Stratégie

Sanofi injecte un programme Station F dans sa R&D

Sanofi injecte un programme Station F dans sa R&D
De G à D, Roxanne Varza, directrice de Station F ; Houman Ashrafian, VP exécutif, responsable de la R&D de Sanofi ; Matt Truppo, directeur plateformes de recherche et R&D computationnelle de Sanofi. (Photo : E.D.)

Le numéro 9 de l'industrie pharmaceutique mondiale en 2025 veut accélérer la mise sur le marché de ses produits en décrivant un système immunitaire digital. Cela passe désormais par un programme de collaboration entre sa R&D et des start-up à Station F.

PublicitéLe laboratoire pharmaceutique français Sanofi lance un programme de start-up avec Station F afin d'accélérer l'exploration du système immunitaire et la découverte de molécules pour en combattre les défaillances. Si l'IA et l'agentique sont au coeur des discussions, le laboratoire pharmaceutique ne ferme la porte à aucune jeune pousse, quels que soient son secteur ou son projet. L'inscription est ouverte jusqu'au 3 mai 2026, pour un démarrage entre mi-mai et début juin, comme l'a rappelé Roxanne Varza, directrice du campus, à l'occasion d'une conférence qui s'est tenue le 31 mars, à Station F.

Le programme, d'une durée de 3 à 6 mois, est assez classique, puisque Sanofi offre aux futurs sélectionnés les frais de présence à Station F, l'accompagnement de ses experts scientifiques et techniques et les datasets dont ils auront besoin. Enfin, au cas où une startup présenterait un produit au stade MVP (minimum viable product) « prometteur », Sanofi pourrait en devenir client. L'industriel n'exigera aucune participation dans les structures sélectionnées. La détention d'un produit en phase MVP est d'ailleurs une des deux seules conditions d'accès au programme avec la réussite d'une levée de fonds préalable, entre amorçage et série B.

Un 3e rouage pour la digitalisation du système immunitaire

Le programme Sanofi à Station F vient s'articuler avec deux autres volets de son projet de digitalisation du système immunitaire, afin d'accélérer les processus de découverte, conception, mise sur le marché de nouveaux traitements et vaccins. Les deux autres rouages étant la R&D digitale monde, dirigée par Michel Rider, et la direction des plateformes de recherche et de la R&D computationnelle, pilotée par Matt Truppo. Le binôme jouera le rôle de point de contact entre Sanofi et le programme de Station F.

Aujourd'hui, la R&D exprime des besoins qui peuvent être très granulaires, comme la prédiction de la structure des protéines, ou très larges, comme la gestion de portefeuille des besoins des patients et de la science, comme l'explique Matt Truppo. « Nous nous demandons quelles sont les capacités nécessaires, quels sont les différents modèles existants, de quelles informations nous avons besoin pour faire avancer un programme, etc. Ensuite, l'équipe digitale de Michel [Rider] prend le relais sur les aspects techniques de l'architecture des données, du cloud, etc. » La directrice de la R&D digitale confirme : « nous nous concentrons davantage sur les problèmes d'ingénierie à résoudre ».

Et c'est là que le programme Station F prend toute sa place dans la mécanique. L'entité digitale décompose les énoncés de problèmes, et lorsque rien dans le portefeuille Sanofi n'existe pour y répondre, elle cherche en dehors de l'entreprise. À partir de maintenant, cela signifie aussi au sein du programme de start-up. « Mais nous avons un autre rôle, ajoute Michel Rider. Nous étudions l'environnement technique dont nous avons besoin, l'écosystème qui permet à ces milliers de modèles de coopérer et d'interagir avec nos données. Les start-up du programme vont en effet accéder à des données uniques, des actifs de valeur de Sanofi, auxquels les partenaires n'auraient normalement pas accès. J'essaie donc de travailler sur l'ingénierie de la démarche, de créer l'endroit sûr où nous pourrons collaborer, que nous utiliserons pour partager certains de ces actifs, quand cela se justifie. »

