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Santander : bientôt une première banque classique 100% cloud-native ?

Santander : bientôt une première banque classique 100% cloud-native ?
« La croissance de la base clients, associée à une mise en œuvre rigoureuse du plan One Transformation, générera des revenus plus élevés et des coûts structurellement plus faibles », dit Ana Botín, présidente exécutive de Banco Santander. (Photo : D.R.)

Malgré les difficultés, l'établissement poursuit les migrations de son 'core banking' du mainframe vers un cloud privé. Et promet à ses actionnaires un niveau de coûts digne d'une néo-banque.

PublicitéAprès le déploiement de son cloud maison Gravity sur ses activités bancaires dans certains marchés clefs, comme l'Espagne, le groupe Santander entend désormais exploiter ce socle pour abaisser significativement son coefficient d'exploitation. C'est en tout cas ce que la banque espagnole a promis à ses actionnaires lors de l'annonce, fin février, de son plan pour 2028. Lancé en 2020, le projet Gravity devait à l'origine se dérouler sur 4 ans. Dans les faits, il prend plus de temps que prévu, la migration du Brésil (le premier marché en nombre de clients pour Santander) n'étant attendue que dans le courant de cette année.

Le déploiement de la plateforme cloud-native est couplé à une intense campagne de recrutement, qui a porté les effectifs technologiques de la banque à près de 30 000 personnes - soit un quasi-doublement des équipes en quelques années. Et il s'intègre à un programme appelé One Transformation, visant à déployer un modèle opérationnel unique auprès des 180 millions de clients de la banque. One Transformation, annoncé en 2020 et qui est doté d'un budget de 20 Md€, a l'ambition de transformer Santander en banque 'digital-native'. Avec des niveaux de coûts alignés sur les néo-banques, assure l'entreprise, qui promet un ratio d'exploitation de 36% en 2028, soit 9 points de moins qu'en 2025. Une progression spectaculaire dont environ un tiers peut être relié aux effets de plateformes découlant du projet Gravity. « Sur le front-end, nous pouvons désormais utiliser les mêmes technologies qu'une fintech. Mais avec tous les produits d'une banque de premier plan », indiquait dans une vidéo datant de l'automne dernier Dirk Marzluf, l'ex-directeur des opérations et des technologies de Santander.

7 mainframes poussées vers la retraite

Actuellement, l'implémentation de Gravity serait achevée à 70%, assure Santander, qui promet la couverture de 80% des transactions de la banque d'ici le milieu de l'année. Développée sur la base de technologies du marché (Red Hat, VMware, Oracle Exadata...), la plateforme couvre actuellement les activités du groupe en Grande-Bretagne, au Chili, en Espagne et au Mexique. Le dernier communiqué de Santander sur le sujet - portant sur la migration du Mexique en novembre dernier - laisse par exemple entendre que l'intégralité de l'infrastructure sur place a été transférée sur Gravity.

PublicitéLe cloud gère ainsi déjà 1300 milliards de transactions/an avec accès en temps réel à la data, selon les chiffres donnés par Santander à ses investisseurs. La banque indique, par ailleurs, avoir déjà décommissionné 7 mainframes. « Nous avons décidé que nous voulions déplacer le centre de gravité de notre architecture IT du mainframe, notre Legacy, vers notre front-end, vers nos clients. C'est de là que provient l'appellation Gravity », selon Dirk Marzluf, qui ajoute qu'il s'agit d'une plateforme event-based qui génère 40% d'économies par rapport au Legacy. Dirk Marzluf a quitté le groupe Santander en fin d'année dernière, selon son profil LinkedIn.

Gravity 2.0, une plateforme bancaire globale ?

Si la technologie a déjà contribué pour 1 point à l'amélioration du coefficient d'exploitation de Santander entre 2022 et 2025, elle doit désormais porter l'impressionnant bond de 9 points promis aux marchés financiers (soit une économie de 4 à 5 Md€), via notamment une v2 de Gravity, présentée comme une plateforme globale portant un nouveau modèle opérationnel. La banque compte sur celle-ci pour abaisser les coûts, réduire le nombre de fournisseurs, mais aussi simplifier l'innovation - avec des déploiements 3 à 4 fois plus rapides que précédemment - et, enfin, porter sa stratégie d'IA, notamment dans la relation client, mais aussi au coeur de ses processus.

« D'ici 2028, la banque prévoit de générer plus d'un milliard d'euros de valeur par an (économies de coûts plus revenus) grâce aux initiatives liées aux données et à l'IA, contribuant ainsi à hauteur d'environ 1 point de pourcentage à l'amélioration du ratio coûts/revenus du groupe », écrit l'entreprise dans un communiqué. Concernant les gains issus de la mutualisation de ses opérations sur Gravity, Santander donne une illustration avec son système de paiements. Gravity aurait déjà abouti à une baisse des coûts de 16% sur ce dernier. Une économie que la banque espagnole espère amener à 45%, avec la création d'un seul hub de paiements au niveau international dans Gravity 2.0.

Exception dans le paysage bancaire

L'ambition du programme One Transformation, consistant à opérer au même niveau de coûts et avec la même flexibilité qu'une néo-banque, apparaît comme une exception dans le paysage bancaire européen. Un milieu volontiers conservateur et prudent en matière de décisions IT. Les grands établissements français ont ainsi pris des engagements bien moins ambitieux sur leurs coefficients d'exploitation (Crédit Agricole cible ainsi un ratio inférieur à 55% dans son plan à horizon 2028, tandis que BNP Paribas anticipe descendre sous les 56% à cette même échéance). Même si la banque espagnole opère actuellement à des niveaux de rentabilité comparable à ses homologues hexagonales. Pour l'instant du moins.

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