FDJ continue de parier sur son datacenter marseillais
La Française des jeux a transformé un site historique de la loterie nationale en campus IT, hébergeant sa production informatique. Les deux salles du datacenter bénéficient désormais de l'appui d'un site de secours actif, situé également dans la région.
PublicitéC'est à Vitrolles, à quelques kilomètres de Marseille, que la Française des Jeux (FDJ) a choisi d'héberger sa production informatique, sur un site historique de l'entreprise, qu'elle occupe depuis 1976. A l'époque, Vitrolles est choisi comme un des deux sites appelés à gérer le Loto, né cette année-là. « Le site n'avait alors rien d'informatique. Il servait à traiter les paris pris sur des cartes perforées en carton pour la région sud », détaille Roland Marzo, le directeur technique du groupe qui emploie plus de 5 000 personnes et a réalisé un chiffre d'affaires de 3,8 Md€ en 2024.
Le campus, non loin de l'aéroport de la seconde ville de France et au pied d'une colline, héberge environ 500 personnes auxquelles s'ajoutent quelque 200 prestataires. Le datacenter qui en est le coeur a bénéficié de 250 M€ d'investissements depuis 2018. Un indicateur de la volonté de l'opérateur, rebaptisé FDJ United depuis l'acquisition de l'opérateur de paris en ligne Unibet en 2024, de miser sur une production IT interne. « Le cloud ne représente que 3% de notre production, et reste cantonné à certains besoins pour nos clients B2B, à l'élasticité de nos front-office et à des applications pour notre entité data et IA », indique Roland Marzo.
Un site de secours actif-actif à Marseille
En plus d'héberger un centre d'appels pour les 29 000 commerçants partenaires en France, le site de Vitrolles gère surtout les près de 25 milliards de prises de jeux annuelles, mais aussi des services de collecte de deniers publics pour la DGFiP (Direction générale des finances publiques) ou encore les services de paiement de l'offre Nirio, auxquels recourent une trentaine d'opérateurs à ce stade (opérateurs d'autoroutes, bailleurs...). Sans oublier une plateforme de mutualisation d'applications de prise de paris avec d'autres opérateurs. « C'est un peu l'Apple Store des acteurs du jeu », lance le CTO. Cette plateforme, opérée par les équipes de Vitrolles, est le fruit d'une société de droit norvégien regroupant à parts égales quatre opérateurs scandinaves (Danemark, Finlande, Norvège et Suède) et, donc, FDJ United. Enfin, c'est à Vitrolles que les équipes FDJ réalisent les tests associés aux quelque 3 000 changements annuels opérés sur l'infrastructure IT, qui mise largement sur une couche composée d'OpenStack et de Kubernetes.

« Auparavant, avec notre salle de secours passive, redémarrer aurait demandé deux à trois semaines », souligne Roland Marzo, le directeur technique, ici au centre d'une des deux salles de supervision du site de Vitrolles. (Photo : R.F.)
A Vitrolles, deux salles informatiques, travaillant en équilibrage de charge, semi-enterrées et séparées de 300 mètres, reçoivent l'essentiel des 17 000 serveurs logiques de l'entreprise et des quelque 2 Po de stockage. L'essentiel, mais pas la totalité. Car, dans le cadre d'un programme de trois ans visant à améliorer la résilience de son SI, FDJ a ouvert une troisième salle sur le port autonome de Marseille, en colocation dans un datacenter Digital Realty. Remplaçant une salle de secours plus petite, ce site fonctionnera sur un mode actif-actif avec celui de Vitrolles et a vocation à enregistrer environ 30% des paris. Les premiers tests grandeur nature doivent avoir lieu au cours de la troisième semaine de mars. « Auparavant, avec notre salle de secours passive, redémarrer aurait demandé deux à trois semaines », souligne Roland Marzo, qui entend ainsi se couvrir de risques majeurs, comme le crash d'un avion sur le campus de Vitrolles. Sans oublier les incendies, même si le site possède des équipements spécifiques (pour projeter un brouillard d'eau), qui lui ont permis d'être épargné lors du feu qui a ravagé Vitrolles en 2016. A l'époque, une température de 1000 degrés avait été relevée au haut de la colline qui surplombe le campus.
