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Chez Icade, Chloé Joubert bâtit la conduite du changement pour l'IA

Chez Icade, Chloé Joubert bâtit la conduite du changement pour l'IA
Icade a créé une task force transverse à la DSI, pilotée par Chloé Joubert, à la double formation scientifique et organisation. (Photo : E.D.)

Les métiers de la DSI. Chez Icade depuis 4 ans, Chloé Joubert pilote, au sein de la DSI, une task force d'accompagnement du changement lié à la stratégie « IA pour tous ». Veille, sélection des solutions, identification de cas d'usage, formation, acculturation font partie de ses missions.

PublicitéÀ son arrivée au poste de DSI du groupe immobilier Icade (CA 2025 de 1,13 Md€ pour 1000 employés) en juillet 2024, Alexis de Nervaux a conçu un plan de transformation de l'entreprise par l'IA, en commençant, par un programme « IA pour tous ». Pour le déployer, il a créé au sein de l'équipe « gouvernance et innovation digitale » une task force transverse à la DSI dont la mission est d'accompagner le changement. Et c'est Chloé Joubert, chez Icade depuis 2022, issue d'une formation et d'un parcours à la fois technologique et organisation (lire encadré), qui en pilote le fonctionnement depuis un an. Aujourd'hui responsable digital innovation et IA, elle est arrivée au sein de la DSI en mars 2025 avec la nouvelle organisation mise en place par Alexis de Nervaux. Elle travaillait jusque là au sein de la direction innovation sur des sujets comme la tokenisation ou le web 3 et a collaboré avec le start-up studio du groupe, Urban Odyssée.

« À la genèse du projet IA pour tous, il y a la conviction partagée par notre DG, Nicolas Joly, et notre chief digital officer, Emmanuel Noyer, de la nécessité d'une solution unique d'IA pour libérer tout le potentiel transformatif de l'IA, avec un accompagnement », précise Chloé Joubert. Pour répondre à cet enjeu, cette dernière réalise de la veille technologique ciblée, présélectionne les outils, identifie les cas d'usage, et surtout conçoit et déploie des dispositifs d'accompagnement, de formation et d'acculturation, en collaboration avec toute la DSI et certains autres services du groupe. « J'ai rejoint la DSI pour porter les sujets d'innovation digitale », précise-t-elle. « Et l'an dernier, ceux-ci étaient essentiellement centrés sur la transformation des métiers par l'IA. »

Repérage des cas d'usage avec les métiers

Outre la veille et le choix des outils, Chloé Joubert travaille aussi sur l'identification, l'expérimentation et le déploiement des cas d'usage d'IA et d'agentique répondant à un besoin pour des fonctions transverses ou métier. Elle coordonne également certains projets qui ont une dimension d'innovation digitale, en liaison avec les business relationship managers, des employés avec une compétence métier et une forte appétence pour la transformation digitale, relais entre la DSI et les métiers. La consultation et la collaboration avec les métiers est au coeur de sa mission. « Face à la vitesse à laquelle évolue la technologie, nous sommes passés d'un mode projet à un mode produit, pour l'IA pour tous, ajoute Chloé Joubert. Et dans ce modèle, ce sont l'adoption et les retours des utilisateurs qui nous servent de mesure. » Le product management est ainsi une de ses prérogatives, en binôme avec un membre de l'équipe Solution métier de la DSI, qui se focalise lui sur le run, les évolutions des projets, les aspects techniques, la conformité, le RGPD, etc.

Publicité« Pour commencer, durant tout l'été 2025, nous avons consulté différents éditeurs de LLM, mais aussi de modèles d'orchestration donnant accès à plusieurs LLM depuis une interface unique, raconte Chloé Joubert. Et nous avons finalement choisi la solution de Delos que nous avons déployée début septembre ». L'éditeur propose une suite de modules de GenAI avec des déclinaisons sectorielles, dont une pour les métiers de l'immobilier, ce qui a orienté le choix d'Icade. « Pour le choix d'un outil, comme dans ce cas, certains membres de la DSI vont regarder la technologie, l'évolutivité, la conformité, la cyber, explique la responsable digital innovation et IA. Mon rôle, c'est de m'intéresser à l'ergonomie, à l'expérience utilisateur et à la capacité à conduire le changement sur cette plateforme ».

Formations personnalisées en fonction des cas d'usage

Les délais étant assez serrés, Chloé Joubert a démarré, en parallèle de la sélection de l'outil, un plan de formation qu'elle qualifie d'ambitieux, co-construit avec l'équipe développement RH et le prestataire spécialisé Mister IA. Ce dernier a été choisi pour son expertise du sujet, mais aussi pour sa connaissance du secteur immobilier. Le plan de formation s'adresse à tous les employés, quel que soit leur niveau de maturité technologique, mais la pilote de la task force a tenu à ce que l'accompagnement ne se fasse pas par niveau, mais par fonction, en particulier pour disposer des cas d'usage adaptés.


