Pour les dirigeants, l'IA sera un moteur de croissance... Reste à savoir comment
Si une large majorité des dirigeants anticipent des revenus issus de leurs projets IA au cours des quatre prochaines années, seul un quart d'entre eux a une vision claire de leur provenance.
PublicitéLes attentes concernant l'IA sont élevées parmi les dirigeants interrogés dans le cadre d'une étude de l'IBM Institute for Business Value (The enterprise in 2030) : 79 % des répondants estiment que leurs initiatives en matière d'IA généreront des revenus additionnels au cours des quatre prochaines années. Cependant, moins d'un quart des personnes interrogées est capable d'en identifier la source !
« Cet écart entre les attentes et les résultats représente le défi majeur du leadership de cette décennie », écrit Mohamad Ali, vice-président senior d'IBM Consulting, dans le rapport accompagnant les principaux résultats de l'étude, basée sur les réponses de plus de 2000 dirigeants dans le monde (dont 23% en Europe). Bien que l'enquête puisse suggérer un engouement excessif pour l'IA, IBM encourage les dirigeants à investir massivement dans cette technologie. En 2030, le succès des entreprises se mesurera à leur capacité à bouleverser leur secteur trimestre après trimestre, et non plus à leurs progrès constants vers des objectifs à long terme, prédit IBM. « Le plus grand risque ne sera pas de faire de mauvais paris, mais de faire des paris trop modestes », selon le fournisseur.
Les dirigeants entrevoient un avenir fondé sur l'IA, même si les prévisions concernant ses spécificités restent encore floues, note Salima Lin, associée en charge de la stratégie, de la transformation, des fusions-acquisitions et du leadership d'opinion chez IBM Consulting. « Il est clair que les dirigeants ont une vision claire de l'objectif, mais ils ignorent comment y parvenir, explique la co-auteure du rapport. Ils ont pris conscience de la direction que prend le marché, et les entreprises capables de combler cet écart seront les gagnantes. »
Après l'euphorie, le retour à la réalité
D'autres experts en IA voient dans cette énième étude la preuve que les dirigeants restent sous l'emprise du battage médiatique. « Cela ressemble fort à de la foi aveugle », souligne Danilo Kirschner, directeur général de la société de conseil en cloud Zoi Amérique du Nord. Bien que ce dernier entrevoie l'important potentiel de l'IA, il prédit que 2026 sera l'année du retour à la réalité, après l'engouement initial. Les initiatives en IA continueront d'avancer, affirme-t-il, mais avec des attentes plus réalistes, notamment en matière de croissance de revenus impulsés par la technologie.
« Les DSI seront félicités non pas pour avoir lancé les initiatives IA les plus ambitieuses, mais pour avoir arrêté les plus coûteuses et démontré un retour sur investissement tangible », ajoute-t-il. Danilo Kirschner observe également un recentrage sur des initiatives d'IA à petite échelle, les projets s'orientant vers des modèles hautement spécialisés, efficaces et à coûts maîtrisés, axés sur l'automatisation de processus métier spécifiques. « Les modèles plus petits sont moins chers à exploiter et plus faciles à entraîner avec des données propres et accessibles », souligne-t-il.
PublicitéS'attaquer à des problèmes spécifiques
Les actionnaires semblent s'impatienter face aux expérimentations d'IA à plusieurs milliards de dollars qui ne génèrent pas de retour sur investissement patent à ce stade, selon lui. « Les entreprises sont engagées dans une course à l'armement, investissant des milliards dans des systèmes d'IA massifs et attrape-tout et elles lancent d'innombrables expérimentations d'IA, décrit Danilo Kirschner. Le retour sur investissement ne se concrétise tout simplement pas assez rapidement pour justifier les coûts immenses liés à la puissance de calcul, à la complexité et à la gestion des données. »
L'enquête révèle un manque de réflexion stratégique sur l'IA, souligne de son côté Magnus Slind-Näslund, directeur technique de Lokalise, fournisseur de technologies de traduction linguistique. « Trop de dirigeants misent tout sur l'IA sans stratégie claire quant à sa rentabilité, affirme-t-il. Tout le monde veut profiter du phénomène, mais peu savent où cela les mène. On peut croire en la technologie, mais il faut une raison solide pour l'adopter. » Les gains liés à l'IA ne se concrétiseront que lorsque les organisations l'appliqueront à des problèmes spécifiques et complexes, ajoute Magnus Slind-Näslund.
« Le décalage entre l'enthousiasme et la réalité de la mise en oeuvre est la principale cause d'échec en entreprise, explique-t-il. Il est logique d'espérer des revenus supplémentaires de l'IA à terme, mais il est illusoire d'y croire sans savoir d'où ils proviendront. Cette approche relève davantage de l'optimisme que de la stratégie. »
Ne pas se permettre trop de pessimisme
D'autres experts en IA entrevoient un avenir prometteur pour la technologie, même si certaines expériences initiales n'ont pas été concluantes à ce stade. Ainsi Gain Servicing, une société de services financiers spécialisée dans les demandes d'indemnisation pour préjudice corporel, a constaté des avantages concrets liés à l'IA, notamment un développement logiciel plus rapide grâce aux assistants de codage et un traitement des demandes d'indemnisation simplifié, explique Farah Hirth, sa directrice de l'IA et des technologies.
Selon elle, pour ce faire, les organisations doivent analyser en profondeur leurs workflow et identifier les points de blocage spécifiques. « Il est logique que les dirigeants anticipent une augmentation des revenus grâce à l'IA, même si certains la présentent comme une solution miracle, indique-t-elle. Les organisations qui en tireront réellement profit sont celles qui considèrent l'IA comme un outil pour résoudre des problèmes ciblés, et non comme une stratégie en soi. »
Cependant, les organisations trop lentes à adopter l'IA passeront à côté des avantages de cette technologie, prévient Farah Hirth. « Je pense qu'on ne peut pas se permettre d'être pessimiste, ajoute-t-elle. Je préfère être optimiste et explorer les possibilités offertes par l'IA plutôt que de la sous-estimer et de prendre du retard par manque d'efforts. »
Article rédigé par
Grant Gross, CIO US (adapté par Reynald Fléchaux)
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