L'IA vient de tuer votre prestataire informatique. Et c'est une bonne nouvelle
Le modèle du site Web avec CMS et Web Agency, avec les coûts et le manque de réactivité associés, est mort. L'IA générative et l'agentique permettent de revoir complètement le processus, assure Olivier Rafal. Et le site vitrine n'est que le premier domino du SI à tomber.
PublicitéVotre Web Agency vous a envoyé une belle présentation ce matin. Nouveau devis, nouveau projet, nouvelle refonte. Vous allez signer. Et vous avez tort. Pas parce que l'agence est mauvaise, mais parce que le modèle est mort - et que vous êtes peut-être le dernier à le savoir.
Un agent IA produit en 48 heures ce que cette agence vous livrera dans quinze ou vingt semaines. Pour largement moins d'un dixième du prix. Avec les bonnes pratiques SEO, les normes d'accessibilité et le code propre - intégrés d'emblée, sans plugin inutile, sans dette technique cachée, sans faille de sécurité. Ce n'est pas une promesse de vendeur d'IA. C'est ce que nous avons fait, pour les trois sites de notre groupe. Et ça change tout.
Site vitrine : premier élément du SI à générer à l'ère de l'IA
Il y a une question que tout utilisateur métier a posée au moins une fois à sa DSI ou à son prestataire Web. Une question simple, presque naïve, qui résume à elle seule l'absurdité du modèle actuel : "Pourquoi est-ce que j'ai besoin de 15 jours pour changer une page Web ?"
La réponse honnête : parce que vous avez mis entre vous et votre contenu une couche technologique qui a sa propre logique, ses propres contraintes, ses propres experts. Les CMS - WordPress, Drupal, et leurs cousins - n'ont jamais été conçus pour vous. Ils l'ont été pour être vendus, déployés, maintenus et refacturés.
Le résultat est connu : des mises à jour permanentes pour colmater des failles de sécurité, des plug-in qui s'accumulent et se contredisent, une dette technique invisible dans un thème acheté on ne sait plus où, et une web agency qui "réinvente la roue" à chaque projet en facturant au jour/homme des lignes de code et une expertise aujourd'hui totalement maîtrisés par l'IA.
Le CMS a transformé les humains en servants de l'outil. L'IA inverse cette logique : c'est l'outil qui sert l'humain. Vous aviez opté pour une recherche sur les titres et les tags mais souhaitez désormais une recherche plein texte ? Vous voulez voir ce que donnerait un carrousel en Une ? Changer un élément majeur du design ? Avec l'IA, pas de ticket, de réunion, de devis, d'allers-retours prenant des jours ; une conversation suffit pour tester, visualiser, implémenter, en quelques minutes.
Le vieux débat "Build vs. Buy" est mort. Bienvenue dans le "Generate"
Pendant des décennies, la question centrale du DSI était simple : faut-il construire ou acheter ? Construire, c'était cher, long, risqué. Acheter, c'était se plier aux contraintes d'un éditeur, payer des licences pour des fonctionnalités dont on n'avait pas besoin, et dépendre d'une roadmap qui n'était jamais tout à fait la sienne. L'IA introduit un troisième terme qui invalide le débat : générer.
PublicitéGénérer, c'est obtenir du sur-mesure à la vitesse et au coût du standard. C'est demander à un agent IA de produire exactement ce dont votre métier a besoin avec les bonnes pratiques intégrées d'emblée, sans la médiation d'un éditeur qui a ses propres intérêts, ni d'une agence qui facture sa courbe d'apprentissage.
Chez WEnvision, nous l'avons fait en moins de 100 heures, avec un binôme profil technique / profil métier, une stack composée de Gemini, Claude Code et Antigravity, et à la clé un site sur lesquels nous avons totalement la main, avec un score d'accessibilité Lighthouse de 100/100 à la clé.
L'expérience ne s'est pas faite sans apprentissages. Voici 7 leçons apprises de l'utilisation de l'IA pour générer et faire évoluer nos sites :
1. La documentation pilote le développement. L'IA est le meilleur rédacteur de spécifications pour d'autres IA. Exprimez le "quoi" en langage naturel : l'IA formule le "comment" en spécification technique. Cette couche intermédiaire crée un signal propre pour l'IA de build. C'est ce que nous appelons le Documentation Driven Development.
