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S/4 Hana : suivre la feuille de route SAP ou prendre la tangente ?

S/4 Hana : suivre la feuille de route SAP ou prendre la tangente ?
Sur le campus de SAP à Walldorf (Allemagne). La pression de l’éditeur poussant sa base installée à migrer vers S/4 Hana pousse certains DSI à évaluer d’autres options. (Photo : D.R.)

Les DSI disposent de plusieurs pistes pour échapper à la pression croissante de SAP pour adopter S/4 Hana : moderniser leur système autour d'ECC, adopter une architecture composable pour tirer parti de l'IA ou se tourner vers d'autres plateformes ERP. Un choix qui les engage sur la durée.

PublicitéL'annonce du refus de Kingfisher de migrer vers SAP S/4 Hana a fait grand bruit fin 2025. Le géant de la distribution (à la tête d'enseignes comme Castorama ou Brico Dépôt), a transféré son système ECC vers Google Cloud et sa maintenance à Rimini Street. Il y a, au passage, intégré l'IA, des fonctions de personnalisation et des moteurs de recommandation. « C'est un parfait exemple d'évaluation des coûts et des risques liés au maintien d'un système SAP, explique John Burns, directeur des systèmes d'information et du contrôle financier chez Summit BHC, un groupe américain gérant un ensemble d'établissements de santé. Ils devront tôt ou tard migrer, mais ils se sont ménagé une marge de manoeuvre à moindre coût », ajoute ce spécialiste des transformations ERP.

L'échéance de 2027 fixée par SAP pour la fin du support standard d'ECC suscite hésitation et confusion chez les DSI qui envisagent la migration vers S/4 Hana via Rise, la solution ERP cloud sur abonnement de SAP. L'automatisation par l'IA, l'amélioration de l'évolutivité et les innovations de l'éditeur sont porteuses de promesses, mais les incertitudes liées aux coûts, la perte de certaines personnalisations et d'autres changements rendent la justification de l'investissement difficile pour certains DSI. « Les DSI devraient évaluer la feuille de route de SAP comme toute autre décision business : en se demandant si elle est pertinente. La transition d'ECC vers S/4 nécessite une réimplémentation complète, ce qui peut s'avérer coûteux et perturbateur », explique John Burns.

La fin de l'ère de l'ERP monolithique

Cela soulève également la question du contexte dans lequel s'inscrit cette migration. Une transformation plus profonde est-elle en cours ? Avec l'essor de l'IA agentique et la recherche d'une plus grande flexibilité par les organisations, la mise à niveau complète de l'ERP n'est plus la seule option. « L'ère de l'ERP monolithique tentant de gérer toutes les fonctions cède la place à des plateformes agiles et modulaires qui reflètent mieux le fonctionnement des entreprises dans un monde de plus en plus dynamique », résume Amit Basu, DSI et RSSI chez International Seaways, une compagnie de transport maritime.

Le moment est peut-être venu de réévaluer si une migration imposée par l'éditeur est cohérente avec l'évolution de l'architecture à long terme et si des alternatives cloud-native ou composables n'offrent pas une meilleure agilité. « Les DSI devraient évaluer la flexibilité, la transparence des coûts à long terme et l'alignement [de cette migration] avec leur stratégie », indique Amit Basu.

Moderniser les ERP : le code a changé

La modernisation SAP est souvent complexe en raison des personnalisations importantes que les entreprises apportent à ces systèmes, des coûts de migration élevés et de l'effort organisationnel nécessaire à la refonte des processus. « Ces défis incitent souvent les entreprises à envisager une modernisation progressive, des modèles hybrides ou des extensions ciblées plutôt qu'une transformation radicale », estime le DSI de International Seaways.

PublicitéAmit Basu et son équipe ont mis en oeuvre une solution ERP cloud d'Oracle en 2018. Désormais, leur objectif est d'optimiser la valeur de ce système central en améliorant les processus, en renforçant la qualité des données et en ajoutant de nouvelles fonctionnalités via des API. « La tendance est au maintien d'un système financier robuste et à l'extension des capacités par le biais de modules spécialisés, plutôt que de s'appuyer sur un système monolithique », précise-t-il.

