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Datacenters et IA : la crise de l'énergie sera là dès 2026

Datacenters et IA : la crise de l'énergie sera là dès 2026
En France, RTE estime que la croissance de la production d’électricité permettra, dans les prochaines années, de couvrir les besoins des projets de datacenters (4,3 GW selon l’opérateur). (Photo : Luctheo/Pixabay)

L'Uptime Institute prévient que le décalage entre les délais de construction des datacenters et la disponibilité des infrastructures électriques pour les alimenter va aggraver les difficultés du secteur.

PublicitéL'industrie des centres de données se dirige à pleine vitesse vers une crise énergétique que la technologie seule ne pourra pas résoudre, prévient l'Uptime Institute, un consortium spécialisé dans la performance des datacenters.

« Les infrastructures numériques critiques continuent de se développer fortement, souligne Andy Lawrence, directeur exécutif de la recherche à l'Uptime Institute, dans un communiqué. Parallèlement, nos recherches révèlent une incertitude quant à l'impact de l'IA sur la demande. Cela complexifie la planification des capacités et les stratégies de résilience. » Si l'IA continue de stimuler les investissements dans les infrastructures numériques, le fossé grandissant entre le rythme de construction des datacenters et le temps nécessaire à la mise en service de nouvelles capacités de production et de transport d'électricité constitue une préoccupation majeure.

« Les prévisions de cette année prolongent celles de 2025 et mettent l'accent sur la croissance continue du secteur et les défis qui y sont associés, tout en reconnaissant le rôle puissant et transformateur de l'IA comme accélérateur de croissance », explique Andy Lawrence, qui s'exprimait lors d'un webinaire présentant les conclusions de l'étude.

Concentration de l'infrastructure

Et, pour l'Uptime Institute, alors que les entreprises expérimentent les outils d'IA, l'infrastructure nécessaire à leur prise en charge se concentre de plus en plus entre les mains d'un petit nombre d'organisations. « L'utilisation plus répandue des outils d'IA en entreprise et par les consommateurs ne se traduit pas par une meilleure répartition de la puissance de calcul dédiée à l'IA et de l'infrastructure d'IA en général », souligne Daniel Bizo, directeur de recherche au Uptime Institute, lors de ce même webinaire. « La concentration de l'infrastructure de calcul dédiée à l'IA ne fera que s'accentuer dans les années à venir », prévoit-il.

Car, dans les entreprises elles-mêmes, l'investissement dans l'infrastructure reste relativement modeste, selon Uptime Institute. Pour le consortium, les DSI limiteront leurs investissements à l'inférence et à certains aspects de l'entraînement, or les workloads d'inférence ne nécessitent pas d'augmentation significative des capacités internes. « Notre prédiction, notre observation, est que la concentration des infrastructures de calcul pour l'IA augmentera de quelques points dans les années à venir. D'ici fin 2026, nous prévoyons qu'environ 10 gigawatts de nouvelle capacité informatique auront été ajoutés aux datacenters du monde entier, spécifiquement pour exécuter des applications d'IA générative et autres applications connexes », détaille Daniel Bizo. Ces quelque 10 gigawatts représentent entre 13 et 15 millions de GPU et d'accélérateurs déployés dans le monde. « Nous anticipons que la majorité d'entre eux sont et seront déployés au sein d'une architecture de type supercalculateurs. »

Publicité3 ans pour un datacenter, 10 ans pour une centrale nucléaire

Sauf que cette trajectoire soulève un défi majeur. En effet, selon le consortium, les centres de données peuvent être construits en moins de trois ans, mais mettre en place les capacités de production d'électricité qu'ils supposent prend beaucoup plus de temps. « Il faut entre trois et six ans pour déployer un parc solaire ou éolien, environ six ans pour une centrale à cycle combiné gaz-vapeur et, même en étant optimiste, il faut probablement plus de dix ans pour déployer une centrale nucléaire conventionnelle », rappelle Max Smolaks, analyste à l'Uptime Institute.

Ce décalage était gérable lorsque les datacenters étaient plus petits et que leur croissance était plus linéaire, note le rapport. Mais avec des projets qui se chiffrent désormais en dizaines, voire en centaines de mégawatts, trouver rapidement une telle puissance est devenu quasiment impossible. « Je prévois que l'ampleur et la gravité de la crise qui commencera à se manifester en 2026 prendront malheureusement de nombreux opérateurs au dépourvu. Les équipements de production et de distribution d'électricité seront le facteur déterminant pour choisir ce qui peut être construit, comment le construire et où, et cette crise risque de durer de nombreuses années », tranche Max Smolaks.

Péril sur le réseau électrique

Uptime Institute prévoit que les coûts de l'électricité augmenteront sur les principaux marchés, et que, en conséquence, les entreprises construisant des datacenters se tourneront de plus en plus vers des pays moins en vue. Par ailleurs, prévoit Uptime Institute, les datacenters pourraient être tenus, pour se raccorder au réseau, de participer à des programmes de lissage de la demande - en passant à une production sur site pendant les pics de consommation.

À mesure que les centres de données s'agrandissent et se concentrent dans des régions spécifiques, les risques liés à la résilience du réseau électrique s'accroissent, prévient encore le Uptime Institute. « L'expansion, avec ses immenses datacenters ou leur concentration dans des zones géographiques spécifiques, introduit de nombreux nouveaux risques », selon Andy Lawrence. Selon le rapport, le vieillissement des équipements de transport d'énergie et la part croissante des énergies renouvelables intermittentes créent des conditions propices à l'instabilité du réseau. Les fortes concentrations de datacenters dans certaines zones sont aussi susceptibles d'affecter sa stabilité. Les autorités de régulation en ont pris conscience, note le consortium. Dans plusieurs pays, elles travaillent à de nouvelles règles de raccordement des opérateurs de datacenters au réseau électrique. Ces règles imposeront aux centres de données de tolérer des fluctuations de tension plus importantes et de contribuer à éviter ou ralentir les déconnexions de charge lors de perturbations du réseau.


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