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Edito - Blockchain, une mode anarchiste dévoreuse de ressources

Edito - Blockchain, une mode anarchiste dévoreuse de ressources
Bertrand Lemaire est rédacteur en chef de CIO

Blockchain, blockchain, blockchain... Pas une semaine sans qu'on entende ce mot. Mais cette mode est-elle bien raisonnable ?

Vous ne pouvez pas ignorer le phénomène Blockchain. Partout, tout le temps, vous allez découvrir que telle entreprise s'est lancée dans un projet blockchain ou qu'un fournisseur a lancé une offre pour « démocratiser » cette technologie. Sans oublier les inévitables Bitcoins et ses avatars (Bitcoins Cash) ou concurrents (Etereum). Mais est-ce bien raisonnable ? Dès que l'on pose ce genre de question, il est probable que la réponse sera, au final, souvent non, sauf dans des cas précis.
Chaque blockchain a ses propres règles. Mais ce qui va faire la nature d'une blockchain est expliqué dans son nom. Il s'agit d'une chaîne de blocs. Un certain nombre d'acteurs vont donc disposer de noeuds stockant un journal d'opérations, les fameux blocs. A chaque nouvelle opération, un bloc est ajouté à la chaîne. Et cette chaîne est recopiée sur l'ensemble des noeuds, avec signature électronique de l'ensemble. Dès lors qu'un noeud n'est pas identique aux autres, le consensus est brisé et le noeud discordant est écarté. Il en résulte que pour truquer une chaîne de blocs, il faut truquer tous ses noeuds. La caractéristique numéro un d'une blockchain est donc la décentralisation de la confiance : il n'existe aucune autorité qui dit « voici la Vérité », la vérité est issue du consensus. Vous remplacez un notaire ou un autre registre officiel par des centaines, des milliers ou des dizaines de milliers de témoins.

Un choix idéologique plus que technique

Cette logique a d'abord été mise en oeuvre pour créer des cryptomonnaies, notamment le Bitcoin. Pourquoi ? Précisément pour que des échanges puissent s'opérer en dehors du contrôle d'autorités publiques. Pas d'autorité centrale, donc pas de contrôle par la police, la justice, le fisc, etc. Déjà, ça sent mauvais. Du moins, ça sent mauvais pour quelqu'un qui s'inscrit dans un schéma légaliste. Evidemment, un Anarchiste trouvera cela génial. Ou son équivalent capitaliste, le Libertarien. Bref, la Silicon Valley adore. Mais cette adoration est purement idéologique.
Quelles sont les conséquences des choix techniques opérés ? Chaque opération est tracée et ne peut pas être effacée. Au fil du temps, le volume de données ne peut donc que s'accroître sans aucun espoir qu'il en soit autrement. De plus, le calcul des soldes des opérations s'effectue uniquement en recalculant les effets de toutes les opérations. A l'inverse, dès que vous avez un registre central, vous pouvez disposer d'un solde calculé à chaque opération, archiver ce qui n'a plus lieu d'être conservé en ligne, etc. La blockchain est donc un prodigieux gâchis de ressources, en stockage, en bande passante et en calcul. La création monétaire dans le cas du Bitcoin en est un exemple caricatural.

Des applications professionnelles peuvent être pertinentes

Autant des opérations en grand nombre constituent un puits sans fond, autant certaines applications limitées peuvent, elles, être pertinentes. Et c'est là qu'on entre dans le domaine des applications d'entreprises. L'un des problèmes des banques est de gérer les opérations entre banques, surtout à l'international. Pour cela, il existe des chambres de compensation qui sont, par définition, des autorités centrales. Pour éviter le recours aux chambres de compensation ou, dans d'autres secteurs, à divers coûteux intermédiaires, une blockchain permet aux acteurs d'un marché de s'entendre directement entre eux, en mode pair-à-pair. Ces blockchains visent à traiter tous types de contrats : des paiements, bien sûr, mais aussi des commandes et des bons de livraison.
Dans ce genre de cas, les nombres d'acteurs et d'opérations restent limités. L'inconvénient majeur qu'est le gâchis de ressources est donc lui aussi limité. Et le bénéfice est de supprimer un coûteux intermédiaire ou une autorité centrale difficile à établir de façon neutre entre concurrents ou partenaires aux intérêts divergents. Enfin, si besoin, les différents acteurs se connaissant, on peut toujours, par consensus, repartir à zéro le jour où la nécessité s'en fera sentir. A l'inverse, les applications destinées à perdurer ad vitam aeternam sur de vastes marchés, en particulier le grand public, me laissent très dubitatif, la seule question étant de savoir quand ces blockchains là s'effondreront sous leur propre poids, comme des trous noirs, ou sous l'effet d'autorités publiques qui n'aiment pas qu'on leur cache des choses.

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