« Vous n'êtes pas en retard ; vous êtes pragmatique »

Avec l'accélération de l'adoption de l'IA, notamment au service de workflows automatisés, d'automatisation et de prise de décision basée sur les données, les organisations recherchent davantage d'agilité et de flexibilité pour leur plateforme ERP. Les systèmes monolithiques et les transformations radicales ne conviennent plus à toutes les organisations. « Si ECC est stable et que la mise à niveau n'offre aucun avantage significatif, il n'est pas nécessaire de procéder à la transition. Vous n'êtes pas en retard ; vous faites preuve de pragmatisme », tranche John Burns de Summit BHC.

Son conseil aux DSI est d'identifier comment le plan de SAP répond à leurs problématiques. « En fin de compte, l'important est de résister aux pressions extérieures, d'ignorer les échéances arbitraires et de choisir la voie qui profite réellement à votre entreprise, et non celle qui profite uniquement au fournisseur », affirme-t-il. Le DSI estime que ne pas procéder immédiatement à une migration SAP complète est une décision pragmatique qui reconnaît l'existence d'autres options. « Rechercher des alternatives à SAP ne doit pas être perçu comme une mesure radicale », explique-t-il.

Ce qui est clair, c'est que la modernisation d'un ERP est bien plus qu'une simple mise à niveau technologique : c'est une décision stratégique pour l'organisation. « De nombreux DSI y voient l'occasion de réévaluer si une migration imposée est en adéquation avec leur architecture à long terme et si des alternatives cloud-native ou des architectures composables offrent une meilleure agilité », explique Amit Basu. Trois grandes orientations se dégagent : moderniser autour d'ECC, adopter une architecture composable ou évaluer des alternatives de type ERP.

Conserver le coeur et innover en périphérie

Selon les experts, une des options consiste à 'innover en périphérie', c'est-à-dire conserver SAP ECC comme système central stable et moderniser les autres éléments. Cette approche peut séduire les organisations qui souhaitent réinvestir le temps et les fonds ainsi économisés dans l'innovation, tout en se préparant à une migration ultérieure vers S/4 Hana.

John Burns, de Summit BHC, recommande aux organisations de conserver leurs systèmes ERP centraux « aussi simples que possible », afin de réduire les personnalisations et de faciliter les mises à niveau, tout en utilisant des systèmes externes pour l'IA et d'autres fonctionnalités avancées. « Vous pouvez extraire les données ERP, par exemple via SQL dans BigQuery, puis développer des agents d'IA qui accèdent à ces données transactionnelles et deviennent ainsi l'interface utilisateur du système ERP. » Il souligne toutefois que le système doit être bien structuré pour que cette approche fonctionne et qu'elle ne constitue pas un raccourci vers l'innovation. « Si vos données sont désorganisées ou vos processus incohérents, la segmentation en couches ne résoudra pas le problème. Le noyau doit rester propre et l'interface utilisateur bien encadrée. Lorsque ces éléments sont en place, l'approche fonctionne très bien », assure John Burns.

Cette « phase zéro » est l'étape préparatoire essentielle où les processus, les données et les règles internes doivent être standardisés et parfaitement alignés - sous peine de rencontrer des difficultés. « Les données constituent votre point de départ et vous avez besoin de données fiables, propres et de qualité, auxquelles tout le monde adhère, pour les intégrer à votre nouveau système », précise le DSI.

Exploiter au maximum les licences perpétuelles

Joe Locandro, DSI du spécialiste de la maintenance logicielle Rimini Street, estime que le terme système Legacy incite les éditeurs de logiciels à encourager les mises à niveau, mais la nouveauté n'est pas toujours synonyme de qualité. En bref, la longévité doit être perçue comme un atout, et non comme un défaut. « Les systèmes comme SAP sont robustes et précieux, et la modernisation ne signifie pas nécessairement leur abandon », conclut-il. Il estime qu'il s'agit d'un changement de paradigme, incitant les DSI à privilégier une adaptation progressive et une flexibilité accrue, tout en optimisant la valeur de leur système existant.

