L'entrée en bourse d'Anthropic et d'OpenAI pèsera sur les budgets SI
Anthropic s'apprête à entrer en bourse et OpenAI devrait le suivre en septembre. Sous la pression des actionnaires, ils pourraient chercher des sources de revenus auprès de leurs clients entreprises, en augmentant leurs tarifs. Reste que le marché a changé, et que la concurrence est devenue plus rude.
PublicitéLes pionniers de la GenAI, Anthropic et OpenAI, devraient entrer en bourse dans les semaines à venir. Une stratégie qui pourrait peser sur les DSI, au travers d'augmentations de tarifs destinés à générer les revenus attendus par les actionnaires. L'éditeur de Claude a annoncé avoir déposé une demande d'introduction en bourse le 1er juin. Quelques jours après qu'une source a affirmé au Wall Street Journal qu'OpenAI s'orienterait dans la même direction en septembre prochain, même si la firme s'est refusé à commenter cette éventuelle IPO. Les deux pionniers de la GenAI vont donc probablement lever plusieurs centaines de millions de dollars pour investir dans leurs produits et régler leurs factures. Et de nombreux observateurs craignent que ces organisations indépendantes focalisées sur la recherche, en se transformant en sociétés cotées en bourse, soient soumises à une nouvelle pression pour dégager des bénéfices.
Pour Mark Vena, PDG et analyste principal du cabinet d'études IT SmartTech Research, les clients B2B d'OpenAI doivent s'attendre à des hausses de prix substantielles après son introduction en bourse, en particulier ceux qui utilisent fortement les API, les copilotes, les agents et des déploiements personnalisés. Il entrevoit cependant des conséquences différentes pour l'introduction en bourse d'Anthropic, compte tenu de l'importance accordée par l'entreprise à la sécurité de l'IA. « Ils misent sur la confiance des entreprises, la sécurité, la productivité des développeurs et une IA plus structurée, que les DAF et les DSI peuvent expliquer à leurs conseils d'administration », explique-t-il.
Sous l'oeil permanent de Wall Street
« Je pense qu'OpenAI est le fer de lance culturel de l'IA, mais Anthropic s'impose comme le pari institutionnel », ajoute Mark Vena. Même si l'analyste émet néanmoins des réserves quant à la capacité du second à générer des profits. « Soyons réalistes : la grande question est de savoir si les investisseurs publics récompenseront la rigueur ou sanctionneront les coûts impitoyables de l'IA de pointe. Entraîner des modèles, louer de la puissance de calcul et rester compétitif face à OpenAI, Google, Meta et xAI coûte une fortune. Anthropic devra donc prouver qu'il est plus qu'une simple machine à dépenser des sommes colossales. »
Les introductions en bourse entraîneraient plusieurs autres changements, selon l'analyste, notamment, sous l'oeil de Wall Street, une plus grande transparence, un contrôle accru et une discipline d'entreprise renforcée en matière de gouvernance, de disponibilité, de sécurité et de respect des engagements stratégiques. L'arrivée de nouveaux modèles de tarification est également probable. « Les utilisateurs doivent s'attendre à moins d'innovation rapide et à une pression accrue pour structurer, mesurer et monétiser l'ensemble des services. »
PublicitéFin du format « labo de recherche »
Leo Derikiants, PDG et cofondateur de la société de recherche en IA Mind Simulation Lab, s'attend à des hausses de prix des API, mais aussi à l'introduction de tarifs premium élevés pour la protection de base des données, par exemple, et à des modèles de facturation de plus en plus opaques. Richard Amos, DSI de l'intégrateur cloud Blue Mantis, pense qu'OpenAI, que beaucoup d'analystes le jugent déficitaire, pourrait aussi opter pour une tarification premium pour des modèles haut de gamme, des workflows automatisés ou de l'orchestration avancée.
« Son introduction en bourse marque la fin de l'illusion du "labo de recherche" et la naissance d'un monopole technologique traditionnel, détaille-t-il. Les marchés exigent des revenus prévisibles et croissants, alors que la technologie de base d'OpenAI - les LLM autorégressifs - est fondamentalement imprévisible et probabiliste. » Lui aussi estime qu'Anthropic semble dans une position plus solide et plus défendable qu'OpenAI. Et ce, bien que les deux entreprises s'appuient sur des architectures similaires. « Anthropic s'est moins concentré sur les applications grand public, telles que la génération vidéo, et davantage sur le marché des entreprises, ce qui lui assure des revenus stables », souligne Leo Derikiants.
