L'IA transforme le métier du développeur, pas la façon de l'évaluer
L'IA s'est imposée dans le quotidien de la plupart des développeurs. Mais les indicateurs évaluant leurs performances peinent à suivre le rythme, rendant les CTO aveugles sur les réels gains de productivité que procure cette technologie.
PublicitéL'IA transforme les métiers dans l'ingénierie de développement, car elle prend en charge une partie des tâches liées au développement proprement dit, tout en créant de nouveaux besoins centrés sur la gestion des résultats qu'elle produit, selon une étude réalisée par la plateforme logicielle Harness, auprès 700 développeurs et ingénieurs travaillant dans de grandes entreprises dans 5 pays (Allemagne, Etats-Unis, France, Inde et Royaume-Uni). 89% des responsables d'ingénierie indiquent que leurs indicateurs de productivité ont progressé depuis qu'ils ont déployé l'IA. Dans le même temps, 81% reconnaissent que le temps passé sur les revues de code a augmenté depuis ce virage technologique.
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Toutefois, si, l'intégration de l'IA dans les workflows d'ingénierie est devenue la norme, les équipes peinent à mesurer l'impact réel de cette technologie sur la productivité et le retour sur investissement des investissements consentis, selon l'étude. Notamment parce que les efforts tournés vers la validation d'un développement sont extérieurs au processus de mesure que connaissent les équipes d'ingénierie. Or, l'étude de Harness estime que désormais 31% de la journée type d'un développeur sont consacrés à des sujets liés à l'IA qui n'apparaissent dans aucune métrique interne.
Mesures décalées
Pour les développeurs, les principales difficultés créées par l'IA proviennent de la vérification du code généré par la technologie pour en valider l'exactitude (53%), de la correction de bugs cachés dans ce même code (52%) ou encore dans l'explication de celui-ci aux autres membres de l'équipe (48%). « Ironiquement, la principale source de tâches indirectes et invisibles - la révision du code généré par l'IA - n'est prise en compte que par 38% des entreprises », souligne Harness. Plus globalement, 94% des répondants à l'étude affirment que la dette technique, les temps de validation et l'épuisement professionnel des développeurs sont absents de leurs indicateurs actuels. « En l'absence de norme établie pour mesurer la productivité de l'IA, les équipes se fient aux indicateurs qu'elles connaissent simplement parce qu'ils leur sont familiers, écrit Harness en commentaire de son étude. Une grande confiance dans un système incomplet n'est pas un signe de précision ; c'est un signe de décalage. »
Logiquement, ce monde dystopique où les développeurs ne sont pas évalués sur ce qui devient une large part de leur activité présente des risques pour leur carrière, voire leur santé. Plus de la moitié des personnes interrogées par Harness craignent ainsi les évaluations de performance basées sur les seules données issues de l'usage des IA. Selon une autre étude de l'an dernier, publiée par HackerRank, plus des deux tiers des développeurs estiment que la pression pour livrer leurs projets plus rapidement s'est accrue au sein de leur organisation.
PublicitéLes CTO en quête des bons KPI
Interrogés dans l'étude Harness sur les principaux défis qu'ils rencontrent pour offrir une expérience positive aux développeurs utilisant des outils d'IA, les CTO mettent avant tout en lumière des problèmes de visibilité sur l'activité : mesure de l'impact réel de la technologie sur la productivité (citée par 26% des CTO), maintien de la qualité du code avec l'IA (24%) ou démonstration du retour sur investissement à la direction (18%). « Les difficultés rencontrées au quotidien par les développeurs et les défis signalés par les responsables au niveau organisationnel mettent en évidence le même écart », souligne l'étude.
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
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