« Vous possédez un actif que vous pouvez maintenir en service jusqu'en 2040, voire au-delà, mais si vous renoncez aux licences perpétuelles, il n'y a pas de retour en arrière », souligne Joe Locandro. Exploitez au maximum cet actif et développez des solutions complémentaires. » Le DSI suggère que les fonctions back-office très stables, telles que la finance et les RH, soient conservées on-premise, tandis que d'autres soient migrées vers le cloud. « Le e-commerce et les autres activités connaissant des pics de charge sont probablement bien adaptés à un environnement cloud, car il permet une gestion rapide des pics et une utilisation ciblée », explique-t-il.

« Vous pouvez utiliser une plateforme comme Oracle, SAP ou autre, et y superposer de nouvelles interfaces développées avec ServiceNow ou Microsoft, ainsi que de nouveaux flux de travail. C'est une architecture sans interface. Toutes ces innovations, ces flux de travail et ces interfaces n'ont plus rien à voir avec les anciens écrans verts et les boutons de SAP », détaille Joe Locandro. Innovez par-dessus, au rythme et au coût que vous pouvez vous permettre, et poursuivez dans cette voie jusqu'à ce que vous commenciez à abandonner certains éléments sous-jacents, car vous aurez développé une grande partie des fonctionnalités au sein de la couche supérieure. »

La voie de l'ERP composable

Depuis 20 ans, les DSI partent du principe que la consolidation et la standardisation informatique permettent de réduire les coûts. Mais cette logique évolue, les entreprises recherchant une plus grande flexibilité pour s'adapter aux changements et aux nouvelles technologies. L'ERP modulaire, ou composable, un terme popularisé par Gartner, dissocie certains processus ou services du noyau ERP, permettant ainsi aux entreprises d'ajouter des fonctionnalités selon leurs besoins, au sein ou en dehors de l'écosystème du fournisseur. Cette approche suscite un intérêt croissant, notamment dans les environnements SAP.

SAP a déjà adopté la composabilité, avec des services modulaires tels que SuccessFactors, l'analytique et son approche PaaS (BTP). Cependant, l'échéance fixée par SAP sur la migration d'ECC et l'essor de l'IA ont renforcé l'intérêt pour une approche évitant la dépendance à un fournisseur unique, ainsi que les coûts et les limitations qui en découlent. Une récente enquête de Rimini Street a révélé que 83% des répondants perçoivent la valeur des approches composables pour un accès plus rapide aux technologies émergentes comme l'IA, tandis que 94% valorisent la liberté de choisir les solutions les mieux adaptées à chaque besoin métier.

« Les DSI et les directions ont compris que si les coûts d'exploitation les plus bas sont garantis, c'est au détriment de la flexibilité, de la rapidité de mise sur le marché et de l'innovation. Or, dans une économie numérique, ces facteurs sont de plus en plus importants », explique Joe Locandro. Amit Basu confirme qu'une approche modulaire réduit la dépendance aux fournisseurs et permet aux systèmes ERP d'évoluer en continu plutôt que par des refontes radicales. « L'avenir ne sera pas défini par SAP ni par aucun autre fournisseur. L'ERP modulaire représente le nouveau modèle où l'ERP est un écosystème d'applications modulaires basées sur le cloud et intégrées via des API », affirme le DSI d'International Seaways. Et d'ajouter : « les entreprises conservent un noyau financier et de données solide, tandis que les achats, la planification, l'analyse et l'automatisation sont des candidats idéaux pour des extensions modulaires. Les API permettent à ces composants de coexister sans perturber le noyau ».

Adapté à l'IA agentique

Cette approche ouvre également la voie à l'innovation grâce à l'IA. L'IA agentique, en particulier, accélère la transition vers un ERP composable car elle peut orchestrer les opérations entre plusieurs outils sans dépendre d'un fournisseur unique. « Les flux de travail agentiques s'épanouissent dans des architectures offrant un accès ouvert aux données et des API robustes », souligne Amit Basu.

