Tribunes

Logiciels et cloud : l'ère des prédateurs pour vos budgets IT

Logiciels et cloud : l'ère des prédateurs pour vos budgets IT
Guillaume Geudin, directeur des pôles performance achats chez Elée : « face à une telle mécanique, d’ici 2028, les dépenses IT pourraient augmenter de 50 à 60%. » (Photo : D.R.)

L'inflation galopante des coûts du logiciel et du cloud est en train de déséquilibrer les budgets IT. L'arrivée de fonctions d'IA ne faisant qu'accélérer le phénomène. Pour les DSI, il y a urgence à reprendre la main.

PublicitéIl y a dix ans, le cloud et les modèles logiciels as-a-service étaient synonymes de souplesse, d'évolutivité et de maîtrise des coûts. Aujourd'hui, cette promesse s'est transformée en dérive budgétaire constante, avec une hausse annuelle estimée entre 12% et 14% sur les factures des DSI.

Dans l'ombre, deux prédateurs avancent en silence : logiciel et cloud. A eux deux, ils dévorent les budgets des entreprises, fragilisant à la fois la capacité d'innovation et leurs marges de manoeuvre financière.

Une accélération historique

Depuis 2020, les coûts logiciels et cloud ont explosé sous l'effet d'un cocktail puissant :

- Migration généralisée des licences perpétuelles vers les abonnements SaaS, transformant le Capex en Opex sans plafond garanti ;
- Évolution des métriques (facturation par utilisateur, employé, interaction ou usage), rendant les coûts plus imprévisibles ;
- Complexité contractuelle accrue et effritement des remises historiques ;
- Inclusion systématique de nouvelles fonctions dans les offres, facturées dans des bundles même lorsque leur usage reste limité.

Résultat : entre 2020 et 2024, les prix des grands éditeurs comme Microsoft, Oracle, SAP, Salesforce, IBM, Google ou Broadcom ont progressé de 15% à 40 % voire parfois beaucoup plus, et la tendance semble inexorable.

Des fonctions valorisées... au prix fort

Les éditeurs justifient leurs hausses par l'enrichissement fonctionnel de leurs offres. Si les coûts techniques sont réels, ils se doublent souvent d'augmentations opportunistes :

- +11% à +25% sur les offres Microsoft 365 complétées par un surcoût allant jusqu'à 85% pour l'intégration de l'IA Copilot.
- 20% de surcoût, pouvant atteindre 45% voire davantage, pour les entreprises intégrant les nouvelles fonctionnalités d'IA de Google Gemini.
- +15% chez Salesforce.
- Entre +8 et 12% chez Oracle
- Entre +3,3 et 5% chez SAP

Ces nouveaux composants sont fréquemment inclus par défaut, sans option de retrait, limitant la liberté du client et alourdissant mécaniquement la facture. Au-delà des hausses faciales, l'intégration de l'IA est devenue le principal levier des éditeurs pour augmenter le revenu moyen par utilisateur (ARPU) de 30 à 80%.

Sans optimisation, l'addition sera salée

Face à une telle mécanique, d'ici 2028, les dépenses IT pourraient augmenter de 50 à 60%. Les risques pour les entreprises sont triples :

- Érosion des capacités d'investissement ;
- Budgets figés par des coûts récurrents incompressibles ;
- Dépendance accrue envers un nombre restreint de fournisseurs dominants.

Cinq leviers pour reprendre la main

PublicitéPour desserrer l'étau, les DSI ont cinq leviers à disposition :

1. Analyse des usages et nettoyage : identifier et supprimer jusqu'à 30% de licences inutilisées ou sous-utilisées.
2. Rationalisation : regrouper les besoins, réduire les doublons, mutualiser au niveau du groupe.
3. Négociation anticipée : lancer les discussions 12 à 18 mois avant échéance, étudier les alternatives open source ou les possibilités de migration.
4. Pilotage FinOps : suivi régulier coûts/usages, décommissionnement des ressources cloud sous-utilisées (économies possibles : de 20 à 30%).
5. Recherche d'alternatives : open source, freemium, multi-sourcing, modèles "pay-as-you-grow", mise en concurrence des éditeurs.

Une urgence stratégique

Le portefeuille logiciel n'est plus une simple ligne de dépenses : c'est un actif stratégique à traiter avec la même rigueur que la masse salariale ou les Capex.
Ignorer cette réalité, c'est accepter une hémorragie silencieuse compromettant la transformation future.

Le logiciel et le cloud ont changé de visage : ils sont aujourd'hui des prédateurs budgétaires. Les maîtriser, c'est protéger l'avenir. Cette maîtrise doit impliquer l'ensemble de l'organisation, jusqu'au comité de direction.

Partager cet article

Commentaire

Avatar
Envoyer
Ecrire un commentaire...

INFORMATION

Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.

Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire

    Publicité

    Abonnez-vous à la newsletter CIO

    Recevez notre newsletter tous les lundis et jeudis