Chez Saint James, la transformation IT reste cousue main
Entre savoir-faire centenaire et modernisation accélérée, l'ETI normande Saint James a engagé une transformation IT structurante pour accompagner sa croissance. Connectivité, cybersécurité, hybridation du SI et réflexion stratégique sur l'IA : chez Saint James, la technologie reste un levier au service de l'humain, et non l'inverse.
PublicitéDans l'imaginaire collectif, Saint James reste indissociable de ses marinières et d'un savoir-faire textile transmis depuis 1889. Pourtant, derrière cette image patrimoniale, l'entreprise normande a engagé une mutation numérique en profondeur. Une transformation qui ne cherche ni la rupture ni la surenchère technologique, mais qui s'inscrit dans une logique de continuité opérationnelle et de soutien à la croissance.
Industrialiser l'IT pour accompagner la croissance
Depuis l'arrivée de son président actuel, Luc Lesénécal, en 2012, l'entreprise a changé d'échelle. Le réseau de boutiques en propre est passé d'une demi-douzaine à une trentaine, tandis que l'ensemble du maillage commercial atteint aujourd'hui près de 400 points de vente en intégrant franchises et magasins multimarques. Cette expansion rapide a mis en lumière les limites d'un système d'information historiquement peu structuré.
Face à cette situation, l'entreprise a engagé une refonte complète de son infrastructure IT en boutique. L'objectif : garantir une continuité de service sans faille et homogénéiser les outils sur l'ensemble du réseau. Connectivité, Wi-Fi, solutions de paiement et supervision ont été unifiés dans une architecture centralisée pilotable à distance. « C'est comme si on avait toutes les boutiques dans un même socle », résume le DSI, Florent Marié. Cette centralisation permet aujourd'hui d'anticiper les incidents et de réduire fortement les interruptions. « Depuis deux ou trois ans, ce n'est plus un problème », assure-t-il, soulignant l'impact direct de cette transformation sur l'activité commerciale.

Florent Marié, DSI de Saint James, dans l'usine de la marque en Normandie.
DSI de taille modeste, modèle d'externalisation orchestrée
Avec seulement trois personnes pour piloter le système d'information d'une organisation de près de 400 collaborateurs, la DSI de Saint James repose sur un modèle d'externalisation assumé. Saint James a fait le pari d'une délégation structurée, notamment avec Orange, qui joue un rôle central dans l'exploitation du SI. L'opérateur ne se limite pas à fournir des services de connectivité, mais agit comme un véritable intégrateur. « Notre collaborateur issu d'Orange orchestre, qu'il s'agisse de connectivité ou de cybersécurité, et rend les organigrammes transparents pour les clients », explique le DSI. Cette logique d'orchestration permet de simplifier la gestion du SI et d'éviter la multiplication des prestataires, souvent coûteuse en temps et en coordination.
Ce modèle repose sur une relation de confiance revendiquée par la direction. « Moi, je ne suis pas expert de la cybersécurité. C'est le résultat qui compte », affirme Luc Lesénécal. Une approche pragmatique, centrée sur la performance et la continuité de service plutôt que sur la technicité des solutions. L'entreprise attend avant tout de ses partenaires qu'ils assurent un niveau de service élevé et qu'ils anticipent les risques. « Le rôle d'Orange, c'est de nous nourrir et surtout d'anticiper ce qui va se passer », poursuit-il.
PublicitéUn SI hybride, entre héritage et modernisation progressive
Sur le plan architectural, Saint James évolue progressivement vers un modèle multi-cloud hybride. L'entreprise combine un ERP développé en interne il y a plusieurs décennies, des solutions SaaS pour les fonctions support et une infrastructure virtualisée reposant notamment sur VMware. « On se penche de plus en plus vers l'hybridation », indique le DSI. Cette trajectoire permet de concilier les contraintes budgétaires d'une ETI avec des besoins croissants en flexibilité et en ouverture à l'international, l'entreprise réalisant une part significative de son activité à l'export.
La question de la souveraineté des données est bien identifiée, mais abordée avec pragmatisme. « La souveraineté, c'est une notion intéressante en théorie, mais notre IT n'est pas suffisamment mature. », tranche le DSI. Cette évolution progressive permet de moderniser le SI sans remettre en cause les briques existantes, tout en maîtrisant les coûts. Le choix des solutions reste donc guidé par leur efficacité opérationnelle et leur capacité à s'intégrer dans l'écosystème existant. Avec 40% d'exportation, l'entreprise fait face au besoin de stocker des données sécurisées à l'international.
IA : une approche prudente et orientée valeur
Enfin, l'IA fait l'objet d'une attention particulière, mais sans précipitation. « On est en pleine réflexion et c'est indispensable. Cependant, il est impératif de sécuriser les données que nous pouvons communiquer hors de l'entreprise », explique Luc Lesénécal. L'ETI refuse toute approche opportuniste et privilégie un cadrage stratégique, piloté par la DG. « Nous sommes actuellement en train de considérer l'IA, afin de déterminer si cela vaut la peine d'investir en fonction du ROI », ajoute Florent Marié.
Les cas d'usage envisagés concernent principalement les fonctions support et certains processus périphériques. L'un des exemples cités est celui du « miroir à distance », une technologie permettant d'éviter des essayages physiques dans le cadre de collaborations B2B, réduisant ainsi les déplacements et les délais.
Placée au coeur du modèle de Saint James, la production reste largement à l'écart de ces transformations. « L'IA est plus à la disposition des fonctions support qu'au coeur de nos savoir-faire », affirme le DG. Dans une entreprise où la formation des opérateurs peut durer jusqu'à deux ans, l'automatisation ne constitue pas une priorité. « Je ne vois pas comment l'IA pourrait remplacer l'humain. », insiste-t-il, rappelant que la valeur de Saint James repose avant tout sur une expertise et une transmission de savoir-faire de génération en génération.
L'IA au service de l'actif immatériel et de la transmission
C'est d'ailleurs sur ce terrain que l'entreprise explore des pistes innovantes. Au-delà des usages opérationnels, l'IA pourrait servir à mieux valoriser l'actif immatériel de l'entreprise, notamment ses archives et son patrimoine de savoir-faire. « L'idée, ce n'est pas de remplacer, mais de modéliser ce qui n'est pas dans les comptes de l'entreprise », explique le président. Une approche originale, qui vise à intégrer dans la valorisation de l'entreprise des éléments tels que la formation interne, la transmission des compétences ou encore la richesse des archives historiques.
Dans un contexte où de nombreuses organisations se lancent dans l'IA sans vision claire, Saint James adopte une posture prudente. « Il ne faut pas aller bêtement trop vite », résume le DSI. Une ligne de conduite cohérente avec l'ADN de l'entreprise, où la performance technologique ne se conçoit qu'au service d'un projet industriel et humain. À rebours des discours dominants, la transformation numérique de Saint James ne cherche pas à réinventer le modèle, mais à le renforcer. Une IT discrète, mais structurante, qui permet à une maison centenaire de rester compétitive sans renier son identité.
Article rédigé par
Hanna Elgodjam, Journaliste
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