PC : il n'y en aura pas pour tout le monde, avertit l'Ugap
Pour l'Ugap, la centrale d'achat public, la crise des semi-conducteurs a fait exploser les prix des PC. Et menace désormais la disponibilité en volume des machines.
PublicitéLa pénurie de composants menace l'approvisionnement des DSI en PC. Il n'est même plus question de prix, mais bien de disponibilité des machines en volume, avertit Frédéric Trinquecoste, le directeur des achats informatiques de l'Ugap. Pour la centrale d'achat public, qui a publié une note de conjoncture sur le sujet mi-février, la tension sur les marchés mondiaux de composants électroniques s'accroit depuis 2024. Celle-ci découle de l'accélération des investissements dans l'IA, « entraînant une réallocation prioritaire des capacités industrielles vers ces usages, au détriment des segments traditionnels », écrit l'organisme public.
Pour Frédéric Trinquecoste, cet appétit des hyperscalers et autres sociétés d'IA a appauvri les capacités des principaux constructeurs de PC : Dell, HP et Lenovo. « Le premier effet a été un raz-de-marée sur les prix, touchant d'abord les barrettes mémoire. Avec une envolée de 600 à 700% des tarifs entre octobre 2025 et maintenant », reprend le directeur des achats informatiques, un secteur qui pèse 41% des 6,4 Md€ d'achats de la centrale l'an dernier. La conséquence, selon Frédéric Trinquecoste ? La mémoire pèse désormais en moyenne plus d'un tiers du prix d'un PC, un doublement en quelques mois. Si on y ajoute les SSD pour le stockage, on atteint désormais 55% de la facture totale, selon l'Ugap.
Commander et ne jamais être livré
Si le phénomène, qui concerne donc au premier chef la DRAM - un marché concentré autour de trois acteurs (les Coréens Samsung et SK Hynix et l'Américain Micron) -, mais aussi le stockage SSD (mémoire NAND), se traduit par un doublement, voire un triplement des prix publics des PC, c'est désormais la disponibilité même des machines qui pose question, assure l'Ugap. « Les constructeurs n'ont pas senti le vent venir et se retrouvent dans l'incapacité de négocier avec leurs fournisseurs. Aujourd'hui, vous pouvez très bien commander des machines au prix demandé par un constructeur et ne jamais les recevoir », dit Frédéric Trinquecoste. Sans oublier également l'allongement des délais, qui se chiffrent désormais en mois.
Si l'Ugap indique que les distributeurs titulaires des marchés (les Computacenter, Econocom, Ingram ou SCC) ont commandé des quantités supplémentaires pour couvrir la plupart des besoins identifiés pour les prochaines semaines, « seule une partie de ces besoins pourra être couverte, et ce, avec des délais de livraison probablement plus longs que d'ordinaire », reconnait la centrale d'achat dans sa note.
L'option client léger ressort du placard
Au passage, ce durcissement n'est pas forcément une mauvaise nouvelle pour l'Ugap. Car si la centrale a acheté 350 000 postes de travail l'an dernier pour des donneurs d'ordre publics (l'Etat, mais aussi ses opérateurs, les sociétés à mission de service public, les établissements de santé et les collectivités), cela ne représente 'que' 15% du total des besoins de ces acteurs. Les tensions sur le marché du PC sont susceptibles de pousser de nouveaux acteurs à se tourner vers l'Ugap, pour sécuriser leurs approvisionnements. En toute logique, Frédéric Trinquecoste indique donc que ses équipes sont mobilisées sur l'exécution des marchés.
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« Il faudra prendre des décisions en matière de frugalité, reporter des décisions d'investissement ou déclasser et réutiliser certains matériels », avertit Frédéric Trinquecoste, directeur des achats IT de l'Ugap. (Photo : D.R.)
Le directeur des achats IT dit aussi avoir demandé aux titulaires des marchés d'élargir l'offre à de nouveaux constructeurs, comme Acer ou Asus. À condition bien sûr que ceux-ci fournissent les garanties de stabilité dans le temps attendues par les DSI. « Mais les donneurs d'ordre publics doivent également prendre des décisions en matière de frugalité, reporter des décisions d'investissement ou déclasser et réutiliser certains matériels », avertit Frédéric Trinquecoste, qui préconise notamment d'étudier l'allongement de la garantie et de se repencher sur des stratégies à base de clients légers. « Quant au reconditionné, il est présent sur tous nos marchés et représente quelques milliers de postes par an. Mais on peut s'attendre à une propagation de l'inflation à ce segment », analyse le directeur des achats IT.
Clause de livraison sous 45 jours neutralisée
Dans ce contexte, l'Ugap tente de se poser en garant de la disponibilité des machines dont ont besoin ses clients du secteur public - via notamment la constitution d'un stock tampon de « plusieurs milliers de machines » dans ses entrepôts - et des meilleurs tarifs. Même si la centrale reconnaît avoir modifié ses marchés pour s'adapter aux tensions du moment. Notamment avec une clause de revoyure sur les prix au moment de la notification des marchés, pour tenir compte de l'inflation entre l'appel d'offres et la concrétisation de l'accord. « Nous demandons toutefois aux distributeurs de produire les courriers des constructeurs attestant des hausses de tarifs », précise Frédéric Trinquecoste. Le directeur des achats dit aussi avoir neutralisé la clause de livraison sous 45 jours, pour tenir compte des réalités du moment. Et la situation est appelée à durer au moins sur l'ensemble de 2026, selon l'Ugap qui s'attend à de nouvelles hausses de prix - en particulier sur les configurations les plus demandées - et à la fermeture progressive de certaines références.
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
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