PublicitéDes pics à plus de 1000 transactions/seconde
Le choix d'une nouvelle salle IT à Marseille, plutôt que dans une autre ville de France ou dans un cloud public, peut surprendre à priori. Mais il s'explique par le temps de latence maximum qui doit séparer les sites, pour des raisons intrinsèques aux métiers de la prise de paris. « Pour éviter des décalages de paris, nous ne pouvons pas nous éloigner de plus de 30 km de Vitrolles », résume le directeur technique. Et si AWS possède bien un datacenter à Marseille, il est d'abord exploité par l'hyperscaler comme un site de sauvegarde des datacenters parisiens.

Une des salles de Vitrolles. Aujourd'hui, FDJ refroidit ses équipements IT à 24° et envisage de porter cette température à 26° d'ici la fin 2026. (Photo : R.F.)
Les deux salles informatiques, de 500 m2 chacune, présentent, elles, des configurations identiques, chacune étant dotée de sa propre salle de supervision où se relaient 7 équipes de 3 collaborateurs. « Ces équipes ont à leur disposition 3,4 millions de graphes et bien-sûr des 'méta-graphes' permettant de synthétiser la santé de l'IT », indique le directeur technique. Lors de notre visite du site, le 22 janvier, le système d'information avait enregistré un pic de 343 transactions/seconde. « Mais nous sommes montés jusqu'à 1050 transactions/seconde et nous effectuons des tests allant jusqu'à 1800 ! », souligne Roland Marzo.
Les batteries, le risque incendie n°1
Au sein de chaque salle, les équipements IT sont classiquement rangés en allées chaudes et froides. Même si, en la matière, la doctrine a pas mal évolué au fil des ans. « Il y a 10 ans, nous refroidissions à 16°. Aujourd'hui, les équipements fonctionnent à 24° et nous ambitionnons de porter cette température à 26° d'ici la fin de l'année. » La résilience locale est assurée par deux générateurs de 1000 chevaux pour chaque salle, reliés à des citernes offrant 17 jours d'autonomie au maximum. Sans oublier des batteries au plomb, prenant le relais durant les 15 secondes nécessaires à la montée en puissance des moteurs diesel. « Les batteries représentent le principal risque incendie au sein du datacenter », reconnaît le directeur technique. Comme l'avaient montré les incendies d'OVH ou du datacenter gouvernemental en Corée du Sud. Pour surveiller cet équipement sensible, FDJ renouvelle ses batteries tous les 5 ans - le risque augmentant avec le vieillissement - et les a bardées de capteurs, pour en monitorer l'état de santé. Une surveillance des émissions d'hydrogène, un gaz hautement inflammable et caractéristique des batteries au plomb, est également mise en oeuvre.
Le mainframe enfin décommissionné
Si les deux salles s'appuient sur des équipements x86 standards, un équipement fait la particularité de la FDJ : le GDA, pour gestionnaire d'aléas. Ce serveur spécialisé, reposant sur du matériel militaire, produit les résultats des jeux 100% numériques. « Comme l'arrivée des fibres, ce matériel est hébergé dans une enclave sécurisée au sein de la salle sécurisée. Nul ne peut y accéder seul et ne peut toucher le GDA, faute de quoi il se bloque. Et les règles de génération d'aléas sont modifiées toutes les 15 minutes », détaille Roland Marzo.
Depuis 6 mois, les salles de FDJ United se sont aussi allégées des mainframes, la plateforme historique sur laquelle fonctionnaient les applications clefs. « A mon arrivée dans l'entreprise en 2016, on me parlait déjà d'un décommissionnement prévu pour l'année suivante, s'amuse Roland Marzo. Le projet a finalement duré 9 ans, car c'est une plateforme très complexe à retirer, ses composants étant intimement liés à des flux de comptabilité et de trésorerie. »
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
Suivez l'auteur sur Twitter
Partager cet article
Articles à la une
Khaled Bagban, DSI de Metro : « Le plus grand défi de l'IA est l'adoption des outils »
Commentaire
INFORMATION
Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.
Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire