Repenser la virtualisation à l'ère de l'IA et du licensing de Broadcom
Les DSI cherchent à repenser leurs stratégies de virtualisation face aux exigences croissantes de l'IA et à l'augmentation des coûts sur les configurations actuelles.
PublicitéLes inquiétudes liées à l'explosion des coûts des architectures virtualisées et la maturité grandissante de l'IA incitent les responsables informatiques à revoir en profondeur leurs stratégies de virtualisation. Selon une nouvelle étude commandée par HPE, deux tiers des décideurs IT envisagent de remanier leurs déploiements d'architectures virtualisées dans les deux prochaines années, mais seulement 5 % d'entre eux estiment que leur organisation est prête à un tel changement.
Les préoccupations liées aux coûts sont l'un des facteurs à l'origine de ce que HPE appelle la « grande réinitialisation de la virtualisation ». Le rachat de VMware, leader du marché, par le géant Broadcom fin 2023 a entraîné une hausse des coûts de licence, poussant certaines organisations à dévirtualiser, même si plus de la moitié des organisations interrogées utilisent encore VMware comme plateforme de virtualisation principale.
Outre les hausses de prix de VMware, les DSI ont également constaté que les coûts du cloud sont plus élevés que prévu cette année, d'après l'étude. « Leurs dépenses de virtualisation ont quasiment quintuplé, et ils doivent investir dans l'IA, tenir compte de l'inflation des salaires, et maintenant, ils se retrouvent avec une facture qu'ils ne peuvent plus assumer, explique Hang Tan, directeur des opérations pour le cloud hybride chez HPE. Ce n'est un secret pour personne que tout le monde cherche une alternative. » Selon HPE, qui propose ses propres solutions de virtualisation, une raison encore plus importante expliquant cette tendance est l'accent mis sur les besoins liés à l'IA et les interrogations concernant les machines virtuelles hébergées dans le cloud.
Repenser simultanément VM et cloud
De nombreux responsables IT souhaitent de nouvelles capacités de virtualisation adaptées à l'IA et, parallèlement, repensent leurs infrastructures cloud en réfléchissant à la manière dont IA et virtualisation s'articulent. Selon Hang Tan, cela profite au cloud hybride, car les DSI cherchent à maîtriser les coûts de l'IA, à superviser les applications et à éviter la dépendance à un fournisseur unique. Dans le même temps, les DSI recherchent des fonctionnalités telles que la sauvegarde unifiée, la gouvernance multiplateforme et l'observabilité intégrée pour moderniser leurs infrastructures de virtualisation et de cloud, selon l'étude.
Du fait de cette convergence des préoccupations liées aux prix et des efforts de modernisation associés à l'IA, les responsables informatiques se voient offrir une opportunité de réévaluer leur architecture de virtualisation, selon HPE. « Il y a un aspect positif à cette situation : il ne faut jamais laisser une crise se perdre, dit Hang Tan. C'est libérateur pour le DSI de se dire : "J'ai maintenant l'occasion de repenser ma stratégie, alors qu'auparavant, j'avais standardisé mon architecture et mon modèle d'exploitation, tout en ayant encore de nombreux problèmes à résoudre." »
PublicitéL'impact de l'IA sur la virtualisation
L'IA bouleverse les usages traditionnels de la virtualisation, observe Artur Balabanskyy, fondateur et directeur technique de Tapforce, une entreprise de services informatiques et de développement d'applications. « Les applications d'IA sont gourmandes en ressources GPU et imprévisibles, explique-t-il. Cela remet en question le modèle traditionnel qui consistait à dimensionner les machines virtuelles une seule fois et à les laisser fonctionner. Les entreprises commencent à se demander si la virtualisation complète est vraiment nécessaire, ou si des couches plus légères ou des serveurs dédiés ne seraient pas plus adaptés aux projets à base d'IA. »
Alors que les hyperviseurs traditionnels sont centrés sur le CPU et supposent une demande stable, l'IA est gourmande en mémoire, dépendante du GPU et sensible à la latence, ajoute-t-il. « Les couches d'abstraction augmentent les coûts et les performances, ce qui pose de gros problèmes lorsque les modèles atteignent une échelle importante, souligne Artur Balabanskyy. C'est un monde nouveau et déroutant pour ceux dont le métier est d'anticiper les besoins futurs. »