2. Montrez plutôt que décrivez. Les inputs multimodaux - captures d'écran, URL, croquis, "mood boards", Figma... - sont infiniment plus précis que les prompts textuels. Une image vaut 1 000 tokens. Ne décrivez pas le design que vous voulez : montrez-le.
3. L'ingénierie encadre le "Vibe Coding". L'IA peut halluciner. L'ingénierie logicielle fournit les garde-fous. Règle absolue : ne jamais laisser l'IA déployer sans pipeline de validation strict - analyse du code, tests d'accessibilité, vérification de types. La liberté créative de l'IA doit s'exercer dans un cadre industriel.
4. Ce qui est déterministe doit être scripté. N'utilisez pas un cerveau probabiliste pour des tâches déterministes. Si c'est du calcul ou de la logique stricte, écrivez un script. Réservez l'IA à la créativité et à la composition.
5. Le contexte est votre source de vérité. Traitez votre documentation markdown* comme du code de production. Versionnez les changements de prompts et de contexte. Mettre à jour le contexte, c'est former simultanément l'équipe et l'IA.
6. Corrigez le prompt, pas le code. Résistez à l'envie de patcher manuellement l'output. Si vous éditez le code directement, vous cassez la boucle. Si vous affinez le prompt, vous résolvez le problème définitivement - et vous enseignez quelque chose au système.
7. Le vrai défi est humain, pas technique. Passer du "coder" ou du "cliquer" au "reviewer" de l'output IA exige de lâcher le contrôle pixel-perfect en phase de conception. C'est le changement de posture le plus difficile - et le plus décisif.
Du site Web... au reste du SI
Peut-on extrapoler à partir d'une expérience sur un site vitrine ? Oui, car nous ne sommes qu'aux débuts des changements induits par l'IA. Le site vitrine n'est que le premier domino. Derrière lui, c'est l'ensemble de l'architecture du système d'information qui vacille - et qui s'apprête à se réinventer radicalement.
Cette capacité de revenir au logiciel fait maison de manière aussi rapide, aussi efficiente, va redessiner les frontières de votre système d'information. Dans toutes les conversations que je peux avoir avec les DSI, le même constat douloureux s'impose : vos progiciels ne sont utilisés qu'à 10 à 20% de leurs fonctionnalités. Vous payez 100% de la licence pour 15% de l'usage. Le reste - les modules jamais activés, les écrans jamais ouverts, les workflows jamais configurés - finance la roadmap de l'éditeur, pas la vôtre.
Ce modèle n'a tenu aussi longtemps que parce qu'il n'existait pas d'alternative crédible. Il en existe une désormais : des agents IA capables de coder, à la demande, exactement la fonctionnalité dont votre métier a besoin - ni plus, ni moins. Le sur-mesure au coût du standard. La fin du "on s'adapte au progiciel" au profit du "l'outil s'adapte au processus". Et vu l'envolée des tarifs du SaaS ces dernières années, avouez que cette perspective du "do it yourself" redevient une option stratégique sérieuse.
Vers l'entreprise agentique conversationnelle
Le vrai séisme est toutefois ailleurs : il réside dans la disparition progressive des interfaces homme-machine telles que nous les concevons depuis quarante ans. L'IHM - ce formulaire, cet écran de saisie, ce tableau de bord - n'a jamais été une fin en soi. C'était un compromis : la manière dont un humain pouvait interagir avec un système qui ne comprenait pas le langage naturel. Ce compromis est en train de devenir obsolète. Quand un agent IA peut interroger directement une base de données, appeler un service applicatif, orchestrer un workflow métier - sans passer par une interface graphique -, la couche IHM devient un intermédiaire inutile entre l'intention et l'exécution. Ce n'est pas de la science-fiction : c'est d'ores et déjà possible et en production.