John Burns suggère que des processus comme le cycle d'achat peuvent être modularisés et exécutés en dehors du système ERP, les données nécessaires étant ensuite réinjectées dans ce dernier. « Le système peut quasiment entière se modulariser : on gère séparément l'approvisionnement, la comptabilité fournisseurs et les paiements », indique le DSI. Celui-ci explore cette approche dans des applications concrètes. « Je travaille sur un système de traitement des comptes fournisseurs par IA qui récupère les factures, les analyse et les intègre au système ERP. Ce processus se déroulerait entièrement en dehors de l'ERP, tout en assurant la réinjection des données », précise John Burns.

La possibilité de remplacer ou de mettre à jour des composants facilite l'adoption de micro-solutions nouvelles et émergentes. « Certaines startups développent des produits exceptionnels, de véritables mini-systèmes qui remplacent des composants des systèmes ERP, tels que des modules, des sous-modules ou des sous-registres. Leur succès repose sur leur spécialisation », explique le DSI de Summit BHC.

Evaluer les options ERP cloud-native

Avant de s'éloigner éventuellement de SAP, les DSI doivent évaluer précisément les besoins de leur organisation. L'analyse doit prendre en compte l'évolutivité, la capacité à gérer des opérations internationales, la sécurité, l'architecture de données, la maturité de l'intégration, la puissance analytique et l'écosystème. Il leur faut ensuite évaluer la viabilité d'alternatives, comme d'autres plateformes ERP, l'innovation à la périphérie du système ou l'adoption d'une stratégie modulaire.

Selon Amit Basu, les plateformes cloud-native et les solutions sectorielles ont considérablement gagné en maturité, mais des comparaisons avec des entreprises de taille similaire sont nécessaires pour confirmer ce niveau de maturité. John Burns partage cet avis et souligne qu'Oracle est l'une des rares alternatives à l'échelle d'une grande entreprise. « Mais les grandes entreprises internationales pourraient hésiter à abandonner SAP en raison de la richesse de ses fonctionnalités, notamment dans les domaines de la production et de la logistique », explique-t-il.

Les DSI pourraient craindre que les solutions alternatives ne soient pas en mesure de gérer l'ensemble de leurs besoins, et des experts comme John Burns estiment cette hésitation justifiée. « Les systèmes de milieu de gamme paraissent excellents jusqu'à ce qu'on les confronte à un volume de transactions réel, à des cas particuliers complexes ou à des besoins multi-entités. S'ils s'avèrent inefficaces, le projet est voué à l'échec », affirme-t-il.

Tenir compte de la maturité des intégrateurs

Les fournisseurs doivent être suffisamment matures pour proposer une gamme complète de services. Par exemple, si la réponse à chaque question précise est que la fonction sera « bientôt disponible », c'est un signal d'alarme. « Certaines de ces plateformes sont excellentes, mais les éditeurs qui les développent sont encore en train de définir leurs modèles de support, leurs feuilles de route et leur logique d'évolutivité », ajoute John Burns.

Les DSI doivent également prêter attention aux partenaires chargés de l'implémentation. « Les ERP de taille moyenne s'appuient souvent sur de petites sociétés de services qui ne sont pas toujours préparées aux environnements complexes. Un bon produit, associé à un réseau de partenaires insuffisant, vous desservira », prévient John Burns.

Enfin, les DSI doivent être attentifs à la réaction des fournisseurs lorsqu'on les met sous pression. « N'hésitez pas à poser des questions sur les limites, les défaillances et les points faibles. S'ils se braquent ou éludent la question, passez votre chemin. Les bons fournisseurs sont honnêtes quant à leurs limitations actuelles, explique le DSI de Summit BHC. Les DSI doivent ignorer le marketing et se concentrer sur deux points essentiels : cette plateforme est-elle adaptée à mon activité aujourd'hui ? Et ce fournisseur sera-t-il toujours là dans cinq ans, lorsque j'aurai besoin de lui ? Si la réponse est oui aux deux questions, vous tenez un candidat sérieux. Sinon, l'aspect "cloud-native" importe peu. »

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