Gaia-X : les projets concrets pointent le bout de leur nez
Volontiers vue comme conceptuelle, l'initiative européenne en faveur d'espaces de données sectoriels de confiance se décline désormais en cas d'usage concrets. Dans les transports, l'aéronautique et le nucléaire, en particulier.
Publicité8 ans après la première édition de sa plénière, le hub France de Gaia-X, initiative européenne visant à créer des écosystèmes de données, peut enfin mettre en avant de premiers projets concrets associés à trois espaces de données nés dans l'Hexagone : Data4Nuclear-X (nucléaire), Decade-X (aéronautique) et Eona-X (mobilité/transports). « Tous les composants techniques et organisationnels pour bâtir un data space sont désormais disponibles, il s'agit désormais d'accélérer l'adoption de ces technologies. La saison 2 [de Gaia-X] doit se concentrer sur la construction d'opérations durables sur ces data spaces, portant des modèles économiques », veut croire Ulrich Ahle, le directeur général de Gaia-X, présent le 9 avril lors de la plénière du hub français, hébergée par le ministère de l'Economie et des Finances. Au total, selon le dirigeant de l'association européenne, quelque 200 projets d'espaces de données, basés sur les standards et composants Open Source que promeut l'initiative, ont reçu des financements dans un pays de l'Union.
Parmi ces initiatives, les trois data spaces français apparaissant les plus avancés, issus de l'appel à projets Espaces de données lancé dans le cadre de France 2030, semblent précisément amorcer ce virage consistant à passer d'une construction technique à un passage en production, autour de scénarios d'utilisation bien identifiés. Ainsi d'Eona-X, créé en 2022, qui regroupe déjà un grand nombre de cas d'usage, « certains transverses, notamment sur les infrastructures de transport, et d'autres plus verticaux », assure Frédéric Noviello, le directeur technique d'Eona-X. Et de citer, notamment, la transmission de données marketing entre acteurs du transport, de données fluviales et ferroviaires, la construction d'applications centrées sur le report modal, sur l'interopérabilité air/fer, sur la chaine logistique dans les aéroports, sur l'information voyageurs multimodale ou encore sur la sécurité routière en collaboration avec le Mobility Data Space (MDS) d'origine allemande. Eona-X, notamment porté par ADP (Aéroports de Paris), s'est aussi fait connaître pour son application de gestion des arrivées des délégations étrangères lors des JO de Paris, en 2024. « Nous avons beaucoup travaillé sur la qualité de données, les clean rooms (pour échanger des données de façon confidentielles, NDLR), les ontologies pour effectuer des rapprochements entre données. Un data space se construit pas à pas », dit Frédéric Noviello.
Decade-X et Data4Nuclear-X : Airbus et EDF pour locomotives
Structuré d'abord autour d'Airbus, Decade-X apparaît moins avancé. L'enjeu n°1 pour cette association : fédérer une filière qui compte quelques 10 000 acteurs, dont 90% de PME. « Notre enjeu consiste à synchroniser ces acteurs pour concevoir les avions de demain et produire davantage, dit Philippe Grosbois, le directeur général de Decade-X, lui-même issu d'Airbus. S'y ajoute un enjeu de traçabilité et de contrôle des exportations. » Si Decade-X ambitionne de créer un standard d'identité numérique pour la filière, il se concentre pour l'heure sur une version de test et sur l'échange de certificats de conformité de pièces sur plusieurs niveaux de sous-traitance. « Aujourd'hui, nous échangeons des documents, demain ce sera de la donnée structurée, mais aussi des spécifications pour faciliter les phases de co-développement », assure Philippe Grosbois. Sur sa v1, attendue au second semestre, Decade-X espère tester la méthodologie MBSE (ingénierie de systèmes basée sur des modèles), pour systématiser la description des systèmes dans la filière et la traçabilité tout au long du processus d'ingénierie.
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Lors de la plénière du hub France, Ulrich Ahle, le directeur général de Gaia-X, au micro. A sa gauche, Catherine Simonnin (Orange et évangéliste Gaia-X). A sa droite, Martine Gouriet (EDF) et Marine de Sury (Cigref). (Photo : R.F.)
Plus jeune, Data4Nuclear-X affiche un objectif similaire : structurer une filière portée par quelques acteurs clefs - ici, en particulier, EDF -, mais composée essentiellement de PME. « Nous ciblons des cas d'usage déjà en production, mais sur lesquels, nous ne parvenons pas à passer à l'échelle avec les systèmes existants. Le défi résidera dans l'adoption : il s'agit de mettre à disposition des technologies sophistiquées sans s'éloigner des enjeux métiers », dit Anne-Sophie Taillandier, qui dirige le projet au sein d'EDF. Officiellement lancé en juillet dernier pour une durée de 42 mois, le data space cible tant des cas d'usage concernant le parc existant de centrales, que les chantiers de construction de nouveaux EPR. Avec, pour priorité, la gestion des dossiers de réalisation de travaux, prévue d'ici un an.
L'Open Data ne suffit pas
A des degrés divers, les trois espaces de données restent encore à l'état de projet. Pour Frédéric Noviello, d'Eona-X, trois freins handicapent encore le décollage des data spaces : « trop de technique, trop de gouvernance et pas assez de data », résume-t-il. D'abord, l'approche Gaia-X est souvent perçue comme complexe, les organisations privilégiant alors des connecteurs pour gérer des échanges de données en point à point. La réponse d'Eona-X ? Le modèle as-a-service, « et une interface permettant d'établir un contrat en trois clics ». Ensuite, la mise en oeuvre de règles trop contraignantes, susceptibles de bloquer certains cas d'usage. Une difficulté que Eona-X tente de contourner via des domaines, soit des data spaces au sein même de l'espace de données afin d'adapter ces règles au cas par cas. « Enfin, il ne faut pas être trop monolithique en matière de data et ne pas se contenter de l'approche Open Data. Un data space doit proposer du transactionnel, des clean rooms ou encore du streaming, un service très demandé », reprend Frédéric Noviello.
Si de nombreuses questions restent en suspens sur la pérennité et le développement des data spaces - l'interconnexion des espaces de données entre eux, les modèles économiques, la simplicité d'accès pour les nouveaux adhérents, etc. -, le hub France de Gaia-X regarde aussi vers la prochaine étape : les usages de l'IA. « La réalité de ce que vont produire les data spaces en termes de valeur ajoutée prendra tout son sens avec l'IA », selon Vincent Charvillat, le directeur général adjoint de l'Institut Mines-Télécom, institut d'études supérieur qui co-pilote le hub France de Gaia-X aux côtés du Cigref. Pour ce faire, Gaia-X mise notamment sur les fonds européens du PIIEC IA (Projet Important d'Intérêt Européen Commun sur l'IA). « Une IA de confiance signifie des données de confiance reposant sur des infrastructures fédérées et de confiance », lance Ulrich Ahle. Une manière d'affirmer le rôle de Gaia-X dans le développement de la technologie en Europe. De façon plus immédiate, l'IA fait aussi figure d'accélérateur de l'adoption pour les data spaces existants. « « Elle aura son importance dans le dernier kilomètre de la donnée, sa préparation pour un data space, souligne Philippe Grosbois (Decade-X). Tout ne pourra pas être fait manuellement, en particulier au sein des PME. »
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
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