Les DSI poussent les métiers à développer en vibe-coding
Les DSI sont de plus en plus ouverts à l'utilisation d'assistants de programmation IA directement par les utilisateurs métiers, afin de créer projets pilotes et solutions spécifiques. A condition d'encadrer ces usages avec une gouvernance et des garde-fous bien établis.
PublicitéLe vibe-coding s'étend désormais au-delà des équipes de développement logiciel pour toucher diverses entités opérationnelles au sein d'entreprises variées. Les responsables informatiques soutiennent activement ces initiatives, voire les impulsent. Cette démocratisation du développement, favorisée par les outils de vibe-coding, tels que les assistants et agents générant du code à partir de prompts, voit cette pratique s'implanter dans des services comme les ressources humaines et le marketing.
Avec l'appui de la DSI, ces initiatives peuvent réduire les retards de développement, rapprocher la conception de solutions des problématiques métier et ouvrir des perspectives inédites. Cependant, le vibe-coding peut s'avérer délicat à mettre en oeuvre pour les entreprises. Les DSI souhaitant exploiter pleinement son potentiel doivent mettre en place une gouvernance et les garde-fous nécessaires pour garantir la sécurité des résultats.
L'esprit créatif au rendez-vous
Chez EnFi, fournisseur de technologies pour les services financiers, tous les collaborateurs, y compris la direction, sont ainsi encouragés à utiliser Claude Code pour créer leurs propres sous-agents et à les faire adopter par leurs équipes. « Les résultats nous ont surpris, dit Scott Weller, directeur technique. Ce qui a commencé comme une initiative pour améliorer la productivité des ingénieurs est devenu une compétence à l'échelle de l'entreprise. Désormais, du PDG au responsable de la réussite client, chacun peut transformer une idée en prototype fonctionnel en quelques heures, et non plus en plusieurs semaines. »
L'utilisation de Claude Code s'est rapidement développée lorsque les employés non-ingénieurs ont réalisé qu'ils pouvaient participer directement à la création d'applications, ajoute Scott Weller. « Les responsables produits, ceux de la réussite client et les décideurs initient désormais régulièrement des projets de développement via le même système, précise-t-il. Chaque service, quel que soit l'initiateur des projets, passe par les mêmes contrôles qualité automatisés, les mêmes vérifications architecturales et la même revue de code humaine avant toute mise en production. »
Lorsqu'un agent d'IA écrit du code, « il suit les mêmes règles qu'un ingénieur senior », selon le directeur technique. « La revue de code assistée par l'IA détecte le non-respect des principes d'architecture, les failles de sécurité et les incohérences de conception avant même qu'un relecteur humain ne les examine. Ainsi, la réponse à une demande Slack d'un chef de produit atteint le même niveau de qualité qu'une pull request rédigée par un ingénieur. » Permettre à tous les employés de l'entreprise de proposer une idée et de la voir se concrétiser en demandant simplement à un bot de la développer « a fondamentalement transformé la participation au développement des produits », résume le CTO.
PublicitéSelon Scott Weller, la démocratisation de la programmation assistée par l'IA a ainsi permis de réduire considérablement le délai de réalisation de certains projets, passant de plusieurs semaines à quelques heures. « Cela a décuplé le nombre d'expérimentations que nous pouvons mener, que ce soit pour améliorer l'expérience utilisateur, explorer de nouvelles fonctionnalités ou tester des méthodes de travail alternatives », conclut-il. L'avantage le plus significatif ? Les nouvelles idées ne sont plus freinées par un manque de ressources d'ingénierie. « Lorsque chaque membre de l'entreprise peut décrire ses besoins et les voir se concrétiser, le rythme d'expérimentation s'accélère considérablement », résume Scott Weller.
Des experts métiers qui apprennent plus vite et sont plus engagés
Skillsoft, fournisseur de services et de produits de gestion des compétences, promeut également le vibe-coding en interne, au-delà de ses seules équipes de développement logiciel. « Bien que cette approche ait initialement émergé au sein des équipes IT, nous avons délibérément encouragé cette approche au-delà des équipes de développement logiciel, explique Orla Daly, la DSI. Nous sommes convaincus de la réelle valeur ajoutée que représente la capacité des équipes de toute l'organisation à explorer, expérimenter et résoudre des problèmes grâce à l'IA, de manière directement liée à leur travail quotidien. »
Au sein de l'organisation infrastructure et opérations de Skillsoft, des non spécialistes en développement créent de nouveaux produits et fonctionnalités ou exploitent les principes du vibe-coding pour résoudre des problèmes rencontrés en production, précise Orla Daly. « Nous l'avons constaté à travers des expérimentations transversales, comme le prototypage de solutions d'intelligence client pour nos équipes de commercialisation et le développement rapide d'un portail client, dit la DSI. Lorsque les collaborateurs apprennent et appliquent l'IA pour résoudre un problème métier concret, cela donne du sens et crée une dynamique positive. »
Avec le vibe-coding, les équipes n'apprennent pas seulement de nouveaux concepts, « elles développent leur jugement, leur curiosité et une meilleure compréhension de la façon dont l'IA peut valoriser leur fonction et, plus largement, leur département, poursuit Orla Daly. Les avantages sont très concrets. Les équipes apprennent plus vite, car elles appliquent directement l'IA à leur travail. L'engagement augmente lorsque les collaborateurs se sentent en confiance pour explorer et partager leurs idées. Et, en tant qu'organisation, nous avons une meilleure visibilité sur les compétences existantes et leur évolution. »
Plus largement, le vibe-coding favorise l'adaptabilité, selon la DSI. « Il aide les collaborateurs à passer d'une vision abstraite ou intimidante de l'IA à une vision réfléchie, en s'appuyant sur le jugement et la collaboration plutôt que sur des processus rigides, assure-t-elle. Les solutions issues du vibe-coding ont permis de combler des lacunes en matière de compétences et de déployer des solutions en production plus rapidement, générant ainsi une réelle valeur ajoutée. »
L'expérimentation comme moteur
Chez Corevist, fournisseur de plateforme e-commerce, l'adoption généralisée du vibe-coding n'a pas été une initiative formelle à l'origine. « Cette pratique est apparue dans différents services de l'entreprise, principalement au sein des équipes commerciales en contact avec la clientèle, car elles cherchaient à gagner en rapidité et à faciliter la communication des idées », explique Terry Stahler, le DSI et directeur de l'expérience client. Son développement ne s'est pas fait spontanément. « Sans l'impulsion de la direction en faveur de l'expérimentation, sa progression aurait probablement été beaucoup plus lente et basée sur le consensus, précise Terry Stahler. Au lieu de cela, nous avons clairement encouragé l'expérimentation, et un budget était prévu à cet effet. »
Aujourd'hui, Corevist utilise le vibe-coding principalement comme outil de prototypage. « Il permet d'aboutir plus rapidement à des solutions concrètes, ce qui clarifie considérablement les échanges, dit le DSI. C'est là le principal avantage. Nous ne l'utilisons pas comme un raccourci vers la production logicielle. Tout ce qui dépasse le stade de prototype suit notre processus d'ingénierie habituel et les procédures de sécurité associées. »
Les ventes ont été le premier domaine où le DSI a constaté l'émergence de cas d'usage. L'un d'eux était le prototypage en direct pendant le processus de vente. « Lors d'une conversation B2B classique, un prospect explique ses besoins, l'équipe commerciale prend des notes, puis chacun tente de les interpréter plus tard, explique-t-il. Ce qui a changé ici, c'est la possibilité de transformer une idée en quelque chose de visible beaucoup plus rapidement, parfois même pendant la conversation. » Ce qui permet, en retour, au prospect de réagir concrètement et de vérifier plus facilement si le commercial comprend bien sa demande. « Cela a réduit l'ambiguïté dès le début, ce qui est précieux dans tout cycle de vente complexe », résume Terry Stahler.
Le département marketing de Corevist a également exploité le vibe-coding pour la mise à jour de son site web. « L'avantage principal réside dans la rapidité des premières phases de création et de planification, souligne le DSI. Les utilisateurs métiers peuvent générer des versions préliminaires des pages et des flux beaucoup plus rapidement qu'avec des instructions écrites ou des maquettes statiques seules. Ce qui a facilité l'harmonisation sur les orientations à prendre et a réduit les allers-retours habituels lors de la refonte d'un site web. »
Shunter les files d'attente de l'ingénierie logicielle
ZenBusiness, fournisseur de plateformes permettant d'accompagner la croissance des entreprises, encourage également le vibe-coding « à tous les niveaux », explique Alex Victoria, le CTO. « Notre approche est simple : si les outils d'IA peuvent vous aider à passer de l'idée à la solution fonctionnelle sans attendre dans une file d'attente de l'ingénierie, nous vous encourageons à les utiliser », dit-il. Le vibe-coding a d'abord émergé au sein des équipes produit et ingénierie, avant de s'étendre à d'autres départements.
