Khaled Bagban, DSI de Metro : « Le plus grand défi de l'IA est l'adoption des outils »
Le géant international de la distribution alimentaire Metro déploie une stratégie d'IA centralisée, basée sur la technologie, mais aussi l'acculturation des équipes. C'est aussi le cas pour ses démarches cyber et de résilience face aux risques géopolitiques. Entretien avec Khaled Bagban, DSI de Metro.
PublicitéCIO : L'IA est actuellement un sujet incontournable. En pratique, cependant, les gains d'efficacité escomptés sont souvent limités, et il est difficile de sélectionner des projets qui contribuent concrètement et de manière mesurable aux résultats de l'entreprise. Quelle est votre stratégie en la matière et, selon vous, quels sont les principaux défis liés à l'IA ?
Khaled Bagban : Nous avons une stratégie IA avec une approche centralisée qui nous permet d'identifier, de prioriser et de développer des cas d'usage tout au long de la chaîne de valeur, puis de les déployer à l'échelle de toute l'organisation, y compris dans nos filiales nationales. Grâce à ce nouveau modèle opérationnel que nous appelons AI factory, nous nous concentrons résolument sur la mise en oeuvre de ces cas d'usage. Notre objectif est de faire de l'IA une technologie concrète et de démontrer ses avantages tangibles. Nous constatons déjà qu'elle peut générer de la valeur ajoutée dans trois domaines clés : l'expérience client et l'expérience utilisateur, les processus internes et la productivité.
Le plus grand défi ne réside pas dans le développement des outils eux-mêmes, mais plutôt dans leur adoption et leur utilisation effective. Nous avons mis en place une démarche appelée « Façonner la culture avec l'IA ». L'objectif est de démocratiser l'usage de l'IA et d'en libérer tout le potentiel.
La menace que représentent la cybercriminalité et l'espionnage ne cesse de croître, et les dommages économiques sont considérables. Quelle est votre politique de cybersécurité, mais aussi de continuité d'activité ? Rencontrez-vous des difficultés à obtenir le budget nécessaire ?
Pour faire de Metro un grossiste alimentaire résilient face aux cybermenaces, nous avons besoin de plans de continuité d'activité robustes pour continuer à servir nos clients même en cas d'incidents graves, qu'ils soient d'ordre informatique ou non. Et de fait, assurer la continuité des activités ne se résume pas à la technologie. C'est une combinaison de processus résilients, d'employés bien formés à la gestion de crise et de technologies adaptées pour faciliter et accélérer la reprise. Il est important de noter que toutes les améliorations ne nécessitent pas de budget supplémentaire ; il s'agit souvent simplement de mieux prioriser les ressources et les activités.
La priorisation et l'accent mis sur la continuité des activités sont facilités par le partage d'informations claires et concrètes, tels que les coûts liés aux interruptions de service. Ces éléments constituent des arguments solides en faveur d'investissements ciblés dans des mesures de continuité et de résilience.
Les nouvelles incertitudes géopolitiques ont suscité un vif débat sur la souveraineté en Europe. Quelles sont les conséquences pour vos stratégies d'approvisionnement, d'harmonisation et d'utilisation des services cloud ?
PublicitéNous gérons les incertitudes géopolitiques selon trois principes : résilience, conformité et efficacité. En matière d'approvisionnement, nous privilégions la diversification et des solutions de double sourcing fiables. Notre infrastructure informatique repose sur un modèle central harmonisé, avec des exceptions spécifiques dans certains pays lorsque la loi ou la géopolitique l'exigent.
Du côté cloud, nous privilégions une approche multifournisseurs, avec Google, Oracle et Microsoft, et nous déployons les charges de travail en respectant scrupuleusement nos critères de sécurité, de protection des données et de rentabilité. Les normes européennes, telles que le RGPD, constituent nos principes directeurs, et nos données sont systématiquement chiffrées. Nous utilisons plusieurs zones géographiques dans le cadre de notre activité, et dans les juridictions restrictives, nous découplons les services centraux et privilégions les solutions locales selon les besoins.
Article rédigé par
CIO Allemagne (adapté par E.Delsol)
Partager cet article
Articles à la une
Emmanuel Spinat, AIFE : « Dans les finances de l'Etat, l'IA va amener gains de productivité et de qualité »
Khaled Bagban, DSI de Metro : « Le plus grand défi de l'IA est l'adoption des outils »
Les cliniques Sana Kliniken soignent leur dépendance technologique avec le cloud de Lidl
Commentaire
INFORMATION
Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.
Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire