Renseignements intérieurs : Chapsvision va supplanter Palantir... en douceur
Dans le cadre d'un appel d'offres, les services de renseignements intérieurs ont retenu le Français Chapsvision et son outil Argonos pour remplacer l'Américain Palantir. La mise en oeuvre nécessitera toutefois un temps de transition, reconnait Matignon.
PublicitéLa Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a choisi l'éditeur français Chapsvision pour succéder à Palantir dans le cadre de ses opérations de surveillance à grande échelle de la population. La DGSI s'était tournée vers la solution américaine dès 2016, à une période où la France sortait d'une série d'attentats (Charlie Hebdo, Hyper Cacher et Bataclan). Le contrat de l'époque, signé entre la DGSI et Palantir, n'avait pas vocation à perdurer : depuis 2022, un autre appel d'offre avait en effet été lancé, dénommé outil de traitement de données hétérogènes (OTDH) visant à remplacer la solution américaine par une alternative française.
En 2023, la procédure de sélection s'était resserrée autour de trois fournisseurs (contre 9 au départ) : Athea (alliance entre Atos et Thales), Blueway et Chapsvision. « Ça [l'outil] marche plutôt bien. On avance en tout cas, en partenariat avec eux [les services de renseignement] et on pourra succéder, je l'espère, un jour au logiciel américain de manière totalement opérationnelle. On touche au but », indiquait à l'époque Cédric Pelegry, directeur des affaires publiques de Chapsvision, à France Info.
Chapsvision titulaire des deux lots
Deux ans et demi plus tard, c'est désormais confirmé, Chapsvision remporte la mise sur le marché OTDH. Dans le détail, le fournisseur français a glané deux lots : un premier fin 2024 « dédié à la préparation de la donnée » et un second en ce mois de juin, « consistant à rendre la connaissance exploitable via la modélisation, la sécurisation et la visualisation ». Chapsvision n'a pas voulu répondre à notre demande de compléments d'informations se contentant de renvoyer la rédaction vers le communiqué de presse publié ce jour.
La solution retenue par la DGSI s'appelle Argonos. « Entièrement paramétrable et modulaire, la plateforme collecte, prépare, traite et analyse des quantités massives de données, quel que soit leur format ou leur source. Elle établit des liens entre les informations analysées et peut également alimenter des agents IA, capables d'assister les collaborateurs au quotidien, de résoudre des problématiques complexes ou encore d'automatiser certains processus », peut-on lire dans le communiqué. La feuille de route du déploiement d'Argonos au sein de la DGSI n'a pas été précisé, pas plus que la date de décommissionnement de Palantir. Surtout que ce dernier a reconduit son contrat avec la DGSI pour trois ans en décembre dernier. La bascule prendra du temps, admettent les services du Premier ministre à nos confrères de BFM, une phase de transition qui doit donner à la DGSI « le temps nécessaire de former les équipes et préparer la migration vers la solution de ChapsVision. » Dans un communiqué en forme de contre-feu, Palantir indique que « le contrat de long terme qui lie l'entreprise à la DGSI, [...] renouvelé fin 2025 pour plusieurs années, demeure pleinement en vigueur ».
PublicitéLes renseignements allemands aussi
Construit sur des ontologies métiers, Argonos révèle des signaux faibles, identifie des corrélations et détecte des anomalies pour soutenir, automatiser et enrichir le processus de décision. Embarquant des assistants GenAI et des agents IA, la solution s'appuie sur des connecteurs et des API multi-sources et dispose de nombreuses fonctions : extraction automatisée d'informations à partir de documents, images et médias, enrichissement OSINT et détection d'anomalies à grande échelle, recherche et investigation pour révéler des tendances ou schémas dissimulés... La plateforme a récemment séduit les services de renseignement intérieurs allemands (l'Office fédéral pour la protection de la Constitution), qui ont eux aussi écarté Palantir.
Créé en 2019 par Olivier Dellenbach (fondateur d'eFront, entreprise vendue en mai 2019), Chapsvision a multiplié ces dernières années les acquisitions. Après Coheris (CRM), Elektron (data intelligence) ou encore Bertin IT (veille en cybersécurité) et Vecsys (reconnaissance vocale), l'éditeur s'était emparé de Sinequa, fournisseur historique dans les moteurs de recherche, qui compte de nombreuses références, du Conseil d'Etat à la Nasa en passant par Pfizer ou encore TotalEnergies et Airbus. En 2024, la société s'est fait remarquer en parvenant à lever 85 M€ auprès de ses investisseurs historiques (Tikehau Capital, Qualium Investissement, Bpifrance, et Geneo Capital) et de Jolt Capital. L'éditeur, qui compte désormais près de 1000 personnes dont plus de 450 ingénieurs R&D, vient d'annoncer avoir sélectionné Scaleway, la filiale cloud d'Iliad, pour héberger Argonos et l'ensemble de ses solutions, expliquant lui confier « une part stratégique de ses infrastructures cloud ».
Article rédigé par
Dominique Filippone, Chef des actualités LMI
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