« Pour la 4e phase du plan de formation, j'ai pensé et porté un projets de sprints de prompting organisés par fonction. L'idée est de développer une compétence socle sur l'IA, commune à tous les employés », dit Chloé Joubert, responsable digital innovation et IA chez Icade. (Photo : ED)

La formation s'est déroulée en 4 phases. La première, préalable au lancement proprement dit, a consisté à coacher le top management, pour s'assurer d'un sponsoring de l'IA pour tous au plus haut niveau. Pour la deuxième phase, un audit a permis d'organiser une vingtaine de groupes métier. Ils ont identifié un total de plus de 300 cas d'usage qui ont servi de base pour élaborer un plan de formation personnalisé. Le déploiement national de ce dernier en présentiel et l'acculturation à grande échelle se sont déroulés durant la troisième phase. « Nous avons commencé en septembre dernier par une série de webinaires avec plus de 700 participants, raconte Chloé Joubert. Sur une entreprise d'un peu plus de 1000 personnes, cela montre une réelle dynamique d'engagement.» Elle a assuré les sessions de formation dans les 23 agences du groupe sur tout le territoire. « 600 employés sont déjà formés avec un taux de satisfaction de 9,5 sur 10 », se réjouit-elle.

Sprints de prompting pour la montée en compétence

« La quatrième phase est un projet que j'ai pensé et porté, poursuit Chloé Joubert. Il s'agit de sprints de prompting organisés par fonction. L'idée, c'était de développer une compétence socle sur l'IA, commune à tous les employés. Nous devons maintenant pérenniser l'adoption et standardiser certaines pratiques sur des cas d'usage qui ont un sens ». Pour ce faire, Icade veut cette fois organiser des mini sprints avec une trentaine d'ambassadeurs repérés dans les 20 groupes métier. « Nous allons identifier les cas d'usage ayant le plus de valeur, les formaliser et les enregistrer dans Delos pour disposer d'une bibliothèque de prompts préenregistrés. » La task force va également mobiliser ce réseau d'ambassadeurs pour renforcer les dispositifs de communication et de formation avec du e-learning.

La task force de Chloé Joubert a aussi la charge d'une veille technologique très pragmatique, pour trouver des solutions destinées à résoudre des problèmes métiers ciblés et tangibles, sans se limiter à un type d'acteur que seraient, par exemple, les éditeurs installés du marché. « Nous regardons l'open source, par exemple, et les startups. Notre start-up studio nous sert d'ailleurs de radar. » La responsable digital innovation et IA insiste également sur la nécessité de consulter des experts, chez certains partenaires d'Icade par exemple, pour repérer les signaux faibles et ne pas se laisser impressionner par le bruit entourant la GenAI. « Qui plus est, nous nous rendons parfois compte que travailler sur le sujet de l'IA signifie souvent travailler en priorité sur le processus. Et dans ce cas, parfois, il n'y a pas besoin d'IA. Notre organisation a au moins le bénéfice de mettre tout le monde autour de la table, même dans ce cas, pour penser et faire autrement. »

Un backlog de solutions et un backlog de bonnes idées

Aux échanges avec des experts, s'ajoutent les échanges avec des pairs d'autres entreprises spécialisés dans le transformation par l'IA, ainsi que la participation à des clubs. Icade travaille, par exemple, avec le cabinet de conseil Eleven qui organise un club data et IA multisectoriel et puise dans la newsletter real estate (immobilier) de son prestataire de formation Mister IA. « Nous sommes aussi membres d'autres clubs comme le Cigref, ou d'alliances plus sectorielles comme la SBA [Smart building alliance] où ces sujets sont évoqués, complète Chloé Joubert. L'objectif de cette veille, c'est de trouver un équilibre entre les convictions que nous avons, les usages pertinents et les piles technologiques que nous allons utiliser, mais aussi d'avoir une vision un peu complète du paysage qui évolue en permanence, sur les différentes couches technologiques, afin d'adapter nos choix. »

Avec son audit amont, son travail par ateliers et par interviews avec les groupes métier, la task force de la DSI d'Icade dispose ainsi d'une sorte de backlog de cas d'usage, comme le décrit Chloé Joubert. « De mon côté, avec la veille, je vais constituer une sorte de backlog de bonnes idées. Et en les confrontant, nous allons pouvoir vérifier la validité, l'intérêt de certains cas d'usage, identifier ceux qui nous semblent pertinents et agir comme prescripteurs en lien avec le métier. »

En complément
Nos précédents portraits de métiers de la DSI :
- Il gère la dette de la DSI de la Cnav
- PMO, la délicate alliance de la discipline et du relationnel
- Olivier Lepeltier, chief enterprise architect de Pernod Ricard : « Je me considère comme un conseiller en patrimoine »

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