Stratégie

SAP reste au coeur des SI, mais son virage vers le cloud et l'IA ne convainc pas

SAP reste au coeur des SI, mais son virage vers le cloud et l'IA ne convainc pas
Lors du salon Sapphire organisé par l’éditeur. Pour 84% des entreprises, les solutions du géant des ERP conservent toute leur importance voire ont renforcé leurs positions au sein des SI. (Photo : SAP)

Selon une étude du club allemand des utilisateurs de SAP, les entreprises investissent de manière plus ciblée qu'auparavant dans les technologies de l'éditeur, sans pour autant remettre fondamentalement en question la place du premier éditeur européen dans leur SI.

PublicitéLes utilisateurs de SAP des pays germanophones continueront d'investir dans l'informatique et SAP en 2026, mais de manière plus sélective et sous une pression économique accrue, selon une nouvelle étude du club des utilisateurs SAP germanophones (DSAG).

L'étude du DSAG révèle que 38% des quelque 200 entreprises interrogées en Allemagne, en Autriche et en Suisse augmenteront leur budget informatique en 2026, et que ce sera le cas des investissements SAP dans 43% des organisations. Cependant, dans le même temps, les budgets IT d'environ un quart des entreprises interrogées sont en baisse. Et 28% des organisations interrogées réduisent leurs dépenses dans SAP.

« Ces tendances budgétaires reflètent les pressions économiques persistantes que subissent de nombreuses entreprises. La hausse des prix de l'énergie, les incertitudes géopolitiques et un contexte de marché tendu incitent à un examen plus rigoureux des investissements, à une priorisation accrue et, dans certains cas, à leur report, y compris dans l'environnement SAP », indique Jens Hungershausen, président du DSAG.

SAP conserve une position stratégique

Même si les investissements des entreprises se font plus ciblés, l'éditeur de Walldorf reste un acteur incontournable de l'IT des entreprises. Seulement 16% des participants à l'étude estiment que l'importance de SAP est en déclin, tandis que pour les 84% restants, les solutions du géant des ERP conservent toute leur importance (48%) ou ont même renforcé leurs positions (36%). Les décideurs interrogés par le DSAG associent ainsi les solutions SAP au sein des SI à des éléments davantage stratégiques qu'opérationnels, comme la transformation numérique et la modernisation des processus, l'optimisation des coûts et l'amélioration de l'efficacité ou encore la conformité et la sécurité.

« Les résultats montrent clairement que les entreprises ne considèrent plus les investissements SAP de manière isolée, explique Jens Hungershausen. La transformation numérique et la modernisation des processus restent les principaux moteurs, mais elles sont clairement complétées par la nécessité d'opérer plus efficacement et de répondre de manière fiable aux exigences réglementaires et de sécurité. »

Cependant, de nombreux défis influencent les décisions d'investissement SAP, notamment la rentabilité des investissements dans les logiciels SAP (79 %), le contexte économique (79 %), les conditions de licence et de contrat de SAP (70 %), la fin de la maintenance de certains composants (63 %), la mise en oeuvre des obligations légales (59 %) et la complexité de l'architecture système (51 %).

S/4 Hana gagne du terrain, mais...

En raison de l'échéance de la fin de maintenance d'ECC6 (fin 2027 pour la maintenance standard), la migration vers SAP S/4 Hana est un enjeu majeur pour la base installée SAP. Selon l'étude, 42% des entreprises prévoient des investissements importants ou significatifs dans S/4 Hana on-premise en 2026. La solution de cloud privé attire les budgets de 22% des organisations, tandis que la version cloud public se contente d'un petit 6%.

PublicitéS/4 Hana on-premise est déjà utilisé par 56% des répondants, 17% faisant tourner le progiciel dans un cloud privé et 5% dans un cloud public. Selon le DSAG, ces grands équilibres indiquent que la stratégie cloud de SAP ne porte pas ses fruits et que l'entreprise de Walldorf doit offrir aux entreprises une plus grande liberté de choix. D'ailleurs, le choix de l'une ou l'autre des options cloud proposée par SAP semble régresser, 28% des organisations prévoyant d'investir dans ces solutions en 2026 contre 68% en 2025. Un recul de 40 points en un an !


