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L'industriel Oshkosh place les métiers au coeur de sa stratégie IA

L'industriel Oshkosh place les métiers au coeur de sa stratégie IA
Un camion pour aéroport d’Oshkosh Airport Products. L’industriel ambitionne d’intégrer l’IA au cœur même de ses produits. (Photo : Oshkosh)

Avec l'ambition d'intégrer l'IA au coeur de ses produits, l'industriel prône une approche pragmatique de ce portefeuille de technologies. Et insiste sur la nécessite de se concentrer sur quelques usages générant l'essentiel des gains.

PublicitéA rebours de l'agitation qui entoure l'IA, entretenue par les promesses miraculeuses des fournisseurs et le battage médiatique incessant, Anu Khare, DSI d'Oshkosh, adopte une approche calme et pragmatique de cette technologie. Il explique qu'en se concentrant sur les opportunités métiers, la technologie ne pose pas de problème. Il ajoute aussi que l'objectif n'est pas d'empiler tous les outils IA disponibles sur le marché, mais de travailler avec un ou quelques partenaires pour résoudre les problèmes vraiment importants.

Oshkosh est une entreprise industrielle américaine de plus de 108 ans et adresse plusieurs marchés allant des passerelles d'embarquement pour aéroports, aux camions-bennes, en passant par les camions de pompiers et autres chariots télescopiques... La société développe par ailleurs des applications de mobilité et investit dans la conduite autonome. Elle emploie 18 000 employés dans le monde et a réalisé 10,7 Md$ de chiffre d'affaires en 2024.

Computer vision pour les camions-bennes

Dans le cadre de sa stratégie d'innovation, l'industriel accorde une place centrale à l'IA, indique le DSI. Il la considère à la fois comme un facteur de différenciation de ses produits et un générateur de valeur. Autrement dit, au sein de la société américaine, l'IA n'est pas seulement un outil utilisé pour accélérer un processus, mais s'intègre au coeur même des produits et des modes de fonctionnement.

Le premier exemple de cette approche est la technologie CartSeeker, qui utilise la computer vision où un système est capable d'interpréter des images et des vidéos. Elle sert à identifier les conteneurs à déchets au sein de la dernière génération des camions-bennes du groupe. Comme le précise Anu Khare, l'IA sert aussi d'autres usages, notamment l'optimisation des prévisions de la supply chain, l'amélioration de l'efficacité dans la fabrication et une meilleure rentabilité des ventes sur le marché de l'occasion.

Piocher dans un portefeuille de technologies

L'approche d'Oshkosh s'appuie sur une stratégie IA en quatre points. Tout d'abord, la société se repose sur une description de la portée des IA. Plutôt que de la considérer comme une technologie unique, la société la traite comme un portefeuille de technologies combinant ML, robots RPA, IA générative, applications prêtes à l'emploi et modèles analytiques afin d'automatiser les tâches et d'améliorer la prise de décision. Le second pilier concerne les technologies elles-mêmes. En tirant parti de plateformes cloud évolutives telles qu'Azure et Databricks, Oshkosh a délibérément évité de créer un immense lac ou entrepôt de données. Elle a plutôt rendu son infrastructure évolutive en fonction de la proposition de valeur, en mettant l'accent sur l'agilité plutôt que sur la taille de l'infrastructure. Le troisième pilier, la priorisation et la concentration de l'IA, est celui où la valeur devient la plus visible. Une fois par an, dans le cadre du processus de planification stratégique de l'entreprise, Oshkosh organise des ateliers conjoints avec les divisions métiers et les services opérationnels afin d'identifier les opportunités les plus prometteuses.

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Selon Anu Khare, DSI d'Oshkosh, l'IA excelle, non pas en automatisant des tâches, mais en permettant des décisions plus intelligentes et plus rapides qui font évoluer les performances de l'entreprise. (Photo : Oshkosh)

Les dirigeants y partagent leurs problèmes, le service IT apporte son savoir-faire et, ensemble, ils évaluent la valeur potentielle. Anu Khare explique que si une division métier leur indique que la résolution d'un problème particulier pourrait générer des millions de bénéfices, ils saisissent cette opportunité dès le départ, fournissent la solution, puis comparent les résultats réels aux projections. Enfin, le dernier pilier réside dans la mesure de la valeur. Une fois le projet déployé, le service IT s'associe à l'équipe financière pour calculer la part des résultats métiers qui peut être attribuée équitablement à l'IA par rapport à la prise de décision humaine. Anu Khare souligne que l'IA vient en renfort des collaborateurs, mais ne les remplace pas, et qu'il serait erroné d'attribuer toute la valeur à l'IA alors que les humains continuent d'effectuer la majeure partie du travail.

Au service d'un objectif sur le marché de l'occasion

Un exemple frappant est celui associé à l'objectif stratégique de l'entreprise visant à porter les ventes sur le marché d'occasion à 30% du chiffre d'affaires. Pour y parvenir, il fallait repenser la disponibilité des pièces de rechange afin d'assurer une livraison dans les 24 heures sans faire exploser les coûts d'inventaire. Grâce à son infrastructure IA, Oshkosh a analysé les modèles de demande de pièces, la capacité actuelle des entrepôts et la proximité des clients pour déterminer précisément quelles pièces stocker et à quels endroits, optimisant ainsi la disponibilité et minimisant ainsi le gaspillage.

Il en a résulté une livraison plus rapide des pièces, des clients plus satisfaits et une augmentation mesurable du chiffre d'affaires. Selon Anu Khare, c'est là que l'IA excelle, non pas en automatisant simplement les tâches, mais en permettant des décisions plus intelligentes et plus rapides qui font évoluer les performances de l'entreprise.

Un conseil pour l'adoption de l'IA

Le DSI a placé l'acculturation et la gouvernance au coeur du parcours d'Oshkosh vers l'IA. En 2025, l'entreprise a organisé une série de huit sessions de formation sur le sujet qui a attiré plus de 1 200 collaborateurs désireux de comprendre comment l'IA s'applique à leur fonction. Un module d'e-learning à la demande complète les sessions en présentiel, rendant la formation accessible à l'ensemble de l'entreprise. Selon Anu Khare, un tel effort de formation continue est essentiel pour instaurer la confiance et l'engagement.

Sur le pilotage et la gouvernance, un conseil pour l'adoption de l'IA a été mis en place. Il comprend des responsables informatiques, juridiques, de la cybersécurité et des métiers et traite de plusieurs sujets : les risques, l'accélération de l'adoption et la hiérarchisation des investissements. L'équipe suit aussi l'utilisation et la précision des modèles, et intervient lorsque l'adoption est à la traîne. Ses membres évaluent si les modèles sont utilisés et comment ils fonctionnent, et ont des conversations franches lorsque l'adoption n'est pas à la hauteur. Selon le DSI, ce niveau d'engagement contribue à établir la crédibilité dans la durée de la stratégie IA au sein de l'entreprise.

La règle des 80/20 s'applique

Lorsque Anu Khare se projette dans l'avenir, il imagine que l'IA sera intégrée de manière transparente dans les flux de travail, des systèmes ERP aux prises de décision quotidienne, plutôt que de fonctionner comme un outil distinct. Il conseille aux autres DSI de se concentrer sur les 20% d'initiatives qui créent 80% de la valeur, et de rester focalisés sur les problèmes et opportunités métiers. Pour Anu Khare, pour un DSI, le risque de se laisser emporter par l'engouement pour l'IA subsiste.

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