Chez BPCE, l'assistant IA accompagne les développeurs
Le groupe bancaire BPCE opère sur son infrastructure propre un assistant IA pensé pour les développeurs, Continue. La solution, présentée dans le cadre de la conférence Devoxx France, est issue du programme IA4DEV lancé fin 2024, qui a pour but d'apporter l'IA auprès des développeurs.
PublicitéAprès avoir étudié différentes solutions de marché sans trouver d'offre répondant aux critères de sécurité internes, BPCE a choisi de développer, sur une base open source, son propre outil d'IA pour les besoins quotidiens de ses développeurs, dans le respect des critères de sécurité inhérents à l'environnement bancaire ainsi que les exigences règlementaires.
Cet assistant, baptisé Continue, s'inscrit dans une stratégie globale menée à l'échelle du groupe BPCE pour encadrer l'usage de l'IA dans les métiers de la tech. Une approche portée collectivement par les chefs d'équipes au sein du groupe ; parmi eux, Valéry Adeleine, Program Project Leader AI & Citizen Dev chez Natixis CIB, filiale du groupe BPCE. Le responsable, interviewé par CIO à l'issue de la conférence Devoxx France, insiste sur la dimension transverse du projet : « le but, c'est d'essayer de profiter des effets d'échelle et de s'assurer que tout le monde avance à la même vitesse et avec les mêmes objectifs. »
Un assistant IA open source opéré en interne
Pour développer Continue, BPCE a fait le choix d'une approche open source afin de conserver la maîtrise de son environnement technique et de la conformité aux contraintes réglementaires pesant sur l'activité bancaire. Le composant, adapté en interne et opéré sur l'infrastructure du groupe, permet d'intégrer différents LLM via une API connectant les providers cloud de BPCE (Azure et Google Cloud), en zone européenne. « Nous avons voulu une approche agnostique qui nous permette de ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier », explique Valéry Adeleine, en commentaire de ces choix.
Le dispositif propose les fonctionnalités classiques des assistants de développement : chat, complétion de code, édition ou revue de code, mais aussi des usages plus avancés autour des modes agent, des skills (des extensions de l'IA) ou de la planification. BPCE peut ainsi interroger différents modèles proposés par plusieurs fournisseurs, tout en gardant la maîtrise de son cadre de sécurité. « Notre priorité est que l'inférence se fasse dans la zone européenne », ajoute Valéry Adeleine.
Le sujet de la conformité reste central dans la démarche. Le groupe distingue notamment les environnements manipulant des données sensibles ou du code sensible des autres usages. Des mécanismes d'exclusion empêchent certains dépôts de code d'être exploités par l'assistant IA. En parallèle, BPCE prépare déjà une infrastructure totalement on-premise destinée aux cas les plus critiques, avec de petits modèles open source hébergés directement en interne.
Une adoption rapide chez les développeurs
Déployé initialement sous la forme d'un PoC, Continue a rapidement gagné du terrain dans les équipes techniques du groupe. Selon les chiffres communiqués par BPCE, environ 3 000 développeurs disposent aujourd'hui d'une licence, sur un total estimé à entre 4 000 et 5 000 développeurs au sein du groupe.
PublicitéEt plus de la moitié des utilisateurs s'en servent désormais quotidiennement. « Notre objectif, c'est qu'à la fin de l'année, 100% des développeurs soient équipés d'une solution », affirme Valéry Adeleine. Depuis le lancement du programme IA4DEV, dont fait partie l'assistant Continue, et qui a pour objectif d'apporter l'IA auprès des développeurs, plusieurs mises à jour ont été déployées afin d'améliorer la stabilité du logiciel et d'ajouter de nouvelles fonctionnalités autour des skills et des usages agents.
En parallèle de cette expansion, BPCE a instauré un programme de formation. Le groupe dispense deux niveaux de formation : tout d'abord l'onboarding, une initiation pour acquérir les bases, puis l'IA master, qui comprend des modules plus avancés. Le groupe réfléchit aussi à lancer un portail d'accompagnement destiné à aider les développeurs à prendre en main les nouveaux usages liés à l'IA. « Tous les développeurs n'ont pas la même maturité sur cette technologie. L'idée, c'est qu'ils puissent tous comprendre ce que sont les skills, les MCP ou encore les nouveaux modes d'interaction avec l'IA via ces formations », souligne le responsable.
Explorer de nouveaux territoires
L'assistant est utilisé pour des tâches répétitives comme générer de la documentation, analyser du code, effectuer des revues de code, déboguer des applications ou encore accélérer des migrations techniques. L'outil est également mobilisé sur des problématiques de maintenance et d'obsolescence applicative.
Au-delà des gains de productivité, l'IA ouvre aussi la porte à de nouvelles possibilités d'exploration technique. Lors de la conférence, Laurie Marchaterre, développeuse full-stack chez BPCE, a notamment cité la conception d'une interface front-end adaptée à des utilisateurs daltoniens en seulement une heure grâce à l'assistant IA. « Ce n'est pas que l'IA ait des connaissances que je n'ai pas, c'est qu'elle m'a permis d'explorer des territoires que je n'aurais jamais explorés avant », commente la développeuse. Selon elle, ces outils permettent aussi de réduire une partie de la « charge mentale liée à la sécurité », en apportant un cadre de travail standardisé et mieux accompagné.
Entre fascination technologique et vigilance
Si l'enthousiasme autour de l'IA générative est réel, BPCE insiste sur la nécessité de garder une approche pragmatique. Le groupe surveille notamment de près les coûts d'usage des modèles. « La consommation de tokens va devenir le nerf de la guerre dans les années à venir », avertit Valéry Adeleine.
Le responsable appelle également à rester attentif aux transformations du métier de développeur. L'IA permet à certains profils de monter rapidement en compétence sur des domaines qu'ils maîtrisaient peu auparavant, avec le risque de voir apparaître davantage de travail individuel et moins de collaboration entre équipes. « Il faut rester dans une dynamique collective. C'est un point de vigilance à garder en tête », estime-t-il. Valéry Adeleine évoque ainsi ce qu'il appelle « la vallée des vertiges », cette impression de fascination permanente provoquée par la rapidité des avancées de l'IA générative. « L'important pour BPCE c'est de faire des choses raisonnables, sécurisées et durables présentant un véritable intérêt pour l'ensemble du groupe », insiste-t-il.
Article rédigé par
Hanna Elgodjam, Journaliste
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