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Les entreprises sous SAP font de l'IA, mais pas dans SAP

Les entreprises sous SAP font de l'IA, mais pas dans SAP
Le campus SAP à Waldorf (Allemagne). Plus de trois adhérents au club utilisateurs SAP francophones indiquent ne pas avoir de vision claire des fonctionnalités d’IA proposées par l’éditeur. (Photo : SAP)

Une étude de l'USF, le club des utilisateurs SAP francophones, montre le faible développement des projets d'IA autour de l'ERP de l'éditeur. En cause : une offre peu lisible et dont les coûts restent nébuleux. Deux tiers des organisations estiment ne pas avoir de visibilité suffisante sur le coût de l'utilisation de l'IA SAP.

PublicitéSeuls 10% des adhérents à l'USF ont réalisé un prototype d'IA sur SAP - dont seulement la moitié avec l'assistant Joule de l'éditeur - contre 45% qui ont déjà mené un projet avec cette technologie dans d'autres contextes logiciels. La statistique, sortie d'un livre blanc que vient de publier le club des utilisateurs SAP francophones, dit tout de la difficulté des utilisateurs de l'ERP allemand à appréhender l'offre IA du premier éditeur européen. Malgré l'appétence de leur organisation sur le sujet, un tiers des répondants expliquant ainsi que leur organisation a structuré une politique sur cette technologie.

Pour l'USF, le noeud du problème ne réside pas dans l'identification de cas d'usage - 56% des répondants à l'étude expliquant avoir identifié des scénarios d'utilisation d'IA dans SAP -, mais bien dans l'absence de vision claire des fonctionnalités proposées par l'éditeur. Plus de trois répondants sur quatre indiquent ainsi être dans le brouillard sur ce point. « La méconnaissance du catalogue IA [de SAP, NDLR] constitue le premier frein à l'activation des capacités déjà contractualisées », écrit la commission IA de l'USF, créée par le club en mars 2025 et présidée par Eric Rémy. Autrement dit, certaines entreprises ont acquis contractuellement des capacités à utiliser certaines fonctions, mais ne sont tout simplement pas au courant ou ont des doutes sur le périmètre précis de leurs droits.

Un catalogue d'offres peu lisible

A cela s'ajoute l'absence de vision métier claire sur le sujet, 79% des répondants ne parvenant pas à se projeter dans un projet d'implémentation d'IA SAP. Pour l'USF, ce chiffre témoigne d'un « manque d'acculturation aux possibilités réelles de l'IA dans le contexte ERP ». Pour l'association, celles-ci se déploient autour de quatre grandes typologies d'usage : l'automatisation de flux impossibles à traiter sans IA, le déploiement d'agents autonomes à qui sont déléguées des actions, l'exploitation de données non structurées ou semi-structurées et l'interaction en langage naturel avec l'ERP.

Pour le club, plusieurs facteurs expliquent ce hiatus au sein de la base installée du n°1 des ERP. « D'une part, SAP enrichit continuellement son offre IA avec des fonctionnalités réparties entre l'ERP Cloud, la plateforme BTP (Business Technology Platform, le PaaS de l'éditeur, NDLR), l'assistant Joule et les composants du Generative AI Hub. D'autre part, la distinction entre les fonctionnalités de base incluses dans les contrats et celles nécessitant AI Units supplémentaires (des crédits à la consommation, NDLR) reste floue pour la majorité des clients. Enfin, l'absence d'un référentiel unique et accessible complique l'exploration exhaustive des possibilités offertes », écrit l'USF, pour qui les entreprises naviguent à vue.

PublicitéLe cloud, presque un prérequis

Dans les faits, l'éditeur n'a, il est vrai, rien fait pour simplifier l'accès à son catalogue de fonctions d'IA. D'abord, les entreprises sous S/4 Hana on-premise (sans même évoquer le cas de celles encore sous ECC) ne disposent que de quelques options. « Les fonctionnalités d'IA se limitent essentiellement aux capacités natives de la base de données S/4 Hana », écrit l'USF dans son livre blanc (en téléchargement ici pour les adhérents et pour lequel 59 adhérents de l'association ont répondu à une série de questions). Sur S/4 Hana on-premise, l'USF recense ainsi seulement deux fonctionnalités IA intégrées aux processus, ou AI features en jargon, contre une quarantaine pour les versions cloud de l'ERP. Un utilisateur de S/4 Hana on-premise doit donc soit migrer vers les offres cloud de l'éditeur pour accéder à l'essentiel du catalogue, soit développer des extensions de son progiciel dans BTP, via l'accès au Generative AI Hub et à différents modèles, permettant de développer des applications sur mesure.

Sur le cloud, l'accès à l'IA développée par SAP est évidemment plus simple. En particulier sur le cloud public (l'offre auparavant appelée Grow), où les contrats couvrent l'accès à l'assistant Joule, en version de base, et à certaines automatisations métiers pré-intégrées dans les modules SAP. Dans le cloud privé (appelée Rise précédemment), ça se complique déjà, avertit l'USF, car l'accès aux fonctionnalités dépend du niveau de version de S/4 Hana. Autrement dit, pour activer certaines fonctions, il faudra en passer par une mise à jour de l'ERP. Pas forcément une promenade de santé. Par ailleurs, si les adhérents de l'USF - pour la plupart de grandes entreprises et administrations - rechignent franchement à un ERP sur le cloud public, ils ne sont guère plus nombreux à avoir entamé le virage vers l'offre Rise. Selon le sondage du club utilisateurs, seules 9% des entreprises ont basculé vers ce modèle opérationnel, 18% l'envisageant sous 2 ans et 57% y réfléchissant.

Manque de visibilité sur les coûts de l'IA

A ces facteurs vient se greffer la complexité des mécanismes contractuels maniés par l'éditeur. Pas réellement une surprise venant de SAP, sauf qu'il s'agit cette fois de nouvelles métriques encore mal appréhendées par les DSI. 64% des adhérents à l'USF estiment ainsi ne pas avoir une compréhension claire des métriques SAP liées à l'IA. Et une proportion identique indique ne pas avoir de visibilité sur le coût de l'utilisation de l'IA SAP.

L'éditeur s'appuie sur des logiques de souscription complexes, mélangeant deux niveaux de licences (Base et Premium, ce dernier étant accessible via deux modèles commerciaux), des packages associés à des domaines métier et une 'monnaie' (la SAP AI Unit), matérialisant la consommation réelle au sein de ces domaines. Or, précisément, les organisations interrogées font de la visibilité sur les coûts de déploiement et de maintenance un de leurs deux critères prioritaires dans le choix d'une solution d'IA... aux côtés de la souveraineté. Rappelons qu'à ce stade, SAP ne dispose toujours pas d'une offre S/4 Hana hébergée sur un environnement certifié SecNumCloud.

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