Stratégie

Crédit Agricole crée son entreprise interne spécialisée sur l'IA

Crédit Agricole crée son entreprise interne spécialisée sur l'IA
Le 10 juin, Olivier Gavalda, directeur général de Crédit Agricole S.A., et Olivier Biton, directeur de la transformation technologique de la banque, officialisent la naissance d’une société interne vouée à l’industrialisation de l’IA. (Photo : D.R.)

Pour déployer l'IA à l'échelle, Crédit Agricole investit 500 M€ sur 3 ans et mise sur une solution inédite en France : une société interne chargée d'industrialiser la technologie. Elle devrait regrouper 150 personnes dans un premier temps.

PublicitéLe groupe Crédit Agricole va investir près de 500 M€ sur la période 2026-2028 pour renforcer ses capacités en matière d'IA, dont 150 M€ seront alloués à la création d'une entreprise dédiée à l'industrialisation de la technologie pour l'environnement bancaire. S'y ajoutent des investissements dans des extensions du cloud privé interne afin d'étendre les capacités d'IA. Dans nos colonnes, en février dernier, Olivier Biton, directeur de la transformation technologique de Crédit Agricole S.A., avait déjà annoncé que le groupe allait consacrer 100 à 200 M€ à la construction de deux nouvelles salles IT, afin d'héberger des capacités d'IA et de calcul intensif. « Ces ressources ne nous rendront pas auto-suffisants en la matière, mais elles permettront d'effectuer de l'inférence sur des données critiques, voire d'entrainer des modèles dans certains cas », expliquait alors le DSI. Les investissements du groupe dans la gigafactory Aion ainsi que des budgets d'intégration complètent l'enveloppe de 500 M€.

Si cet investissement repose, pour partie, sur des moyens provenant du budget IT (5,7 Md€ en 2026), et ne constitue pas « un changement de trajectoire budgétaire », selon les termes d'Olivier Biton, l'allocation en capital de la future filiale constitue bien un investissement supplémentaire du groupe. Cette entreprise, qui sera contrôlée par les caisses régionales et les principales entités de la société anonyme (Crédit Agricole S.A.), doit être opérationnelle dès septembre, le DSI groupe prévoyant un effectif de 150 personnes « pour la première tranche ». Un tiers de ces compétences proviendra de mouvements internes, un tiers de recrutements et le dernier tiers de prestataires. Cette filiale sera chargée de regrouper les compétences IA du groupe, d'accompagner les entités dans leurs projets, de développer des agents mutualisés et d'héberger la plateforme de données interne. « Déployer l'IA à l'échelle masque un sujet industriel, souligne le DSI groupe. Il n'y a pas d'autre choix que de construire une plateforme, or celle-ci reste complexe à monter. »

En discussions avancées avec Mistral

Ce dispositif, qui s'appuiera sur les capacités de calcul internes de CAGIP, mais aussi sur des capacités d'extension fournies par des partenaires européens mais aussi des cloud publics, vise à protéger le groupe d'un risque majeur, selon Olivier Gavalda, le directeur général de Crédit Agricole S.A. : l'envolée des coûts. « Faute de quoi les gains de productivité qu'amènera cette technologie seront absorbés très largement par les acteurs de l'IA », prévient le dirigeant. Même si le coût de la consommation de tokens reste à ce stade modeste au regard du budget IT de la banque, « la croissance est très rapide », souligne Olivier Biton, qui indique que 70% des salariés du groupe sont déjà utilisateurs quotidiens d'outils de GenAI (soit via des assistants personnels, soit via des fonctions embarquées dans les progiciels exploités en interne). Pour maitriser les coûts et l'empreinte environnementale, le DSI groupe plaide pour une adéquation des modèles aux usages et pour le choix d'un hébergement adapté aux besoins.

PublicitéSi Crédit Agricole indique travailler avec de multiples partenaires technologiques, la banque se dit en « discussions avancées » avec Mistral. « Nous encouragerons le grand acteur européen, mais sans exclusivité, précise ainsi Olivier Gavalda. Nous travaillons également avec Anthropic, en particulier en ce moment sur les questions relatives à la cyber. » Olivier Biton indique ainsi que Crédit Agricole est en train de rejoindre le projet Glasswing d'Anthropic, construit autour de son modèle Mythos spécialisé dans la découverte de vulnérabilités : « les portes s'ouvrent doucement », note-t-il toutefois.

Une société, et non un 3ème GIE

Crédit Agricole reste peu dissert sur les cas d'usage qui viendront justifier cet investissement. Olivier Gavalda indique toutefois que l'effet de levier de la technologie ne viendra que « de la refonte des processus ». Le dirigeant en espère des gains de productivité, issus de la suppression de tâches, voire purement et simplement de la disparition de certains métiers, tout en se montrant optimiste sur les effets de « cette destruction créatrice en interne » sur l'emploi. Dans ces travaux de refonte des processus, l'entreprise portant l'IA pour le groupe aura la charge de développer un agent, mutualisé à l'échelle du groupe, capable d'accompagner et conseiller les clients. Le groupe cible également l'ingénierie logicielle, Olivier Gavalda ne cachant pas son espoir de voir se généraliser, après de premiers tests, « une solution à même d'accélérer énormément le rythme » des développements. Enfin, la banque mise aussi sur la technologie pour repenser ses processus KYC (Know Your Customer).

En février dernier, Crédit Agricole n'évoquait pas encore la création d'une société à part entière pour porter ses plateformes data et IA, mais plutôt « d'une entité spécifique à l'échelle du groupe ». Olivier Biton écartait toutefois toute IA Factory, chargée de piloter les déploiements, ceux-ci devant rester, dans l'optique du groupe mutualiste, à la main des entités. Contrairement à CAGIP (Crédit Agricole Group Infrastructure Platform) ou à Crédit Agricole Technologies et Services (CATS) - deux GIE qui ont dépassé le milliard d'euros d'activité -, la nouvelle entité mutualisée aura bien la forme d'une société classique. « Son modèle économique passe par sa capacité à démontrer la création de valeur par le groupe », indique Olivier Biton. Même si, sur ce terrain, le groupe n'a pas les réponses à toutes ses questions à ce stade, comme le reconnaît Olivier Gavalda, qui appelle à rester « humble » face aux transformations qu'apporte cette technologie : « pour l'instant, en évaluer les gains reste très difficile », dit-il.

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