Stratégie

Dépendance : un indice et un observatoire pour mesurer le poids de la tech US

Dépendance : un indice et un observatoire pour mesurer le poids de la tech US
Olivier Sichel, DG du groupe Caisse des dépôts et président d’honneur de l’association Digital Resilience Initiative (aDRI), qui porte l’indice de résilience numérique, le 26 janvier à Bercy. (Photo : R.F.)

L'indice de résilience numérique va permettre aux entreprises d'autoévaluer leur niveau de dépendance et les risques qu'elle entraîne. Tandis que le commissariat au Plan travaille à un observatoire permettant d'appréhender le phénomène au niveau national.

Publicité« Pas un slogan, pas une posture, mais une boussole ». C'est par ces mots que la ministre déléguée au Numérique et à l'IA, Anne Le Hénanff, a ouvert les rencontres de la souveraineté numérique, qui se tenaient le 26 janvier à Bercy. Et, en matière de boussole précisément, la France est en train de se doter de deux outils permettant d'évaluer le niveau de dépendance technologique des organisations européennes.

D'un côté, un indice de résilience numérique (IRN), porté par l'association Digital Resilience Initiative (aDRI), permettant à une organisation d'évaluer son niveau de dépendance. « L'économie du numérique est une économie de dépendances. Or, ces dernières sont insuffisamment connues et cartographiées, résume Olivier Sichel, le directeur général du groupe Caisse des dépôts et parrain de cette initiative. Aujourd'hui, ce sujet est remonté au niveau des directions générales pour une question de gestion des risques. »

C'est d'ailleurs la gestion des risques qui inspire largement l'IRN, indicateur sous licence Creative Commons co-conçu avec plusieurs grandes organisations françaises (la Caisse des dépôts donc, mais aussi Maif, Crédit Mutuel, CMA CGM, RTE, EDF, SNCF, Ouest France...), mais aussi avec l'appui du Cigref et du Cesin. « L'autoévaluation a amené un dialogue entre les différents acteurs en interne, mais a aussi permis de mettre en lumière auprès de la DG des initiatives existantes », souligne Sébastien Henry, le directeur général adjoint de RTE, qui explique que l'exercice a notamment permis de renforcer la stratégie open source qui préexistait au sein du gestionnaire du réseau de transport d'électricité.

« Trop de boîtes noires technologiques »

« L'outil fournit une évaluation structurée permettant de disposer d'un langage commun favorisant le dialogue en interne - entre la direction générale, la direction des risques, la conformité, la DSI... - mais aussi entre organisations, afin de mesurer les risques numériques et de prendre les arbitrages adaptés », reprend Olivier Sichel. L'indice se déploie selon 8 axes regroupés en trois grandes problématiques : la stratégie et l'impact économique ; la sécurité ; et, enfin, la technologie. « Il y a encore trop de boîtes noires technologiques », souligne David Djaïz, un des co-fondateurs de l'indice.

« La création de l'indice est partie du travail du Cigref donnant de premiers chiffres sur le niveau de dépendance des organisations européennes », précise David Djaïz. Une étude de l'association avait évalué à 265 Md€ la dépense annuelle des organisations européennes en logiciels et services cloud américains. « À trajectoire constante, on se dirige vers 500 Md€ en 2030, et ce chiffre pourrait encore s'alourdir avec l'IA et la quantique », ajoute le cofondateur de l'IRN, qui pointe le renforcement de la dépendance des organisations européennes induite par le modèle du pay-as-you-go. « Nous avons voulu déconstruire le mythe qui veut que personne n'a jamais été viré pour avoir choisi IBM », ajoute Yann Léchelle, un autre cofondateur de l'IRN.

PublicitéCartographier la dépendance au niveau national

L'indice, issu de 6 mois de travaux au sein d'une trentaine d'ateliers, permet à chaque organisation de s'autoévaluer. Mais aDRI entend également mettre en place un processus de certification, portant sur 20 critères répartis dans les huit dimensions retenues, certification qui pourra concerner tant des entreprises utilisatrices de technologies que des offreurs de solutions. Pour l'instant 100% français, l'indice lorgne vers l'international, via la transformation de l'association loi 1901 actuelle en association internationale sans but lucratif (AISBL).

À vocation micro-économique - l'autoévaluation des entreprises -, l'IRN est complété par une autre initiative, portée cette fois par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan : l'Observatoire de la souveraineté numérique. Un indicateur qui découle d'une lettre de mission de l'ex-ministre du Numérique, Clara Chappaz. Comme l'explique Clément Beaune, actuel haut-commissaire, la démarche s'appuiera sur l'envoi, « d'ici quelques jours », d'un questionnaire à une très large base d'entreprises et administrations. Clément Beaune, qui espère consolider les réponses d'ici fin février, veut ainsi « évaluer le niveau de dépendance et le degré de criticité de celle-ci ». Dans un second temps, le Plan doit proposer un catalogue d'alternatives. Clément Beaune promet que l'observatoire sera disponible dès le printemps prochain.

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