du nucléaire. Une énergie accessoirement peu émettrice de gaz à effets de serre. Difficile de savoir dans quelles proportions les 35 datacenters IA clés en main annoncés l'an dernier par le gouvernement contribuent à cette tendance. Le total de 109 Md€ d'investissement annoncés pour l'IA l'an dernier provient de fonds et d'entreprises autant français qu'étrangers, et n'est pas réservé aux infrastructures.
Décarbonation contrariée
Le bilan prospectif 2025-2035 du gestionnaire de réseau national d'électricité RTE confirme ce développement des datacenters sur le sol français. Il précise ainsi que ces sites représentent, au 1er novembre 2025, la moitié de la puissance associée aux nouvelles demandes d'accès au réseau ou d'augmentation de puissance pour des sites existants. Soit 14 GW sur un total de 30 GW. Si la France continue d'importer 60% de l'énergie finale qu'elle consomme, soit des énergies fossiles, elle repose pour le reste sur son électricité nucléaire et issue des renouvelables.
RTE précise néanmoins qu'aux échéances de 2030 et 2035, « les ambitions de décarbonation de l'économie française et européenne [...] laissent entrevoir des gisements importants de croissance de la consommation d'électricité, portés notamment par l'électrification des véhicules, la décarbonation de l'industrie et le déploiement d'électrolyseurs et de centres de données ». Dans son rapport « Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné », publié en octobre 2025, le think tank The Shift Project prévenait, de son côté, des risques d'augmentation de l'empreinte environnementale, associée aux seuls 35 datacenters annoncés l'an dernier, prospective chiffrée à l'appui.
PublicitéDirection les Hauts-de-France
Si ce scénario se concrétise, précise le think tank, « la consommation des datacenters en France passerait de 2% de la consommation totale du pays aujourd'hui à 7,5% en 2035 ». Et si cette évolution n'est pas planifiée, elle entraînerait des conflits d'usage avec « des secteurs dont la décarbonation complète ne peut passer que par leur électrification, comme les transports ou le chauffage ». La Banque des territoires confirme également que « la concurrence entre les usages électriques affecte ensuite les territoires concentrant les infrastructures de calcul, comme l'Île-de-France et Marseille. Face au risque de saturation dans ces zones, l'État a identifié 65 sites favorables à l'accueil de centres de données dans l'ensemble des régions, dont 16 dans les Hauts-de-France ». Si l'attractivité de la France pour les investissements financiers dans les datacenters est sans nul doute un atout, reste à en évaluer toutes les conséquences.
Article rédigé par
Emmanuelle Delsol, Journaliste
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