Jens Hungershausen, président du DSAG, réclame une plus grande liberté de choix pour les entreprises au sein du portefeuille produits de SAP.

Parallèlement, 54% des entreprises utilisent encore SAP ECC ou l'ancienne SAP Business Suite (dans certains environnements). Parmi les entreprises utilisant SAP ECC, près de la moitié prévoient d'opter pour la maintenance étendue et de migrer vers S/4 Hana d'ici fin 2030. 37% souhaitent effectuer cette transition d'ici fin 2027, tandis que 4% visent une migration d'ici fin 2033 et prévoient donc d'utiliser SAP ERP, Private Edition, Transition Options.

Comme l'explique Jens Hungershausen, cette décision n'est pas prise sur un coup de tête. Idéalement, nombre d'entreprises ne souhaitent pas attendre 2030 pour effectuer la transition, mais la complexité de leurs systèmes les y oblige. Parmi les autres raisons justifiant ce choix, malgré les coûts de maintenance plus élevés qu'il entraîne, figurent la pénurie de personnel qualifié, les projets de transformation menés en parallèle et les budgets limités.

SAP Business Suite reloaded : c'est encore flou

Selon l'enquête, SAP peine encore à communiquer aux utilisateurs une vision claire de sa nouvelle Business Suite, qui comprend Cloud ERP, Business AI, Business Data Cloud et Business Technology Platform. 35% des répondants se disent fortement ou très fortement influencés par cette vision dans leur planification d'investissement, tandis que 62% se disent moins ou pas du tout influencés.

La chaîne d'outils intégrée (Cloud ALM, Signavio, LeanIX, WalkMe) peine également à s'imposer auprès de nombreuses entreprises : 24% l'utilisent déjà partiellement ou intégralement, tandis que 39% prévoient d'en utiliser au moins une partie. 17% des entreprises interrogées n'envisagent pas de l'utiliser, et une proportion équivalente indique ne pas la connaître ou ne pas la juger pertinente.

Jens Hungershausen souligne que certains composants de cette suite d'outils sont déjà utilisés dans de nombreuses entreprises. Par exemple, Cloud ALM remplace souvent SAP Solution Manager. « La situation est similaire pour la chaîne d'outils intégrée et la vision cible de la nouvelle SAP Business Suite, dit le président du DSAG. Les entreprises attendent des déclarations claires sur la valeur ajoutée, l'intégration aux environnements existants et la viabilité économique. Ce n'est qu'à cette condition que les visions stratégiques cibles se traduiront concrètement en décisions d'investissement. »

SAP en difficulté avec l'IA ?

L'éditeur allemand est également confronté aux défis de l'intelligence artificielle, un domaine qu'il promeut activement. 43% des entreprises sondées ont déjà mis en oeuvre des cas d'usage d'IA, mais la majorité ne l'a pas encore fait. Il est également frappant de constater que les scénarios d'IA opérationnels sont majoritairement mis en oeuvre avec des solutions non-SAP (77%), les solutions de l'éditeur ne jouant jusqu'à présent qu'un rôle mineur (3%). Néanmoins, cet équilibre pourrait évoluer : si 62% des entreprises réalisent des expérimentations d'IA avec des solutions non-SAP, 26% ont choisi les technologies SAP pour ce faire.

DSAG attribue ces résultats notamment à la complexité des cas d'application dans les environnements SAP. « Un cas d'usage dans l'environnement SAP a des exigences différentes de celles requises pour l'utilisation de solutions standard basées sur de grands modèles de langage », selon Jens Hungershausen. Pour le DSAG, les entreprises doivent préparer leurs systèmes existants à une architecture « clean core ready » afin de tirer pleinement parti de la multitude de scénarios proposés par SAP. « Le fait que la plupart des cas d'usage d'IA soient mis en oeuvre avec des solutions non-SAP est également un signal pour SAP. De nombreuses entreprises utilisent encore des systèmes sur site ou des environnements hautement personnalisés où les innovations en IA n'ont jusqu'à présent été utilisables que de manière limitée. En tant qu'association d'utilisateurs, nous souhaitons davantage de liberté de choix, de transparence et des parcours de migration réalistes », dit Jens Hungershausen.

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