Stratégie

Oracle bientôt sevré de nouveaux marchés au sein de l'Etat

Oracle bientôt sevré de nouveaux marchés au sein de l'Etat
Le siège d’Oracle, à Austin (Texas). Lors de son renouvellement en mars prochain, le marché Ugap dédié aux technologies de l’Américain ne proposera plus que le support de l’existant. (Photo : Oracle)

Le futur marché de la centrale d'achat public, l'Ugap, sera limité au support des technologies Oracle déjà en exploitation. L'exécutif veut éviter toute extension de périmètre sur les offres de l'éditeur américain.

PublicitéLa fin des nouveaux contrats pour Oracle via le marché dédié de l'Ugap. Lors de son audition devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique, le 20 mai, David Amiel a livré cet os à ronger aux députés de la commission : « l'Ugap, via son marché dédié, va mettre fin aux ventes [Oracle] hors renouvellements. C'est un signal fort envoyé à l'ensemble de la commande publique », a lancé le ministre de l'Action et des comptes publics. Et de préciser : « il y aura des renouvellements de contrats qui pourront avoir lieu pour assurer la continuité et donner du temps aux migrations très lourdes, mais nous cesserons d'approfondir cette dépendance et de la disséminer chez de nouvelles entités publiques. Il était temps. »

Au sein de l'Ugap, première centrale d'achat public en France, placée sous la tutelle des ministres du Budget et de l'Education nationale, Frédéric Trinquecoste, le directeur des achats IT, explique que cette inflexion résulte de discussions entamées avec la Direction des achats de l'Etat (DAE) et le cabinet de David Amiel depuis un peu plus de deux mois. « Nous nous devons d'être alignés sur les priorités politiques, tout en exposant les problématiques opérationnelles des administrations qui doivent gérer leurs dépendances immédiates », indique-t-il. Ce dialogue a fait émerger les contours d'un futur marché il y a moins de deux semaines, pour une mise en oeuvre lors du renouvellement de l'offre actuelle qui court jusqu'en mars 2027 (avec deux extensions possibles de six mois chacune).

« Conserver la continuité opérationnelle »

Le marché Oracle de l'Ugap, estimé à environ 200 M€ sur trois ans, est avant tout exploité par des collectivités, qui représentent 50% du total, l'administration d'Etat se contentant d'environ 10% des ventes passant par l'Ugap. Les ministères disposent en effet de leur propre véhicule dédié au support Oracle via la DAE. « Notre marché est très large et va jusqu'aux matériels (notamment la gamme Exadata, NDLR), domaine où les administrations sont dans une situation de dépendance totale, détaille Frédéric Trinquecoste. Sortir de ces offres signifie mettre en oeuvre un chantier colossal, nécessitant du temps et des investissements. D'où l'accord avec le ministère autour d'un futur marché permettant de conserver la continuité opérationnelle. »

Vers un cloud de confiance sur base Oracle ?

PublicitéSelon le responsable, le futur marché Oracle, dont il espère pouvoir aligner les contours avec le contrat de support de la DAE, devrait entrer en vigueur en mars 2027 ou six mois plus tard si les conditions n'ont été finalisées à lors de la première échéance. La centrale d'achat a initié des réflexions pour greffer au futur marché des options permettant un désengagement progressif des offres Oracle, par exemple en récupérant on-premise des solutions aujourd'hui exploitées en SaaS. « Nous avons aussi entamé des échanges avec Oracle pour évoquer une mise à disposition de leur offre en marque blanche, sur un environnement SecNumCloud. Ce qui permettrait de laisser du temps aux administrations, tout en leur offrant une garantie contre les lois extra-territoriales », reprend Frédéric Trinquecoste. Si les discussions en restent au stade préliminaire, ce type de montage n'est pas totalement étranger au géant américain, puisqu'il a construit une offre dédiée appelée Alloy précisément afin de permettre à des partenaires de construire une offre en marque blanche sur ses technologies. En exploitant ce principe rappelant la construction de Bleu et S3NS, l'Italie a d'ailleurs construit ainsi une région de son cloud de confiance, le Polo Strategico Nazionale (PSN), sur la base de technologies Oracle. Ce cloud sert les besoins de l'administration transalpine.

Un avertissement pour Microsoft

Si ce virage pris par l'Ugap est une première et reste un cas isolé, il constitue un sérieux avertissement pour un autre éditeur américain bénéficiant d'un marché spécifique au sein de la centrale d'achat : Microsoft. « Nous nous attaquerons au sujet l'année prochaine », indique le directeur des achats IT de l'Ugap, ce marché n'arrivant à échéance qu'en 2028. Selon David Amiel, les dépenses en logiciels bureautiques représentent 368 M€ par an pour la seule administration d'Etat, sur une dépense totale de 4,3 Md€. Toutefois, rien n'indique, à ce stade, que l'Etat prendra une direction similaire à celle engagée sur Oracle, d'autant que l'orientation dépendra aussi du résultat de la future élection présidentielle.

Enfin, se pose la question de l'application de la mesure décidée par l'exécutif afin de prévenir toute extension de périmètre sur les technologies Oracle, les administrations pouvant avoir recours à d'autres centrales d'achat que l'Ugap, voire passer un contrat en direct avec l'éditeur. En théorie, l'Etat s'est instauré un droit de regard sur les achats de logiciels passés par ses services et les organismes placés sous sa tutelle directe, via un décret du 18 mars dernier. Celui-ci précise que, pour tout contrat dépassant 2 M€ par an et « portant sur des suites collaboratives ou des logiciels à la demande », l'administration acheteuse doit recueillir un avis favorable de la Dinum, mais aussi de l'Anssi, de la DAE et de la direction du Budget. Un dispositif déjà opérationnel, selon Frédéric Trinquecoste. « Chaque semaine, nous fournissons à la DAE tous les devis qui passent par nos services. L'étau se resserre. » Et Oracle est le premier à en faire les frais.

En complément :

- Oracle, VMware, Microsoft : les DSI ministériels pointent leurs dépendances principales

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