« Nous avons vu des équipes data développer leurs propres outils de requête, des chefs de produit créer des prototypes interactifs sans aucune formation en design, et des équipes dans toute l'entreprise utiliser l'IA pour gérer des tâches qu'elles sous-traitaient auparavant à des spécialistes, explique Alex Victoria. La culture que nous avons cherché à instaurer prône une expérimentation qui n'est plus réservée aux ingénieurs. Si vous êtes prêt à apprendre et à utiliser les outils que nous avons, vous pouvez coder pour améliorer vos workflows de manière autonome. »
Bien qu'Alex Victoria utilise des outils de programmation agentique depuis des années, il affirme que le véritable potentiel s'est révélé en 2025 avec la sortie de Claude Code. « J'ai constaté un impact considérable [de cette technologie] depuis, notamment avec Cursor et Codex, explique-t-il. Quand on peut créer son propre outil ou prototype en un après-midi au lieu d'attendre des semaines dans une file d'attente, cela change la donne. » Le principal avantage réside dans l'évolution des rôles, selon lui. « Les développeurs qui savent créer des logiciels peuvent désormais apporter beaucoup plus de valeur qu'auparavant, affirme le CTO. Il existe encore un fossé entre une idée codée via des prompts et un produit fonctionnel. Savoir livrer un produit fonctionnel est un atout précieux dans ce secteur. »
Les défis de la qualité et de la gouvernance
La généralisation du vibe-coding à tous types d'utilisateurs soulève toutefois son lot de défis. L'un d'eux réside dans le maintien de la qualité. « Ouvrir le développement aux non-ingénieurs comporte le risque d'obtenir du code fonctionnel, mais non conforme aux conventions du projet, ce qui engendre une dette technique plus rapidement qu'avec un développement classique », explique Scott Weller. EnFi a répondu à ce problème en investissant massivement dans les règles et les skills de programmation (soit des instructions, scripts et ressources permettant d'améliorer les résultats). Plus de 40 skills personnalisées influencent ainsi les résultats de l'IA afin de correspondre à des modèles d'architecture prédéterminés.
« L'agent ne se contente pas d'écrire du code ; il écrit du code qui satisfait aux mêmes critères de validation que ceux appliqués aux ingénieurs humains, explique Scott Weller. Chaque branche, qu'elle soit initiée par le PDG ou un jeune ingénieur, passe par les mêmes contrôles qualité automatisés et par une relecture humaine du code. »
Pour Agiloft, fournisseur de logiciels d'entreprise, « le plus grand défi n'est pas technique, mais organisationnel », comme l'indique Noe Ramos, vice-présidente des opérations d'IA. Agiloft développe une capacité de développement intégrant nativement l'IA pour toutes ses fonctions, finance, RH ou services professionnels. « La plupart des entreprises, y compris la nôtre, cherchent encore à distinguer où se situe le travail réellement effectué par rapport à ce qu'elles imaginent, explique Noe Ramos. Avant d'étendre l'IA à une fonction métier, il faut comprendre le workflow réel, et non celui qui est documenté. Ce travail de découverte est presque systématiquement sous-estimé. »
L'entreprise a également dû surmonter « les difficultés naturelles liées à la confiance et à l'adoption », ajoute la responsable. Le facteur humain, bien qu'essentiel à l'IA, reste le principal facteur limitant dans ce cas précis, et non la technologie. »
Du point de vue de la gouvernance, Agiloft a dû gérer des problématiques telles que le contrôle d'accès, la gestion des identités et le traitement des données. « Nous avons mis en place un processus d'approbation formel et un cycle de vie structuré pour les cas d'usage afin de gérer ces aspects et d'éviter que l'IA ne soit introduite dans les équipes métiers d'une manière qui engendre de la dette technique ou des risques de non-conformité », souligne Noe Ramos.
Pour le fournisseur de technologies de santé iCore, le principal défi a consisté à instaurer la confiance chez les utilisateurs non techniciens, plutôt qu'à surmonter les obstacles techniques, selon Thiago Soares, le directeur des opérations. L'entreprise a activement soutenu le développement assisté par l'IA en dehors de son équipe d'ingénierie, notamment auprès des services opérationnels et de la réussite client. Des départements qui développent des outils de reporting automatisés, des modèles de workflows internes et des checklists d'intégration client, dont la création nécessitait auparavant du temps de développement.
« Les collaborateurs non familiarisés avec le développement assisté par l'IA avaient besoin d'une formation structurée pour que l'adoption leur paraisse naturelle, indique Thiago Soares. Nous avons remédié à cela par le biais de sessions animées par des pairs, où les premiers utilisateurs ont présenté des cas d'utilisation concrets adaptés aux workflows spécifiques de chaque équipe.
Selon Orla Daly (Skillsoft), des niveaux de confiance inégaux dans le vibe-coding et l'outillage peuvent ralentir les progrès. « Il est important de créer un environnement d'apprentissage sécurisant, explique la DSI. La constitution de petites équipes travaillant ensemble, avec un soutien mutuel et en encourageant l'apprentissage partagé, s'est également avérée utile pour favoriser la progression par la pratique, qui est le mode d'apprentissage le plus efficace. »
La gouvernance est un autre élément clé, notamment dans les secteurs réglementés dotés de protocoles stricts de gestion des données, comme la santé. « Les organisations performantes définissent des limites claires pour le développement de code généré automatiquement, en dehors des processus de développement formels », explique Thiago Soares (iCore). Au sein de cette société, la direction informatique a mis en place les garde-fous nécessaires pour sécuriser l'expansion du vibe-cooding, « en définissant des limites d'accès aux données et des points de contrôle de conformité conformes à notre engagement en matière de confiance et de sécurité, précise le responsable. Ce socle de gouvernance permet à l'innovation dans le cloud de progresser sans engendrer de risques réglementaires que le secteur de la santé ne peut se permettre. »
Le vibe-coding va encore s'étendre
Les organisations qui déploient le vibe-coding au-delà de l'ingénierie cherchent aujourd'hui à étendre encore davantage ces initiatives. Chez iCore, le déploiement dans les fonctions marketing et RH est déjà en cours, selon Thiago Soares, avec un accent particulier mis sur les workflows gérant des contenus et l'automatisation de la documentation. « Ce sont des domaines où le vibe-coding permet d'améliorer l'efficacité sans impacter les infrastructures liées aux données cliniques ou à la conformité, par nature sensibles », assure le directeur des opérations.
Agiloft prévoit également de développer davantage le vibe-coding et d'en faire une pratique standard « de manière progressive et itérative », selon Noe Ramos. L'objectif est de passer de cas d'usage isolés à un modèle opérationnel d'IA cohérent, couplée à une infrastructure partagée, et à des équipes maîtrisant l'IA au sein de toutes les fonctions, plutôt que de se contenter d'outils d'IA dispersés dans les différents services. « Pour nous, l'expansion signifie déployer ce qui fonctionne, et non multiplier les outils, précise la responsable. Nous suivons chaque initiative d'IA tout au long d'un cycle de vie structuré, de son lancement à sa mise hors service, précisément pour éviter d'accumuler des capacités sous-utilisées. Chaque fonction intégrera à terme l'IA, mais le but est que ces capacités soient connectées, gouvernées et utilisées [correctement], et non pas seulement déployées. »
De son côté, EnFi étend le rayon d'action du vibe-coding de fonctions proches de l'ingénierie, tels que le développement produit et la réussite client, à d'autres départements. « Le même processus - décrire ce que l'on souhaite, voir la solution mise en oeuvre, examiner et décider - s'applique aux outils internes, aux rapports, aux workflows opérationnels et à la documentation, assure Scott Weller. Les organisations qui maîtrisent le développement assisté par l'IA en interne seront celles qui pourront déployer des workflows assistés par l'IA chez leurs clients avec la qualité, la gouvernance et la fiabilité exigées par les secteurs réglementés. La pratique interne en est la preuve. »
Article rédigé par
Bob Violino, CIO US (adapté par Reynald Fléchaux)
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