Dès 30% de tâches automatisables par l'IA, l'emploi est menacé
Une étude de la compagnie d'assurance-crédit Coface révèle l'impact de l'IA sur l'emploi depuis sa démocratisation. À partir de 30% des tâches métiers automatisables, l'emploi est en danger.
PublicitéSelon une étude de la Coface sur les effets de l'IA sur l'emploi, lorsque plus de 30% des tâches d'un poste peuvent être automatisées, un redéploiement des emplois est possible. L'étude, publiée le 1er avril, indique que, selon ce critère, 3,8% des emplois en France sont actuellement vulnérables en raison des effets de l'IA générative. Au niveau macroéconomique, environ 16% des tâches seraient automatisables dans l'Hexagone, avec de fortes disparités selon les secteurs.
Contrairement aux discours alarmistes sur une disparition massive des emplois, l'étude insiste sur un point méthodologique essentiel : il ne s'agit pas de mesurer des destructions d'emplois, mais un degré d'exposition à l'automatisation. Pour Coface, dépasser le seuil de 30% de tâches automatisables fait entrer un métier dans une zone de transformation significative, mais ne signifie pas nécessairement la suppression des postes. Mais plutôt une réorganisation du travail, avec des gains de productivité susceptibles de modifier la structure des équipes.
L'IA s'étend aux activités complexes
Un des résultats majeurs de l'étude, réalisée par Aurélien Duthoit, analyste sectoriel chez Coface, ainsi que par Axelle Arquié, chercheuse au CEPII*, réside dans l'identification des tâches les plus exposées. Les professions reposant sur le traitement de l'information, l'analyse de données, la rédaction et la programmation apparaissent, sans surprise, comme les plus vulnérables. Cette évolution marque une rupture avec les précédentes vagues d'automatisation, qui ciblaient principalement les tâches répétitives et manuelles. L'ingénierie, la finance ou encore les métiers du contenu affichent des niveaux d'exposition supérieurs à 25%, tandis que les métiers physiques ou de service à la personne restent largement préservés. Désormais, l'IA générative étend le champ de l'automatisation à des activités complexes, touchant les fonctions administratives, juridiques, financières ou encore les métiers des médias.
Fracture sociale inversée
D'après l'étude (ici en pdf), une autre rupture notable réside dans l'exposition croissante des emplois les mieux rémunérés. Contrairement aux transformations technologiques des décennies précédentes, qui avaient contribué à polariser le marché du travail en fragilisant les classes intermédiaires, l'IA pourrait cette fois affecter en priorité les professions qualifiées.
PublicitéLes données analysées par Coface montrent en effet une corrélation entre niveau de revenu, niveau d'étude et exposition à l'automatisation. Les emplois souvent les mieux payés concentrent une part importante des tâches automatisables. Ce basculement pourrait avoir des conséquences directes sur les finances publiques, en réduisant les recettes liées aux hauts revenus, tout en augmentant les dépenses sociales en cas de chômage ou de transitions professionnelles prolongées.
Limitation de la création d'emplois
Si les effets de l'IA restent difficiles à observer dans les statistiques globales de l'emploi, certains signaux faibles émergent. La société d'assurance-crédit évoque notamment un ralentissement des embauches dans les métiers dits de « col blanc », en particulier dans l'informatique, la finance ou le conseil. Ce sont des métiers surreprésentés dans la structure de l'emploi et qui présentent un potentiel d'automisation très élevé.
Ce phénomène ne se traduit pas nécessairement par des licenciements massifs, mais plutôt par un ralentissement du rythme de création d'emplois. La valeur ajoutée continue de progresser dans ces secteurs, suggérant des gains de productivité qui ne s'accompagnent plus d'une hausse proportionnelle des effectifs. Une dynamique qui rappelle que l'impact de l'IA pourrait d'abord se manifester par un ralentissement de la création d'emplois, plutôt que par des licenciements.
Au-delà des constats techniques, l'étude ouvre un débat économique plus large. D'après les auteurs, l'effet final de l'IA sur l'emploi dépendra largement du partage des gains de productivité qu'elle génère. Si ces gains sont redistribués sous forme de salaires ou de baisse des prix, ils pourraient stimuler la demande et soutenir l'emploi. À l'inverse, une concentration des revenus au profit du capital pourrait limiter cet effet compensateur.
Transformation progressive, mais inévitable
Plutôt qu'un choc brutal, l'étude dessine ainsi les contours d'une transformation progressive du marché du travail, marquée par une forte hétérogénéité entre métiers, secteurs et pays européens. La France se situe dans une position intermédiaire, plus exposée que les économies du sud de l'Europe, mais moins que les pays fortement orientés vers les services financiers et les activités de siège.
« Au-delà de ce que permettent les technologies, les impacts et les conséquences vont être très différents en fonction des choix stratégiques des entreprises », expliquait Charles Parmentier, secrétaire confédéral à la CFDT, dans un entretien dans nos colonnes. À court terme, l'enjeu principal ne réside donc pas tant dans le volume global d'emplois que dans leur recomposition. Reste une inconnue centrale, la capacité des économies à absorber cette mutation. Entre promesse de gains de productivité et risques de déséquilibres sociaux, l'IA ne signe peut-être pas la fin du travail, mais elle en redéfinit déjà les contours.
* Centre d'études prospectives et d'informations internationales, un service du Premier ministre.
Article rédigé par
Hanna Elgodjam, Journaliste
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