Sur ses systèmes SAP, InVivo cultive le temps long
S'il ne nie pas les besoins de rationalisation lorsque la diversité des systèmes explose, le DSI du groupe agricole n'hésite pas à étendre la durée de vie de ses ERP et se soustraire des calendriers des éditeurs. Comme celui de SAP, imposant la fin de la maintenance étendue d'ECC en 2030.
PublicitéInvivo est un groupe agricole français qui a connu une importante croissance de son chiffre d'affaires sur ces dix dernières années, au travers de nombreuses acquisitions. La société affiche désormais un chiffre d'affaires de 11,4 Md€, contre moins de 2 Md€ il y a une décennie, et réunit quelque 15 000 collaborateurs et 163 coopératives agricoles. Le groupe se déploie par ailleurs sur 4 métiers assez différents : les métiers agricoles proprement dits avec des services aux agriculteurs et coopératives, le négoce de grains à l'international (une activité de trading), l'agroalimentaire, notamment autour de la transformation de la céréale, et, enfin, une branche distribution (avec des enseignes comme Gamm Vert ou Jardiland).
Ce profil aboutit logiquement à un paysage applicatif très divers. « Avec les acquisitions, nous avons absorbé différents systèmes », ajoute Dominique Guivarch, le DSI, qui dirige un service comptant environ 300 personnes en interne, auxquelles s'ajoutent entre 100 et 200 prestataires. Une DSI centralisée gérant l'ensemble des activités, soit quelque 950 systèmes en tout, évoluant dans des métiers où les marges restent faibles.
ERP unique : adieu l'agilité
Dans ce paysage applicatif, SAP tient évidemment une place de choix. « Nous faisons tourner 6 ERP SAP aujourd'hui, précise le DSI. La diversité de nos métiers fait que nous ne pouvons pas viser un système unique, car nous utilisons différentes déclinaisons verticales de l'éditeur, souligne Dominique Guivarch. La stratégie de l'ERP unique n'est pas envisageable et ne le sera jamais. Dans une société en croissance, un tel projet relève d'ailleurs du mirage. En plus de représenter un investissement colossal, un tel programme plombe l'agilité des sociétés. »
En effet, pour le DSI, l'ERP reste un simple système d'enregistrement ne générant aucune valeur directe. « La capacité de différenciation ne réside pas dans ce type de systèmes, reprend le DSI. Consacrer 90% de ses investissements à un programme ERP revient à rentrer dans une logique de 'commoditisation' et à rigidifier l'entreprise alors que la période, avec ses soubresauts géopolitiques et ses ruptures technologiques, doit, au contraire, nous pousser à rechercher davantage d'agilité. » Un besoin auquel InVivo a dû répondre très concrètement au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine, mais aussi, tout récemment, avec le blocage du détroit d'Ormuz.
Risques de l'extension vs investissements massifs
Avec un tel mantra, pas question pour InVivo de se lancer dans un coûteux projet de migration de ses environnements SAP vers S/4Hana, quand bien même l'éditeur arrête la maintenance standard de sa précédente génération d'ERP en 2027 et sa maintenance étendue trois ans plus tard. « Investir une dizaine, voire une centaine de millions d'euros dans un tel projet serait une hérésie financière », assure le DSI. Celui-ci n'en est pas moins confronté à la diversité de ses systèmes SAP, où cohabite du ECC on-premise, du ECC sur Hana, du S/4Hana on-premise, du S/4Hana cloud première version (HEC) et S/4 Rise en cours de mise en oeuvre, mais que le groupe prévoit d'arrêter en raison de son coût.
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Dominique Guivarch, DSI d'InVivo : « Étendre la durée de vie d'un ERP suppose d'accepter des risques, tandis que son remplacement va entraîner des investissements se chiffrant en millions d'euros. » (Photo : D.R.)
Pour le DSI, l'évolution de ce patrimoine - mais aussi des ERP d'autres éditeurs également présents dans le groupe - suppose l'instauration d'un équilibre entre efforts de rationalisation visant à réduire la diversité et décisions d'extension de la durée de vie des progiciels en place. « L'ERP coûte tellement cher que mieux vaut y réfléchir à deux fois, glisse Dominique Guivarch. Ce sont des décisions prises collectivement par la direction de l'entreprise, car étendre la durée de vie d'un système suppose d'accepter des risques, tandis que l'alternative - son remplacement - va entraîner des investissements se chiffrant en millions d'euros. »
Un support éditeur cher et jamais sollicité
Par exemple, InVivo assure sa propre maintenance d'un système JDE sur AS/400 depuis... 23 ans. « Et ce système gère encore 4 Md€ d'activité, souligne le DSI. C'est tout à fait envisageable, à condition de consentir un effort particulier. » Le groupe agricole a d'ailleurs étudié le remplacement de ce système, gérant ses opérations auprès des agriculteurs et son activité minoterie, par un ERP S/4Hana. Un projet abandonné en raison de son coût (plus de 10 M€) alors qu'une nouvelle extension de 10 années supplémentaires de JDE revenait près de 7 fois moins cher.
La logique est similaire pour deux systèmes ECC qu'exploite InVivo. Le premier d'entre eux est sorti de la maintenance SAP il y a déjà 6 ans, non pas en raison de l'arrêt du support de l'éditeur, mais de la sous-sollicitation de ce dernier, équivalant à 22% du tarif de licence par an. « Le métier m'a indiqué n'avoir passé aucun appel au support sur l'année écoulée, pas plus que la précédente », souligne Dominique Guivarch, qui a décidé de confier la maintenance de ce système à un spécialiste du sujet, Rimini Street. « Depuis lors, une vingtaine d'appels sont passés au support chaque mois, car les utilisateurs obtiennent des réponses, y compris sur les spécifiques, dit Dominique Guivarch. La mise en oeuvre de ce contrat a créé un point de contact unique, là où, auparavant, les utilisateurs naviguaient entre support interne, support éditeur, TMA, exploitation, etc. »
Cyber : le tiers mainteneur induit un délai
Si le passage à la tierce maintenance - qui concerne aussi un second système SAP d'InVivo depuis deux ans - se traduit par une réduction de moitié des coûts et par un engagement de support de 10 ans à la signature du contrat, il induit « quelques complexités », reconnaît le DSI. C'est en particulier le cas dans la cybersécurité. « Quand une vulnérabilité est identifiée par l'éditeur, ce dernier publie une note OSS (Online Service System), un correctif qui s'installe rapidement. De son côté, quand cette vulnérabilité devient publique, Rimini Street doit développer son propre patch dont l'installation se révèle plus complexe qu'avec l'éditeur. » Ce qui induit une fenêtre de 24 à 48 heures que des assaillants pourraient mettre à profit. L'équilibre entre risques et niveau d'investissement une fois encore.
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
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