Chez Airbus, la 5G privée s'impose comme standard de connectivité industrielle
L'avionneur est en train de généraliser le déploiement de son propre réseau 5G privé sur ses sites industriels. La solution est vue comme un outil au service de l'accélération des cadences de production.
PublicitéChez le premier avionneur européen, la priorité est à l'efficacité de l'appareil de production. En 2025, Airbus a livré 793 appareils. C'est mieux qu'en 2024, mais c'est toujours en dessous du niveau de 2019, où 863 appareils avaient été mis sur le marché. La firme veut donc accélérer pour dépasser le cap des 1000 appareils livrés d'ici 2027, afin de servir un carnet de commandes bien garni, comptant quelque 8700 avions.
« Dans cette optique, connecter les employés, les fournisseurs et clients partout et tout le temps s'avère essentiel, explique Guillaume Lugat, le responsable du département connectivité d'Airbus. Or, les moyens de connectivité standard comme le filaire et le Wifi touchent leurs limites, particulièrement dans les milieux industriels. » C'est ce constat qui a poussé l'industriel à lancer un projet de déploiement d'un réseau 5G privé, que Guillaume Lugat présente comme « l'épine dorsale supportant les capacités qui seront développées sur la chaîne d'assemblage, en matière d'IoT ou d'outils intelligents ».
Finaliser en 2027
Ce réseau couvre aujourd'hui 100% des chaînes d'assemblage de l'avionneur en France (Toulouse, Nantes et Saint-Nazaire,) ainsi que 50% de celles situées à Hambourg, en Allemagne. L'équipement des autres sites de l'industriel, comme le centre d'expertise toulousain de Saint-Eloi (fabriquant des mâts réacteurs et des pièces de nacelle en titane), les usines en Espagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, doivent suivre cette année. « Fin 2027, nous avons prévu de finaliser l'équipement de nos sites pour la partie avionique », indique Guillaume Lugat. Selon le responsable, les activités hélicoptères et défense du groupe sont également intéressées par la technologie et des déploiements pilotes vont être mis en oeuvre dans ces entités.

Une ligne d'assemblage à Hambourg. Le site est aujourd'hui à moitié couvert, Airbus prévoyant d'achever les déploiements dans le courant de l'année. (Photo : Airbus)
Les usages des réseaux mobiles privés chez Airbus remontent à 2019, avec un réseau 4G alors exploité pour décharger les données des essais en vol et configurer les capteurs des avions pour ceux-ci. « Nous avions alors enregistré un gain de 20% sur le temps de rotation des avions », assure Guillaume Lugat. Prolongeant cette première application, aujourd'hui basculée sur la 5G, Airbus commence à équiper ses lignes d'assemblage à partir de 2024. La FAL (Final Assembly Line, ligne d'assemblage final) de l'A321 est ainsi la première à être couverte par une solution 4G/5G, afin d'assurer la compatibilité avec les équipements déjà exploités sur la ligne.
2 antennes 5G, contre 70 bornes Wifi
Publicité« Le réseau privé est venu en renfort des solutions déjà en place, le filaire et le Wifi, souligne Guillaume Lugat. Le filaire n'est guère pratique dans des environnements industriels, dont la configuration évolue fréquemment. Et le Wifi y pose plusieurs problèmes. D'abord, il exploite des fréquences libres, fréquemment parasitées. Ensuite, les carlingues jouent le rôle de cages de Faraday, ce qui oblige nos opérateurs à en sortir pour retrouver la connectivité et à multiplier les points d'accès. » Ainsi, deux antennes 5G suffisent à couvrir le hangar d'une FAL, là où 50 à 70 bornes Wifi étaient nécessaires. « Et sans problème de connectivité, assure le responsable. Le ratio est donc très positif et l'ingénierie de couverture beaucoup plus simple avec les réseaux mobiles. » Si Airbus conserve pour l'heure ses réseaux Wifi, Guillaume Lugat reconnaît qu'à terme, la question de leur disparition va se poser. Tout comme va se poser celle du remplacement des réseaux IoT, comme Lora, qu'exploite également Airbus.

Guillaume Lugat, responsable du département connectivité d'Airbus : « nous avons fait le choix d'être les architectes de notre solution, pour adapter la technologie à nos besoins. » (Photo : D.R.)
Cette infrastructure 5G sert aujourd'hui à connecter les tablettes et téléphones des opérateurs sur les lignes supportant les applications de gestion de production, les lecteurs spécialisés pour la supply chain (tracking/picking), mais aussi les AGV (automated guided vehicles) - qui transportent des tronçons complets d'appareils - ou encore les terminaux dédiés à la sécurité (auparavant sur Tetrapol). « Nous avons déployé plusieurs centaines de cartes SIM se connectant quotidiennement à notre réseau 5G privé », assure Guillaume Lugat. Si ce dernier assure qu'Airbus n'est pas dans une démarche de retour sur investissement stricte avec ces déploiements, l'avionneur est attentif aux gains de productivité qu'il entraîne. « Avec les tablettes et smartphones 5G, nous gagnons en moyenne 10 minutes par opérateur et par shift (durée d'un poste pour un collaborateur, NDLR) », indique le responsable.
Airbus vole sur ses propres fréquences
Contrairement à d'autres industriels comme Arcelormittal ou Alcatel Submarine Networks, Airbus ne s'appuie pas sur un opérateur tiers pour déployer la 5G. Mais possède ses propres fréquences, attribuées par l'Arcep en France. Et ce sera aussi le cas dans les autres pays où l'avionneur déploie sa 5G privée. « Nous avons fait le choix d'être les architectes de notre solution, pour adapter la technologie (fournie par plusieurs équipementiers, dont Ericsson sur le coeur de réseau, NDLR) à nos besoins spécifiques et disposer d'une infrastructure totalement privée », dit le responsable du département connectivité d'Airbus. C'est aussi l'équipe de ce dernier qui gère donc la maintenance de l'infrastructure, comptant aujourd'hui 80 antennes, l'exploitation du réseau et le support aux utilisateurs.
Article rédigé par
Reynald Fléchaux, Rédacteur en chef CIO
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