La migration vers S/4Hana grève les budgets des DSI, retardant les projets d'IA
Les projets de migration de la base installée SAP vers S/4Hana pèsent lourd dans les budgets IT de la base installée, freinant les déploiements de l'IA au sein de l'ERP. Pour sortir de la nasse, l'éditeur mise sur une adoption facilitée, à la main des métiers.
PublicitéLors de son événement Sapphire 2026, qui se tenait à Orlando la semaine dernière, SAP a dévoilé sa vision la plus ambitieuse en matière d'IA à ce jour : plus de 50 assistants Joule, 200 agents spécialisés et un nouveau framework pour une entreprise autonome. Mais pour de nombreux clients SAP, qui n'ont pas encore réussi à mener à bien les coûteuses migrations vers S/4 Hana, la question la plus urgente n'est pas de savoir ce que l'IA peut faire, mais plutôt s'ils peuvent suivre le chemin que trace l'éditeur.
Les contraintes budgétaires constituent désormais le principal défi auquel sont confrontés les clients SAP, cité par 61% des répondants à une étude menée par le club utilisateurs SAP américain, l'Asug (Americas' SAP Users' Group), soit 7 points de plus que l'année dernière. Et la cause de ce problème n'est pas le contexte macroéconomique, selon l'Asug, mais bien le coût des migrations elles-mêmes. « D'après nos enquêtes, ce sont surtout les projets S/4Hana qui engendrent des pressions budgétaires, indique Marissa Gilbert, directrice de recherche au sein du club. Et nous verrons l'impact de l'IA sur ces mêmes budgets prochainement. »
L'hybride s'installe
Les données de l'étude Asug montrent que 56% des clients utilisent S/4Hana ou ont entamé leur migration vers cette génération d'ERP, contre 45% en 2024. Le pourcentage de ceux qui prévoient d'attendre plus de deux ans avant de migrer a chuté de 22% en 2023 à seulement 9% en 2025. Par ailleurs, dans le cadre de cette montée de version, les environnements hybrides semblent s'installer durablement. Alors que les déploiements sur site sont en forte baisse, 28% des clients continuent de privilégier ce type de scénario. « D'après nos données historiques, je pense que nous pouvons nous attendre à ce que les déploiements hybrides perdurent », dit la directrice de recherche de l'Asug.
Le niveau des répondants qui voient S/4Hana comme leur principal défi s'est « stabilisé par rapport à l'année dernière », note-t-elle par ailleurs. Et les migrations se heurtent à quelques difficultés, notamment liées aux données : le pourcentage de répondants peinant à extraire des informations exploitables de leurs données a augmenté de huit points sur un an pour atteindre 35%. Et près de la moitié d'entre eux (48%) citent l'intégration comme un défi.
Encore au stade du pilote
Cet agenda fortement marqué par les contraintes de migration repousse les premiers déploiements opérationnels de l'IA au sein des environnements SAP. Une seconde étude menée par l'Asug sur l'adoption de cette technologie, réalisée en février 2026 en collaboration avec Microsoft et Intel, montre à quel point la plupart des organisations sont encore loin de la vision de l'entreprise autonome portée par SAP. L'étude, menée auprès de 142 membres de l'Asug, souligne que si 41% d'entre eux testent activement l'IA et que 39% développent des connaissances de fond sur le sujet, seuls 24% sont passés à un déploiement opérationnel. Et à peine 10% ont atteint un déploiement à l'échelle de l'entreprise. « L'adoption de l'IA progresse, mais la transformation des projets pilotes en déploiement à l'échelle demeure le principal défi, confirme l'étude de l'Asug. C'est lors du passage de la phase pilote à la mise en oeuvre opérationnelle que l'on observe le ralentissement le plus important. » Les obstacles sont bien connus : problèmes de sécurité, de confidentialité et de gouvernance (32%), contraintes budgétaires (27%) et manque de compétences internes en IA (27%). Ce dont les organisations disent avoir besoin pour aller de l'avant est tout aussi révélateur : des cadres de gouvernance clairs (40%), un alignement sur les processus métier (39%) et des cas d'usage convaincants (39%).
PublicitéMême parmi les organisations qui évaluent l'impact de l'IA sur leur activité, rares sont celles qui le font avec rigueur. Si 56% d'entre elles affirment évaluer le retour sur investissement des projets, seules 18% utilisent un cadre formel pour ce faire ; les autres procèdent de manière informelle ou au cas par cas. De plus, un écart important existe entre ambition et mesure de l'atteinte des objectifs : 61% des organisations cherchent à réduire les coûts avec l'IA, mais seuls 31% mesurent régulièrement cet indicateur. Comme l'a exprimé un participant à l'étude de l'Asug, « on ne se concentre pas suffisamment sur la création de valeur grâce à l'IA, au profit de sa simple utilisation. Actuellement, les résultats ne justifient pas les investissements. »
Intégrer l'innovation sans projet pluriannuel
Pour autant, Mickey North Rizza, vice-présidente du groupe logiciels d'entreprise chez IDC, dresse un tableau plutôt optimiste de la situation : « plus de la moitié des entreprises ont intégré des agents d'IA à leurs processus métier essentiels et 20,5% d'entre elles les déploient progressivement, explique l'analyste. Le fait est que les entreprises avancent, et vite. La vision de SAP en matière d'IA sert de guide afin que ses clients réussissent leur transition vers cette technologie. » Maribel Lopez, fondatrice de Lopez Research, a une vision légèrement différente. Selon elle, les capacités d'IA sont peut-être disponibles, mais leur adoption est loin d'être suffisante. « Les clients SAP sont très prudents, car ces applications sont au coeur de leur activité », souligne-t-elle.
Chase Christensen, DSI de département chez Jabil, entreprise de services de fabrication basée à St. Petersburg, en Floride, livre une vision nuancée : « on a l'impression que SAP avance plus vite qu'auparavant. Le chemin est certes encore semé d'embûches, mais je vois se dessiner une voie qui permettra de tirer profit de l'innovation sans avoir à s'engager dans des transformations pluriannuelles. » Le DSI est très direct sur ce qui manque encore à l'éditeur allemand : le support. « Donnez-nous le support nécessaire au lieu de nous laisser faire appel à différents intégrateurs de systèmes pour nous débrouiller », lance-t-il.
La réponse de SAP : décentraliser
Jonathan von Rüeden, directeur de l'IA chez SAP, a reconnu le retard dans l'adoption de la technologie lors de Sapphire. « Notre secteur est peut-être trop centralisé », a-t-il indiqué. Sa proposition : fournir des outils d'IA directement aux utilisateurs métiers via le nouveau Joule Desktop, lancé cette semaine, laisser l'adoption se faire naturellement et toucher ensuite la DSI. « Si cette technologie est accessible aux utilisateurs, elle doit finir par se répercuter sur les services informatiques », juge Jonathan von Rüden.
Cette approche pourrait trouver un écho favorable au sein des entreprises. L'étude de l'Asug montre que Microsoft domine actuellement le marché en termes d'adoption des outils d'IA (72% des répondants utilisant Copilot), mais SAP est bien positionné sur ce créneau : plus de la moitié des répondants indiquent prévoir d'utiliser les fonctionnalités d'IA intégrées aux applications SAP et aux agents Joule. À condition que la DSI ait la capacité budgétaire à absorber cette nouvelle vague de changements.
Article rédigé par
Stephanie Overby, CIO US (adapté par Reynald Fléchaux)
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