Stratégie

Investissements records dans l'IA : les entreprises vont régler la note

Investissements records dans l'IA : les entreprises vont régler la note
Face à une inévitable flambée des prix de l'IA, les DSI doivent miser sur la concurrence et se focaliser sur la valeur ajoutée. (Photo : JPValery/Unspash)

Les géants de l'IA réalisent d'imposants investissements et prévoient de tripler leurs revenus. Une tendance qui les conduira à augmenter leur prix, et faire payer la facture principalement à leurs clients professionnels.

PublicitéDepuis 2020, selon l'observatoire HAI de l'université de Stanford, les principaux fournisseurs d'IA et d'infrastructures destinées à ces environnements ont investi plus de 1 000 Md$ (860 Md€) dans cette technologie. Et l'heure de la récolte approche ! Ces sociétés cherchent en effet à rentabiliser leurs dépenses, et ce sont les entreprises qui pourraient principalement en faire les frais. De quoi inquiéter les clients potentiels. D'autant que les prévisions de ventes des OpenAI, Anthropic ou Nvidia sont colossales.

Habituellement, le coût des nouvelles technologies pour les entreprises tend à diminuer avec le temps, mais certains observateurs estiment que la récente ruée vers l'or de l'IA pourrait retarder ces baisses de prix de plusieurs années. « Les DSI devraient s'interroger sérieusement sur les sources de revenus record promises par certains fournisseurs d'IA, insiste Calvin Cooper, directeur des opérations chez Neurometric AI, fournisseur de solutions de maîtrise des coûts liés à l'IA. Ces revenus pourraient bel et bien provenir des contrats d'entreprise. Le pouvoir de fixer les prix se déplace du client vers le fournisseur, et la possibilité de négocier en position de force se réduit comme peau de chagrin, ajoute-t-il. Les entreprises ne sont pas les bénéficiaires passifs des progrès de l'IA. Elles sont la source de revenus. »

Tirer les leçons apprises avec le cloud

Bien que les coûts de calcul au token aient diminué, les fournisseurs d'IA trouvent de nouvelles façons d'augmenter leurs revenus, notamment grâce à de nouveaux agents ou aux modèles de raisonnement - qui demandent davantage de ressources de calcul - et à la publicité intégrée dans les LLM, comme chez OpenAI. Pour Calvin Cooper, les DSI devraient tirer les leçons du passé récent, notamment de l'ère du cloud. Un exemple à méditer. Les responsables informatiques se plaignent depuis des années des coûts des déploiements cloud auprès d'un fournisseur unique. « Alors que l'IA s'intègre de plus en plus profondément dans les opérations et évolue plus rapidement que le cloud ne l'a jamais fait, il est crucial de privilégier des options multiples dès maintenant, avant que la dépendance vis-à-vis d'un fournisseur unique ne devienne un frein important », prévient le directeur des opérations de Neurometric AI.

De nombreux acteurs et observateurs du marché ont exprimé leur inquiétude face aux prévisions d'OpenAI, qui tablerait sur un triplement de son chiffre d'affaires l'an prochain. L'éditeur a annoncé avoir dépassé 20 Md$ en 2025 (17 Md€). Son concurrent, Anthropic, a récemment annoncé avoir engrangé 14 Md$ (12 Md€) l'an dernier, soit une croissance de 1000 % chaque année au cours des trois dernières années. Quant au fabricant de GPU Nvidia, son chiffre d'affaires pour 2025 devrait atteindre 130,5 Md$ (113 Md€), une hausse de 114 % par rapport à 2024. Et la frénésie des dépenses en IA ne devrait pas ralentir. Loin de là. En 2018, déjà, Jensen Huang, PDG de Nvidia, prévoyait que les investissements dans les infrastructures d'IA atteindraient 4000 Md$ (3500 Md€) d'ici la fin de la décennie 2020. Une excellente nouvelle pour son entreprise. Plus récemment, il a suggéré aux organisations de privilégier l'expérimentation plutôt que de juger les projets d'IA sur la base d'un ROI à court terme, ou au contraire de son absence. Un conseil qui lui a valu quelques sarcasmes.

PublicitéSignal d'alarme

Pour Sam Gupta, consultant principal chez ElevatIQ, cabinet de conseil en transformation numérique, les prévisions concernant les revenus des grands fournisseurs d'IA ne devraient pas les exclure automatiquement de la course, mais les DSI doivent être conscients de leurs implications. « C'est un signal d'alarme, car cela indique généralement des objectifs de vente et de profit trop ambitieux, analyse-t-il. Ces objectifs agressifs incitent les équipes commerciales à privilégier une vision à court terme pour préserver leur emploi, même si cela signifie que les clients perdent le leur en raison de promesses non tenues. »

Pour Sam Gupta, les prix de l'IA devraient baisser à long terme, mais pas avant que les fournisseurs n'aient engrangé suffisamment de ces énormes profits pour amortir leurs investissements dans les infrastructures et leurs coûts énergétiques. « C'est la célèbre analogie avec le trafiquant de drogue. Ces entreprises essaient de rendre les individus et les organisations accros à une drogue appelée IA, ose-t-il. Si l'IA est incontestablement puissante, dès que les coûts réels entrent en jeu, les entreprises doivent évaluer sa valeur au regard de ces coûts, qui seront évidemment bien moins avantageux qu'aujourd'hui. »

L'espoir d'une concurrence créative

Mais, bonne nouvelle pour les acheteurs d'IA, la concurrence reste forte entre les grands fournisseurs, même si une consolidation est envisageable à long terme. « Actuellement, l'IA est encore en phase d'adoption précoce, ce qui explique l'émergence quotidienne de nombreuses entreprises et de solutions, souligne Sam Gupta. L'engouement pourrait se calmer avec l'augmentation de l'expérience chez les clients. »

« Qui plus est, d'autres formes de concurrence émergent en réponse aux préoccupations des entreprises concernant les coûts, la souveraineté des données et d'autres questions, ajoute Behnam Bastani , PDG et fondateur du fournisseur de solutions Edge pour l'IA OpenInfer. Des méthodes moins coûteuses pour exécuter une IA vont apparaître, et de nouveaux concurrents dans le domaine des LLM vont grignoter des parts de marché aux grands acteurs. Selon lui, ces modifications sont inévitables, « ce qui signifie probablement une baisse des marges bénéficiaires, mais aussi de nouvelles sources de créativité, explique-t-il. Certaines entreprises du marché se dévalueront, tandis que d'autres émergeront avec de nouvelles opportunités. »

« Ces prévisions de profits importants sur le marché de l'IA ne doivent pas effrayer les entreprises, ni les dissuader de faire appel aux fournisseurs concernés, tempère Eric Helmer, directeur technique monde du fournisseur d'environnements de support pour SAP ou Oracle, Rimini Street. Il faut tirer les leçons du passé. Les mainframes, les bases de données et le cloud ont tous suivi le même schéma : des investissements massifs, une adoption rapide par les entreprises et, au final, un petit nombre de grands gagnants ». Le CTO de Rimini Street s'inquiète davantage de la façon dont les entreprises utilisent ces outils : « Il est essentiel de veiller à ce que l'abstraction et la gouvernance soient intégrées dès le départ afin d'éviter une dépendance excessive ».

Selon lui, les DSI doivent se concentrer davantage sur la valeur ajoutée apportée par les outils d'IA qu'ils déploient que sur leur prix. « Si l'IA améliore sensiblement la productivité, la prise de décision et les résultats, le modèle économique est avantageux, affirme Eric Helmer. Dans le cas contraire, aucune baisse de prix future ne justifiera de telles dépenses. »

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