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Best practices ou worst practices ?

Best practices ou worst practices ?

Chaque génération de systèmes d'information fait naître une série de Best Practices, censées représenter les clés de la réussite d'une démarche SI performante.

PublicitéTous les dix ans, le monde des systèmes d'information vit des mutations profondes. Nous entrons dans l'un de ces nouveaux cycles : Web 2.0, SaaS, SOA, Ajax, ODF... L'éclosion de tous ces nouveaux sigles n'est que le sommet de l'iceberg d'une forte mutation des SI. Chaque génération de SI fait naître une série de best practices, censées représenter les clés de la réussite d'une démarche SI performante. Ces fameuses best practices ont plusieurs défauts : il leur faut beaucoup de temps pour émerger ; la majorité des DSI (sauf bien sûr les lecteurs de ces pages) tardent à les mettre en pratique ; des fournisseurs, puissants ou dominants, font le forcing pour promouvoir celles qui correspondent le mieux à leurs intérêts, pas forcément à ceux des utilisateurs. Conséquence pratique : elles sont, le plus souvent... obsolètes et dangereuses le jour où elles se généralisent ! Je vous propose de tordre le cou à sept des best practices actuelles, qu'il convient de transformer immédiatement en worst practices, si l'on souhaite construire un SI performant. Ce travail de démolition n'a de sens que si de nouvelles démarches, best practices en émergence (BPE), peuvent être proposées en substitution, ce qui sera fait. Ces BPE sont évidemment moins stabilisées, moins connues, moins suivies que les BP actuelles ; c'est justement pour cela qu'elles peuvent vous donner un avantage compétitif important. J'allais oublier l'essentiel : elles participent à la création de valeur ! (Phrase indispensable dans tout exposé sur le management des SI.) L'ordre dans lequel sont présentés ces sept péchés capitaux n'est pas lié à une quelconque hiérarchie ; ils sont tous majeurs, mais leur nocivité n'est pas la même dans toutes les organisations. Intégration Il est impossible de participer à une réunion informatique sans entendre les mots "intégrateur", "solution intégrée", "intégration"... prononcés des dizaines de fois par des fournisseurs de matériels, de logiciels ou de services. Je vous propose d'éliminer de votre vocabulaire, définitivement, le mot "intégration", sous toutes ses variantes. J'ai une définition à vous en proposer : intégration = réponse des faibles face à la complexité. Toute solution intégrée conduit à une dépendance forte et pérenne du client vis-à-vis de l'intégrateur. Choisir un fournisseur en 2007 devient très simple : il suffit d'éliminer tous ceux qui utilisent ce terme ; il restera peu de survivants ! La BPE se nomme : assemblage de composants industriels. Cela permet, à tout instant, de remplacer un composant par un autre, sans mettre en péril l'ensemble de l'édifice. Je prendrais un exemple élémentaire : acheter un ordinateur portable Centrino, qui intègre le processeur et la liaison Wi-Fi, est une mauvaise idée. Elle rend impossible l'adaptation rapide aux nouvelles générations (g, n) des standards Wi-Fi. Les premiers Centrino sont sortis au standard b quand les réseaux étaient déjà en g. Les dégâts de l'intégration sont beaucoup plus sévères dans le domaine des logiciels. Unicité des solutions Le même PC pour tous, le même ERP dans tous les pays, le même... Vous avez sûrement entendu plus d'une fois ce message. L'idée est sympathique, mais irréaliste, absurde et dangereuse. Réduire les coûts, standardiser, faciliter le travail des informaticiens, il y avait mille raisons pour prendre ce chemin. Le patron de la production chez Citroën, en 1950, avait la même vision : un seul modèle de 2CV, une seule couleur et... quatre ans de commandes en stock. La confusion entre unicité et cohérence est omniprésente. Elle explique, en partie, cette réminiscence d'un passé industriel lointain dans le comportement de certains DSI. La BPE a pour nom : variété