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Edito - Bonne année 2019, l'année de l'intelligence naturelle

Edito - Bonne année 2019, l'année de l'intelligence naturelle
Bertrand Lemaire est rédacteur en chef de CIO.

Une nouvelle année s'ouvre. Au delà des voeux de rigueur, qu'est-ce que cette année pourrait bien nous apporter ?

PublicitéToutes les équipes de CIO (rédaction, commerce, marketing...) s'associent à moi pour vous souhaiter une excellente année 2019. Ces voeux sont rituels et de rigueur. Mais ils n'en demeurent pas moins sincères. Tous les jours, CIO tente de vous faire passer une bonne année en vous apportant toute l'information qui vous est utile. Nous veillerons à poursuivre et encore amplifier nos efforts dans l'année qui s'annonce, que ce soit au travers de notre couverture de l'actualité des DSI, de CIO.Focus ou de nos événements.

Pourtant, les obstacles sont nombreux. Le bonheur des DSI serait sans nuage sans eux. Le premier reste probablement l'acharnement de certains fournisseurs à en vouloir à votre budget IT au-delà du raisonnable. Nous commencerons d'ailleurs notre programme de conférences 2019 par ce thème. Le RGPD vous a fait faire des cauchemars en 2018 ? Ce n'est pas terminé et nous en reparlerons en Mai, à l'occasion du premier anniversaire de l'application de ce règlement européen. La conformité juridique est en effet un vrai sujet pour les DSI. Cloud, Big Data, blockchain, intelligence artificielle, IoT... ? Oui, sans doute les DSI devront (aussi) s'occuper un peu de technique ! Car mettre le numérique au service du business suppose tout de même que l'on fasse un peu de véritable informatique, chose que l'on a tendance, parfois, un peu à oublier. Mais le véritable défi risque d'être, encore une fois, pas très technique : et si celui-ci était humain ?

L'enjeu des compétences

S'il y a un sujet récurrent dont tous les DSI se plaignent, c'est en effet de la difficulté à recruter les bons profils. Bref, oubliez l'intelligence artificielle. Le problème, c'est de trouver de l'intelligence naturelle. Dans un pays qui compte quelques millions de chômeurs, cela reste tout de même bien étrange d'avoir ce genre de difficultés. Et si, en fait, il fallait changer d'approche ?

Combien de soi-disant « profils introuvables » correspondent en fait à des personnes connaissant le dernier atelier logiciel à la mode ? Ce qui est important, c'est que l'expert tant recherché sache développer, avoir les bons réflexes pratiques, connaisse les infrastructures et les méthodes de test et de mise en production. Après, ma foi, il suffit de le former au dernier bidule à la mode qui aura changé dans six mois. Les entreprises ont perdu cette habitude, du moins en France (mais pas aux Etats-Unis). Bien entendu, beaucoup de recruteurs sont juste trop gourmands : ils exigent des niveaux sans utilité, un profil restrictif (telle école ou tel groupe d'écoles en négligeant IUT, universités, etc.), au risque de décevoir les recrutés qui iront rapidement voir ailleurs. Du coup, trop souvent, on va recourir à des « consultants » de sociétés de service, aux profils moins homogènes, formés à la chaîne et refacturés plusieurs fois leur coût salarial. Il serait moins coûteux d'embaucher directement ces personnes et de les former, quitte à les retenir par la fameuse clause de dédit-formation dans leur contrat de travail.

PublicitéOui à l'intelligence naturelle !

Cette intelligence naturelle est là. Elle est disponible. Il suffit de la cultiver. La cultiver, c'est bien sûr savoir la retenir par un salaire décent et un management un minimum humain. Parmi les problèmes souvent soulevés par de vrais experts, il y a le déroulé de carrière. Ce problème est typiquement franco-français. En France, être un technicien, un expert technique, est une maladie honteuse, au mieux une maladie enfantine. Le Graal, c'est de devenir chef : chef de projet, manager, patron (de start-up)... Malheur à celui qui veut se concentrer sur son expertise technique ! Sa carrière sera médiocre dans la plupart des cas. Oh, bien sûr, il y a des exceptions et certaines entreprises commencent à comprendre. Mais, pour quelques unes qui ont changé, combien s'y refusent ? Il en résulte une frustration chez les experts techniques qui n'ont aucune envie de devenir managers, aucune compétence pour l'être bien souvent. Et, en plus, on assèche ainsi le bassin des experts techniques dont, parait-il donc, on manque.

L'intelligence naturelle, on en manque aussi de plus en plus face à la généralisation des algorithmes, de l'intelligence artificielle. Des sociologues et des psychologues s'inquiètent ainsi des biais résultant des algorithmes de réseaux sociaux. Pour favoriser les clics, l'algorithme amène la création de bulles d'approbation : on ne voit que ce qui nous plaît déjà, faisant de ce qui est une opinion parmi d'autres une opinion qui semble générale. Ceux qui ne partagent pas cette opinion deviennent ainsi rapidement l'ennemi à abattre, provoquant des radicalisations jusqu'à l'absurde. Et l'esprit critique disparaît : puisque c'est sur Internet, c'est vrai. D'où une multiplication de fake news. Les entreprises sont-elles épargnées ? Rien n'est moins sûr. Les célèbres fichiers Excel faits dans mille endroits différents avec une quantité d'erreurs de formules sont certes de plus en plus remplacés par du vrai décisionnel et des données communes de référence... mais, là encore, la croyance dans la Sainte Vérité du graphique peut être source de bien des erreurs sans un minimum de recul, bref, d'intelligence naturelle.

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