Au-delà de l'optimisation des serveurs
Au-delà des questions de coûts, la virtualisation et l'IA convergent sur le besoin de données de qualité, souligne Sune Baastrup, DSI de Danfoss, une entreprise spécialisée dans la fabrication de composants pour centres de données, systèmes de chauffage et de refroidissement. L'entreprise a récemment réévalué ses technologies de virtualisation en mettant l'accent sur la portabilité et la flexibilité des données. « Pour nous, la virtualisation va bien au-delà de la simple optimisation des performances d'un serveur physique, explique le DSI. Il s'agit en réalité de se préparer à un avenir où les cas d'utilisation seront beaucoup plus dynamiques, où de nombreuses applications seront déplacées des serveurs centraux vers des sites plus décentralisés, voire jusqu'à la périphérie du réseau. »
Alors que Danfoss intègre l'IA, ses stratégies de virtualisation et de données doivent évoluer en conséquence, ajoute Sune Baastrup. « S'il y a bien un élément essentiel pour tirer pleinement parti de l'IA, c'est l'accès à des données de qualité », affirme-t-il.
Convaincre les équipes IT
Selon l'étude, les responsables IT identifient toutefois plusieurs obstacles au changement. Plus d'un quart des répondants indiquent que les contraintes budgétaires limitent leur capacité à repenser leurs stratégies de virtualisation, et près d'un quart d'entre eux citent également la complexité technique, les risques liés à la migration et le manque de compétences comme des freins importants.
La préparation de l'organisation représente également un obstacle potentiel, selon Sune Baastrup de Danfoss. Une partie du rôle du DSI consiste à convaincre l'équipe informatique de la nécessité de changer de fournisseur ou de technologie, ajoute-t-il. « En fin de compte, chaque DSI doit se demander : "Comment préparer mon organisation à adopter les technologies déjà disponibles et comment trouver un partenaire capable de m'accompagner dans cette transition ?" », explique-t-il.
Le budget, les compétences et la crainte du changement peuvent freiner la transition hors de la virtualisation, ajoute Artur Balabanskyy de Tapforce. « Les changements à grande échelle sont coûteux et perturbateurs, même s'ils semblent justifiés sur le papier, affirme-t-il. Les équipes maîtrisent leurs systèmes actuels, et la formation ou le remplacement de ces compétences comportent des risques réels. Le prix et la stabilité restent les arguments les plus convaincants au sein des organisations. »
Y aller pas à pas
Face aux nombreux obstacles à la migration, HPE recommande d'adopter une approche mesurée. Les entreprises n'ont pas à transférer l'intégralité de leurs applications vers un nouveau fournisseur d'un seul coup, explique ainsi Hang Tan. « On a souvent la réaction instinctive consistant à se dire : "Mes coûts augmentent, il faut que je change de fournisseur au plus vite". Nous conseillons plutôt à nos clients d'y voir une occasion de repenser leur stratégie. Et il faut y réfléchir attentivement. Notre conseil est d'ailleurs : "Ne vous précipitez pas." »
Les DSI doivent également adopter une vision globale de la manière dont les nouvelles solutions de virtualisation s'intègrent à leur environnement IT, ajoute Scott Steele, directeur des opérations du fournisseur de services informatiques Thrive. La virtualisation n'est qu'un élément d'une réflexion plus vaste sur la transformation de l'informatique, qui doit également prendre en compte l'IA et les autres besoins futurs. « De nouvelles fonctionnalités et de nouveaux fournisseurs proposent des solutions d'IA ou de nouvelles infrastructures qui les prennent en charge, souligne-t-il. C'est le moment d'examiner l'ensemble de votre infrastructure pour vous assurer d'être prêt pour l'avenir, et non pour le passé. »
Article rédigé par
Grant Gross, CIO US (adapté par Reynald Fléchaux)
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