raisonnable des solutions. Tout le débat se concentre sur ce que l'on entend par raisonnable. Il faut avancer, progressivement, vers plus de variété et arriver, un jour, à ce que réalise un constructeur automobile : produire uniquement des voitures à la carte. Applications client-serveur C'est la best practice qui a le plus du plomb dans l'aile. Cette architecture applicative des années 1990 créait des adhérences fortes entre applications, serveurs et postes de travail ; elle reste l'une des causes majeures de la faible évolutivité des SI. La BPE est simple : toute application est construite comme un service Web 1.0 ou 2.0, respectant strictement les standards du W3C pour fonctionner avec tout navigateur, fixe ou mobile. Poste de travail lourd Avec un TCO moyen de 3 000 euros par an, le PC professionnel est l'un des composants les plus coûteux du SI. La BPE est maintenant claire : installer des CWR, client Web riche. Un CWR est un objet d'accès au SI, fixe ou mobile, dont le composant essentiel est un navigateur moderne, donnant accès à des services Web 2.0. Attention, un CWR n'est pas une résurgence du client léger, rachitique, des années 1990 ; il n'a pas, non plus, besoin d'un logiciel spécialisé, type Citrix, pour fonctionner. Suites bureautiques obèses 90 % des entreprises utilisent encore la suite Office de Microsoft, dernier rempart des postes lourds. Son remplacement par une suite obèse, gratuite, comme Open Office, n'est qu'un emplâtre sur une jambe de bois. Quelle est la BPE ? Des composants logiciels bureautiques Web. Composants indépendants, tels que Writely ou WikiCalc, niveaux de puissance multiples, fonctionnement en mode collaboratif Web, le choc sera rude pour les millions d'utilisateurs habitués à leur suite bureautique obèse sur PC. Raison de plus pour démarrer, immédiatement, cette mutation. Schémas directeurs Dans un monde qui demande de plus en plus de réactivité, de flexibilité, de souplesse, imaginer qu'il est encore possible d'établir des schémas directeurs SI à trois, voire quatre ans, est une idée sympathique mais déraisonnable. La BPE n'est pas évidente : investissements infrastructures long terme, décisions services applicatifs court terme. Les investissements en réseaux, serveurs et postes de travail se planifient sur des périodes de trois à quatre ans. Ils sont raisonnablement pérennes et prévisibles, ils servent de fondation pour tous les services applicatifs. Cela signifie que les choix d'infrastructures s'imposent aux services. Les services applicatifs Web, construits dans une logique de composants, s'installent en quelques jours, voire semaines. Tout service dont le temps de mise en oeuvre est supérieur à trois mois est systématiquement refusé. Maîtrise ouvrage/oeuvre Cette best practice est restée "hexagonale". Le reflux a déjà commencé, et de nombreuses organisations abandonnent cette démarche, qui n'a jamais fonctionné correctement. La BPE, remède à cet échec ? Rendre indépendantes les décisions d'infrastructures et de services applicatifs. Il faut accepter l'idée, dérangeante, qu'outils et besoins ne sont pas indépendants, qu'une innovation technologique induit toujours des usages imprévus (SMS, par exemple). La bonne nouvelle est que les infrastructures Web modernes peuvent servir de base à tout type de services, bureautiques, progiciels, décisionnels ou construits sur mesure, et pour de nombreuses années. Reste-t-il un seul lecteur qui ne s'est pas senti "interpellé" par ce texte et qui n'a pas eu, à un moment ou un autre, une forte réaction de rejet ? N'oubliez pas que je parle de BPE, "best practices en émergence". Le basculement ne peut pas être instantané, une raison supplémentaire pour prendre, immédiatement, les bonnes orientations. Continuer à appliquer une best practice, devenue obsolète, ressemble à la démarche d'une personne qui rentre dans un cul-de-sac : chaque pas supplémentaire demandera un pas de plus pour en sortir.

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