Leonhard Kerscher, DSI de Kärcher : « la souveraineté européenne dépend du courage de changer »
L'industriel allemand Kärcher, qui s'appuie sur une stratégie 100% cloud, intensifie désormais également le déploiement d'agents IA. Autant de raisons pour Leonhard Kerscher, son vice-président exécutif en charge des technologies de l'information et de la transformation numérique s'inquiéter du manque de réflexions approfondies sur la souveraineté en Europe.
PublicitéCIO : Quelle type de stratégie IA déployez-vous aujourd'hui ?
Leonhard Kerscher : Notre stratégie repose en grande partie sur la démocratisation : nous avons activé Google Gemini directement dans Google Workspace pour tous les employés. Et par le biais de formations, de hackathons ainsi que l'organisation de salons IA en interne, nous avons impulsé une dynamique mondiale qui a déjà permis de développer de nombreux cas d'usage de GenAI.
Un exemple concret sur lequel nous travaillons actuellement est Selly. Cet agent IA est conçu pour alléger considérablement les tâches administratives de notre équipe commerciale en agissant comme un assistant « intelligent ». Le principal défi réside désormais moins dans la technologie elle-même que dans la capacité à garantir, grâce à des données fiables, des interfaces adaptées et une gestion du changement efficace, que nos équipes passent du statut de simples utilisatrices à celui de véritables orchestratrices de ces agents.
Comment gérez-vous, à l'heure de l'IA en particulier, la menace cyber ?
Pour commencer, nous accordons une importance capitale à la résilience, et le problème fondamental réside plutôt dans une priorisation rigoureuse que dans l'obtention du budget, par exemple. Il s'agit d'optimiser l'utilisation des ressources disponibles. Les meilleurs outils de sécurité sont inefficaces si les fondamentaux ne sont pas respectés - par exemple, si les systèmes ne sont pas systématiquement mis à jour ou si la correction des vulnérabilités identifiées prend des semaines.
Notre défi réside donc moins dans l'acquisition de nouvelles technologies que dans l'excellence opérationnelle : nous investissons principalement dans la rationalisation des processus et la réactivité afin de garantir notre capacité d'intervention en cas de situation critique. Nous maintenons un dialogue étroit avec le conseil d'administration à ce sujet.
Votre SI repose entièrement sur le cloud. Comment gérez-vous la question de la souveraineté ? En particulier, avec les nouvelles incertitudes géopolitiques ?
Nous poursuivons effectivement une stratégie 100 % cloud depuis des années déjà, ce qui implique que nos processus les plus essentiels s'exécutent chez les grands hyperscalers américains. Je suis donc de près le débat sur la souveraineté technologique, mais je le trouve souvent trop superficiel. L'attention se porte généralement sur les fournisseurs de cloud, alors que la technologie américaine est omniprésente dans notre propre infrastructure : des puces et du matériel réseau jusqu'à la virtualisation, aux systèmes d'exploitation et aux bases de données. Une analyse complète et objective de ce sujet de dépendance aux fournisseurs américains, et donc de souveraineté, fait cruellement défaut.
PublicitéNous avons constaté, par ailleurs, que les sanctions pouvaient entraîner un découplage en quelques jours ou semaines. Par conséquent, nous ne pourrons parvenir à un véritable changement qu'en unissant nos forces en Europe, en investissant durablement dans les technologies numériques européennes et en réaffirmant notre engagement envers les logiciels libres. Avant tout, cela exige une chose : le courage de changer de la part de chacun.
Article rédigé par
CIO Allemagne (adapté par E.Delsol)
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