Un modèle intenable face à la bourse
« L'annonce de leur introduction en bourse confirme cependant une vérité décevante : le marché de l'IA est régi par un comportement grégaire, poursuit le PDG de Mind Simulation Lab. Les plus grands labos tournent en rond, développent exactement les mêmes produits probabilistes sous des marques différentes, sans se soucier ni des limites architecturales ni de leur réelle valeur à long terme. » L'industrie a complètement perdu de vue l'objectif initial. Autrefois, le but premier était de parvenir à une véritable intelligence artificielle générale (IAG). Aujourd'hui, le seul objectif est de maximiser les revenus des souscriptions mensuelles. Les DSI doivent donc se préparer à des stratégies de vendor lock-in agressives ou de bundling forcé et à l'abandon des projets flexibles et ouverts à l'open source, prédit ainsi le PDG. Selon lui, les éditeurs passeront du développement d'une IA sécurisée à la confiscation des données des entreprises entre les murs de leurs API propriétaires, afin de maximiser la valeur pour les actionnaires.
Les fournisseurs d'IA sont pris dans une course au passage à l'échelle, avec une technologie dont l'architecture nécessite une augmentation exponentielle de la puissance de calcul et de l'énergie pour des améliorations marginales. « L'exploitation de ces modèles est fondamentalement inefficace et fortement subventionnée par le capital-risque, souligne Leo Derikiants. Mais une fois qu'elles seront cotées, Wall Street ne tolérera pas indéfiniment les pertes massives liées à ces infrastructures. »
Finops contre hausse des tarifs
S'il est du même avis quant aux conséquences tarifaires des introductions en bourse d'OpenAI et Anthropic, Richard Amos de Blue Mantis anticipe néanmoins plusieurs évolutions positives : une plus grande importance accordée à la stabilité, à la sécurité et à la conformité de la plateforme, ainsi qu'au développement de capacités mieux adaptées aux entreprises, en particulier chez OpenAI. Dans le même temps, il s'attend à ce que les fournisseurs d'IA abandonnent les licences à l'échelle au profit d'une tarification basée sur la consommation, reflétant ainsi les tendances du marché du cloud public. Mais les utilisateurs ne se laisseront pas faire. Certains adopteront des solutions FinOps basées sur l'IA afin d'équilibrer consommation et valeur business, prédit le DSI. « Nous observerons des hausses de prix, mais je pense que de nouveaux outils ou modèles de licences permettront néanmoins de maîtriser les coûts de l'écosystème ».
Quelques jours avant d'annoncer son introduction en bourse, Anthropic a d'ailleurs déjà dévoilé un nouveau modèle de tarification au volume pour certains de ses produits. « Parallèlement, le nouveau modèle d'abonnement Guaranteed Capacity d'OpenAI témoigne d'une nouvelle philosophie qui déplace l'attention de la vente de tokens d'API flexibles vers un service entreprise, prévisible et contractuellement verrouillé, exigeant des engagements de dépenses pluriannuels de la part des entreprises », note Eugina Jordan, PDG et cofondatrice de l'éditeur YounifiedAI. OpenAI a également annoncé la création d'une nouvelle société de conseil en mai.
Une concurrence de plus en plus agressive
Malgré tout, elle rappelle que plusieurs concurrents majeurs ont émergé depuis qu'OpenAI a ouvert la voie de la GenAI avec la sortie de la première version de ChatGPT fin 2022. Anthropic s'est rapidement imposé comme la solution de référence pour le développement en entreprise et en particulier le deep coding. Gemini de Google a tiré parti de sa présence dans les environnements de travail, et Mistral consolide sa position dominante dans l'open source européen. « La nécessité de générer des revenus prévisibles provenant des entreprises intervient à un moment où OpenAI fait face à un environnement concurrentiel fragmenté et extrêmement agressif, où être le premier sur le marché n'est plus une garantie de succès, ajoute-t-elle. À l'instar des bouleversements historiques qui ont vu Yahoo s'incliner face à Google ou MySpace succomber à Facebook, OpenAI constate qu'arriver avec une technologie innovante est très différent de la déployer à grande échelle, et une introduction en bourse l'obligera à accélérer sa maturation, au moment même où ses concurrents parviennent à fragiliser sa position sur le marché des entreprises. »
Pour Mark Vena, OpenAI reste bel et bien le leader du marché, mais il n'est effectivement plus le seul à dicter les règles en matière d'IA. « Il bénéficie toujours d'une forte notoriété et d'une dynamique de produit, mais la suite de l'histoire ne se jouera plus sur la démonstration la plus spectaculaire, mais plutôt la capacité à fournir une IA durable, sécurisée et rentable à grande échelle. »
Article rédigé par
Grant Gross, CIO.com (adapté par E.Delsol)
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