Ce qui se dessine, au-delà de la refonte du SI, c'est une transformation d'entreprise. Pendant des décennies, nous avons construit des systèmes d'information autour des outils : on achetait un progiciel, et on redessinait les processus et les rôles de collaborateurs pour s'y conformer. L'agentique inverse cette logique de manière radicale. Dans l'entreprise conversationnelle, personas humains et IA se côtoient, les agents accèdent à l'ensemble des ressources du SI au travers des API. Ce sont eux qui font l'interface, en langage naturel, entre les éléments du SI et les collaborateurs, les partenaires et les clients.
Or, si des agents peuvent coder à la demande, si les IHM s'effacent au profit de la conversation, si les données deviennent directement accessibles sans passer par les couches applicatives, alors rien n'oblige plus à partir de l'outil. Il devient possible de repartir du processus métier dans sa forme idéale, sans compromis imposé par les contraintes d'un éditeur, et construire autour de lui le SI exact dont on a besoin.
Le nouveau rôle du DSI : de 'gatekeeper' à 'enabler'
C'est ici que tout bascule. Parce que construire et orchestrer un SI conversationnel n'est pas seulement une question de coûts ou de technologie. C'est une question de posture. Le DSI traditionnel était un 'gatekeeper'. Il contrôlait les accès, validait les projets, arbitrait les budgets, gérait les prestataires. Ce modèle s'est montré efficace sur certains aspects, mais a aussi produit des effets de bord : backlogs interminables, métiers frustrés contournant l'IT (et donc développement du Shadow IT), projets livrés en retard et hors budget... Au final, une DSI perçue comme un frein plutôt qu'un accélérateur.
Avec une architecture agentique, le DSI a l'opportunité historique de changer de posture. Devenir un 'enabler', c'est construire la plateforme interne qui permet aux métiers de générer eux-mêmes leurs outils - dans un cadre défini, sécurisé, gouverné. C'est passer du rôle de prestataire interne à celui d'architecte de l'autonomie.
La question pertinente n'est d'ailleurs pas "faut-il tout regénérer ?", mais plutôt "où se situe la frontière entre ce que l'IA génère mieux et ce que l'éditeur ou un prestataire apporte de manière irremplaçable ?" Car certains éditeurs survivront - ceux dont la valeur réside non pas dans le code, mais dans ce qu'il embarque : conformité réglementaire, effets de réseau, données propriétaires, intégrations complexes. Tracer cette frontière avec lucidité, ligne par ligne du budget IT, est l'un des exercices les plus stratégiques qu'un DSI puisse mener aujourd'hui.
Nous devons tous nous réinventer
Ce que nous décrivons ici, c'est une liberté que les DSI n'ont jamais vraiment eue. Elle arrive avec ses propres défis - gouvernance, sécurité, observabilité, maintenabilité - qui doivent tous être impérativement cadrés. Surtout, cette capacité est transformative, elle ouvre un potentiel de réinvention que peu d'organisations ont encore mesuré. Les premiers DSI à repenser ce cadre, à remettre en question les processus, les organisations et les modèles opérationnels ne prendront pas juste une longueur d'avance. Ils changeront de terrain de jeu.
Corollaire évident : Web Agencies, ESN et éditeurs de logiciels doivent urgemment s'adapter à ce nouveau terrain et revoir leur proposition de valeur !
* : syntaxe légère permettant de mettre en forme des documents par un système de balise.
Article rédigé par
Olivier Rafal, Consulting Director Strategy de WEnvision
Olivier Rafal est Consulting Director Strategy de WEnvision, cabinet de conseil du groupe SFEIR. Consultant, auteur, conférencier, formateur, Olivier Rafal a rejoint SFEIR en 2020 et cofondé WEnvision en janvier 2022.
Ancien rédacteur en chef de lemondeinformatique.fr, Olivier Rafal a ensuite passé 10 ans dans un cabinet de conseil et d'analyse du marché IT. Il accompagne aujourd'hui les entreprises tout au long de leur démarche de stratégie numérique et de modernisation des SI, toujours dans l'optique de la création de valeur.
Olivier est ainsi l'interlocuteur privilégié des CIO et CTO pour co-construire et formaliser leurs feuilles de route, cadres de gouvernance et grands principes directeurs, ainsi que les documents et business cases requis pour expliquer la démarche aux Comex et fonds d'investissement.
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