Comment les entreprises sous SAP intègrent l'IA à leurs processus
Lockheed Martin, ExxonMobil, Aeropuertos Argentina et Levi Strauss. Lors de son événement, SAP a mis en lumière différentes approches de l'IA par certains de ses clients.
PublicitéLors de Sapphire 2026, l'événement SAP qui s'est tenu la semaine dernière à Orlando (Floride), le premier éditeur européen a présenté son concept d'« Entreprise Autonome », une vision où des agents d'IA exécutent eux-mêmes les processus métier. Mais le témoignage de plusieurs clients de SAP lors de ce même événement dépeint un tableau plus nuancé. Lockheed Martin, ExxonMobil, Aeropuertos Argentina et Levi Strauss ont chacun défendu une stratégie d'IA spécifique, façonnée par leurs secteurs d'activité, leur tolérance au risque et leurs priorités stratégiques.
« Nos clients ont des niveaux de maturité différents, et leurs attentes le sont tout autant, souligne Jonathan von Rüeden, directeur de l'IA chez SAP, Certains estiment que les agents ne peuvent faire que ce qu'on leur dit. Les entreprises de la distribution, quant à elles, sont davantage tournés vers l'avenir. » Les quatre entreprises présentes sur la scène de Sapphire ont illustré concrètement cette diversité : elles allaient d'un géant de l'énergie de 115 ans qui laisse délibérément la 'hype' autour de l'IA se poursuivre à une marque de mode de 170 ans qui compte déjà plus de 1 000 agents déployés.
ExxonMobil : laisser l'engouement pour l'IA se poursuivre
ExxonMobil est actuellement en pleine transformation, abandonnant des décennies de personnalisations SAP pour revenir à un système central épuré. Ce géant pétrolier et gazier, fort de 115 ans d'histoire, ne se précipite toutefois pas sur l'IA. « Je préfère laisser l'engouement pour l'IA se poursuivre, dit Bill Keillor, vice-président de la transformation des activités chez ExxonMobil. Concentrons-nous d'abord sur nos fondamentaux. »
Cela implique de considérer les données comme un atout stratégique jusqu'ici inexploité. « Nous voulons vraiment libérer ce potentiel, reprend Bill Keillor. Si les fondations ne sont pas solides, les conséquences seront désastreuses. »
Son conseil aux DSI qui entreprennent une transformation à grande échelle : définir clairement l'intention stratégique, mettre en place une gouvernance robuste et choisir des partenaires « qui voient cela non pas comme une simple mission, mais comme une opportunité gagnant-gagnant ».
Lockheed Martin : l'objectif est d'être prêt
Maria Demaree, DSI de Lockheed Martin, a recentré le débat. « La transformation n'est pas une fin en soi, souligne-t-elle. Être prêt, c'est... » Le choix des mots est délibéré. Pour cette entreprise de défense et d'aérospatiale, être prêt signifie disposer de systèmes opérationnels lorsque des vies en dépendent. « Les enjeux sont considérables, et humains », ajoute-t-elle.
PublicitéLockheed Martin est en plein coeur de ce que Maria Demaree a décrit comme le plus important investissement de modernisation de son histoire : une initiative visant à remédier à des décennies de fragmentation IT. « Le défi ne réside pas dans l'effort, mais dans la complexité : des systèmes déconnectés et des processus fragmentés », précise la DSI. Pour créer de la valeur, l'IA doit être intégrée aux opérations de Lockheed, et non simplement ajoutée a posteriori, selon elle. « La transformation ne commence pas par la technologie. Il faut repenser les processus », tranche Maria Demaree.
Aeropuertos Argentina : 12 semaines de la conception à la production
À l'opposé, Aeropuertos Argentina démontre ce qu'il est possible d'accomplir lorsque les bases sont déjà en place. L'entreprise gère 35 aéroports et assure 90% du trafic aérien commercial argentin. Les conditions hivernales constituent une menace opérationnelle constante pour ses huit aéroports de Patagonie. La prévision météorologique et la gestion du verglas et de la neige exigent une coordination précise entre les équipes de météorologie, d'exploitation, de maintenance et de logistique.
Auparavant, cette coordination était manuelle, fragmentée et lente. Après la migration d'ECC vers S/4 Hana, Aeropuertos Argentina disposait des atouts nécessaires pour agir plus rapidement. Gustavo Sábato, le DSI de l'entreprise, a décrit la création, en seulement 12 semaines, d'un agent appelé S.N.O.W. (Smart Network for Operative Winter). Cet agent intègre les données météorologiques, les relevés des capteurs de piste et les processus de maintenance afin d'automatiser les décisions et d'orchestrer les travaux en temps réel.
Résultats : une réduction de 16 % des coûts directs, de 90 % du temps administratif et 45 tonnes de CO2 évitées. La solution, qui a remporté le concours d'innovation client SAP LATAM 2025, est désormais opérationnelle toute l'année. L'agent sera déployé dans deux aéroports dans les prochaines semaines, et dans six autres l'hiver prochain.

Jason Gowans, directeur du numérique et des technologies de Levi Strauss : « Standardisation et agilité ne sont pas incompatibles. La standardisation nous permet d'être agiles. » (Photo : D.R.)
Levi Strauss : 1 000 agents... pour l'instant
L'exemple le plus audacieux d'adoption des agents IA est celui de Levi Strauss. L'entreprise a pris une longueur d'avance en misant sur l'IA générative il y a déjà deux ans et demi, avant même que la plupart des fournisseurs de solutions d'entreprise ne proposent des outils intégrant la technologie. Aujourd'hui, cette entreprise de vêtements, forte de 170 ans d'histoire, a déployé plus de 1 000 agents IA et formé plus de 4 000 employés à la technologie.
Elle a co-innové avec SAP tout au long de cette stratégie affirmée, en s'appuyant sur S/4 Hana Fashion et Microsoft Azure pour consolider près d'une douzaine d'ERP existants sur une plateforme mondiale unique. Cette consolidation a nécessité des discussions franches pour transformer les méthodes de travail traditionnelles, explique Jason Gowans, directeur du numérique et des technologies. C'est ce qui a rendu l'IA opérationnelle. « Standardisation et agilité ne sont pas incompatibles, dit-il. La standardisation nous permet d'être agiles. »
Un exemple : le traitement des commandes en gros des petits détaillants, souvent transmises par PDF, e-mail ou tableur, prenait auparavant entre deux et cinq jours. Grâce aux agents d'IA développés sur Microsoft Azure et SAP, ce délai est désormais réduit à 20 ou 30 minutes. Jason Gowans reconnaît la qualité du travail accompli pour obtenir ces résultats. « C'est un travail complexe, admet-il. Mais pas insurmontable ! »
Article rédigé par
Stephanie Overby, CIO US (adapté par Reynald Fléchaux)
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