PublicitéDécomposer le système immunitaire

L'IA est sans surprise un des objets d'intérêt centraux des futurs développements qui devraient sortir du programme Sanofi - Station F. « Je suis vraiment très sceptique sur le rôle de l'IA et du digital pour décomplexifier la biologie, a pourtant avoué Houman Ashrafian, vice-président exécutif, responsable de la R&D de Sanofi. Tout simplement, parce que nous ne savons pas de quelle échelle de données nous avons besoin pour un tel projet. La raison pour laquelle une IA comme Alphafold [développée par Google Deepmind pour prédire la structure 3D d'une protéine à partir de sa séquence d'acides aminés primaires, NDLR] fonctionne, c'est qu'elle agit avec un système de données contraint. La structure se concentre sur des similitudes récurrentes. [...] C'est donc un système très simple et modulaire, dont le rôle est de reconnaître les patterns. C'est parfait pour les modèles de fondation. » Mais ce n'est pas le cas, selon le patron de la R&D de Sanofi, avec le système immunitaire complet, qui est composé autant de structures ordonnées que de structures désordonnées.

Et s'il se dit finalement plutôt optimiste quant à la capacité des IA à traiter ce système immunitaire, ce n'est qu'à condition que celui-ci soit décomposé en éléments plus petits. Michel Rider confirme cette nécessité de partitionner le projet tant d'un point de vue de la technologie IT - au-delà de la seule IA -, que de la biologie. « Nous allons travailler sur la création de l'environnement data ou la conception d'agents qui opèrent ensemble, du côté technique, précise-t-elle, mais aussi sur la caractérisation détaillée des différentes facettes du système immunitaire à laquelle nous aimerions arriver ».


Matt Truppo, directeur des plateformes de recherche et de la R&D computationnelle, et Michel Rider, directrice de la R&D digitale monde, assureront la liaison avec le programme Sanofi - Station F. (Photo : E.D.)

Matt Truppo estime, lui, qu'un des enjeux majeurs consiste à sélectionner les outils d'IA qui vont générer de la valeur en temps réel et sur le long terme. « Si on parle de l'écosystème agentique, par exemple, nous n'aurons pas un modèle de fondation unique, mais des centaines, voire des milliers de modèles, qu'il s'agisse d'IA, de statistiques ou de modèles physiques. » Dans ce contexte, le responsable des plateformes de recherche et de la R&D computationnelle explique s'interroger sur la façon de travailler avec autant d'éléments simultanément alors que l'agentique doit s'appuyer sur le bon modèle au bon moment pour répondre à la question posée. « C'est un problème vraiment difficile à résoudre qui concerne le système immunitaire digital, mais peut aussi s'appliquer partout en R&D », insiste-t-il.

L'industriel a choisi le système immunitaire digital comme sujet, car il couvre un spectre assez large pour être utilisé dans d'autres domaines de son activité. Sanofi cherche en effet à construire des systèmes capables de prédire ces « petits points d'inflexion que sont les infimes différences entre les systèmes immunitaires des uns et des autres », poursuit Matt Truppo. Des points d'inflexion qui entrainent « une cascade d'événements qui provoquent une défaillance. Or, ces facteurs impactent le projet de système immunitaire digital, mais aussi le processus industriel ».

Représenter les données multidimensionnelles

Enfin, l'industriel cherche à représenter les données de prévision qui doivent conduire à une décision et qui sont, par nature, multidimensionnelles. Un défi particulièrement complexe, selon Matt Truppo. « Nous devons absolument comprendre comment sont prises des décisions qui impactent la vie des patients, car nous en sommes responsables. Qui plus est, comprendre ces données multidimensionnelles accroit aussi notre probabilité d'arriver à mettre un médicament sur le marché. » Autant de défis que Sanofi espère désormais aussi surmonter avec l'appui des startups de son programme.

Partager cet article

Commentaire

Avatar
Envoyer
Ecrire un commentaire...

INFORMATION

Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.

Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire

    Publicité

    Abonnez-vous à la newsletter CIO

    Recevez notre newsletter tous les lundis et jeudis