140 Md€ par an : le Cigref chiffre le coût de l'inflation logicielle pour l'Europe
Selon une étude d'Asteres pour l'association, la hausse des prix du cloud et du logiciel va atteindre 12% par an d'ici à 2030. Soit le double du choc provoqué par le blocus du détroit d'Ormuz pour l'économie européenne. Car la hausse de ces dépenses cannibalise les investissements des entreprises.
Publicité8,7% par an d'inflation sur les dépenses cloud et en logiciels au cours des trois dernières années. Et 12% en moyenne sur la période 2026-2030. Selon une étude d'Asteres, cette poussée inflationniste à laquelle seront soumis les DSI des organisations européennes, va se traduire en moyenne par 140 Md€ par an de surcoûts sur la période. Selon le Cigref, à l'origine de cette étude, les résultats révèlent surtout un cercle vicieux mettant en danger les capacités d'innovation de l'économie européenne. Car, pour absorber ces surcoûts imposés dans la plupart des cas par les géants américains de la technologie, les organisations de l'Union taillent d'abord dans leurs autres dépenses numériques (pour environ un répondant sur deux) ou augmentent leur budget IT (dans un tiers de cas). « ESN locales, recrutements en Europe, R&D et investissements productifs servent alors de variables d'ajustement », commente le Cigref.
Selon Asteres, ce phénomène inflationniste pourrait priver l'économie européenne d'environ 107 Md€ de valeur ajoutée par an (dont 93 sortant de l'économie européenne) sur la période, ce qui représente 205 Md€ de chiffre d'affaires annuel perdu pour les entreprises de l'Union. Un choc massif, représentant 0,6 point de PIB par an et 1,4 million d'emplois à l'horizon 2030. Le double de celui du choc pétrolier causé par le blocus du détroit d'Ormuz, si la hausse actuelle du prix du baril venait à se maintenir sur un an !
Impôt sur la technologie
Le cabinet d'étude estime que ces hausses tarifaires traduisent un changement de modèle économique profond de l'industrie IT. « Dans le modèle traditionnel, les entreprises investissaient directement dans la technologie (développement logiciel interne, R&D, recrutement d'ingénieurs, formation) pour se doter d'outils adaptés à leurs besoins spécifiques et se différencier de leurs concurrents. Le modèle qui se met en place est fondamentalement différent : les entreprises voient les prix augmenter pour qu'une infrastructure innovante soit développée et mise à leur disposition par un nombre restreint de fournisseurs », écrivent les auteurs de l'étude. Selon eux, cette logique s'apparente ni plus ni moins à celle de l'impôt.

En partant du niveau de la dépense estimé dans sa précédente étude (400 Md€), Asteres estime que les entreprises européennes consacreront plus de 700 Md€ au cloud et au logiciel en 2030, l'inflation naturelle ne représentant qu'une fraction de cette hausse.
Menée auprès de 54 décideurs IT d'entreprises et administrations européennes, l'étude d'Asteres souligne aussi les mécanismes exploités par l'industrie IT pour faire passer ces hausses de tarifs. Le verrouillage technologique ou contractuel (vendor lock-in) arrive bien sûr en tête (cité par 40% des répondants), mais il est suivi par l'arrivée de fonctions d'IA by-design, censées justifier les hausses de coûts (32%). Un item qui arrive désormais devant les techniques d'obsolescence programmée (30%). 21% des DSI se sont ainsi vu imposer une option IA nativement intégrée dans leurs solutions avec, à la clef, un surcoût. Sauf que, en parallèle, les DSI restent circonspects quant aux gains réels de productivité qu'amène cette technologie. Un répondant à l'étude Asteres sur deux ne parvient pas à mesurer les bénéfices de l'IA ou estime qu'ils ne seront atteignables qu'au prix d'une réorganisation.
Publicité15% de mieux pour des alternatives européennes = 120 000 emplois
Pour sa modélisation, Asteres part de l'hypothèse d'une poursuite de l'accélération de l'inflation des prix « au rythme observé sur les six dernières années ». Tout en admettant que ce scénario pourrait être remis en cause, par la matérialisation des gains de productivité attendue de l'IA (il faudrait un gain de productivité de 0,8% pour compenser l'inflation annuelle), par l'émergence de nouveaux acteurs permettant une baisse des prix (par exemple, via le remplacement de solutions sur étagères par des alternatives générées par l'IA, ce que l'on qualifie parfois de SaaSpocalypse) ou par la réallocation d'une part des dépenses en cloud et logiciels à des acteurs européens, ce qui viendrait renforcer l'économie du continent (un transfert de 15 points représentant 120 000 emplois, selon Asteres).
Cette nouvelle étude du cabinet Asteres, mandaté par le Cigref, en prolonge une première, datée d'avril 2025. Celle-ci se focalisait sur l'état des lieux de la dépense logicielle et cloud des organisations européennes et évaluait celle-ci à environ 400 Md€ par an. Dont 330 Md€ profitant à des entreprises américaines, soit une part de marché de 83%.
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
Suivez l'auteur sur Twitter
Commentaire
INFORMATION
Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.
Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire