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La grande imposture de l'intelligence artificielle

La grande imposture de l'intelligence artificielle
Luc Julia publie « L’intelligence artificielle n’existe pas » aux éditions First.

« L'intelligence artificielle n'existe pas » est le titre provocateur choisi pour l'ouvrage de Luc Julia qui vient de paraître chez First Editions. Mais c'est un titre réducteur pour un ouvrage passionnant.

PublicitéC'est devenu un lieu commun de dire que sans science-fiction, sans imagination, il ne saurait y avoir de science, de technologie. Car avant de créer quelque chose, il faut l'imaginer. Soit. Mais, à l'inverse, la science-fiction peut-elle être à l'origine de malentendus sur la science, sur les technologies ? Nous ne parlons pas ici d'un sabre-laser dont le caractère techniquement impossible ne fait aucun doute mais de ce qui est aujourd'hui à la mode : l'intelligence artificielle (IA). Un exemple typique d'usage de cette IA est le chatbot et sa variante orale, le voicebot. Le plus célèbre est le fameux Siri d'Apple. Pourtant, l'un des créateurs de celui-ci, Luc Julia, proclame dans un ouvrage qui vient de paraître : « L'intelligence artificielle n'existe pas ». Un autre français exilé dans la Silicon Valley signe la préface : Jean-Louis Gassée (excusez du peu).

Un souvenir de jeunesse de ce dernier ouvre le livre, quand un cadre de HP proclame : « écoutez-bien, jeune homme : le bureau sans papier et l'intelligence artificielle. Voilà l'avenir ! » Le bureau sans papier n'existe toujours pas. L'intelligence artificielle non plus. C'est la thèse centrale du livre. Certes, on pourra rétorquer que c'est un peu jouer sur les mots puisque, évidemment, des outils tels que Siri existent bien. Mais c'est le fait de nommer ces outils « intelligences » qui fait tiquer. Ces objets ne sont pas « intelligents ». Et cette précision a évidemment une grande importance pour briser les fantasmes issus de la science-fiction, de Metropolis à Blade-Runner en passant par Hal dans 2001, Odyssée de l'Espace ou, auparavant, le fameux Golem des cabbalistes. Les faiseurs de fantasmes se répandant dans la sphère publique énervant prodigieusement l'auteur, celui-ci a donc pris la plume (ou plutôt le clavier).

Le malentendu conceptuel

Il commence par raconter ses souvenirs, ceux d'une vie passée par le CNRS, le SRI (Standford Research Institute), la création de Nuance Communication (spécialisé dans la reconnaissance vocale)... Les travaux du SRI ont abouti à la création de Siri, une start-up dont l'assistant vocal fut d'abord disponible sur Android avant d'être racheté par Apple. Luc Julia est alors retourné poursuivre ses travaux dans la firme à la pomme. Jusqu'à l'échec de Maps, goutte d'arrogance qui fera déborder le vase pour le frenchie, il va donc rester chez Apple avant de passer chez Samsung. Suite à l'élection d'Emmanuel Macron et au rapport Villani, il va être à l'origine du démarrage d'un laboratoire R&D de Samsung en France. Tout ceci pour dire que l'homme sait de quoi il parle. Cette première partie pourrait paraître hors sujet (bien que passionnante) mais elle explique les bases et justifie la suite.

Cette suite, l'auteur l'a baptisée « le malentendu ». Car si l'algorithmie est consubstantielle à l'informatique, le terme d'IA apparaît pour la première fois en 1956 lors d'une conférence au Dartmouth College à Hanovre. Les travaux menés déboucheront sur les systèmes experts et les algorithmes auto-apprenants (Machine Learning), qui est en fait un apprentissage supervisé. Car c'est là le malentendu en question : les machines ne sont pas intelligentes, elles sont même plutôt stupides. La puissance de calcul en force brute ne peut pas être comparée à de l'intelligence humaine, à une capacité de décision réelle. La machine vient donc appuyer une démarche humaine, d'où la notion défendue d'Intelligence Augmentée.

PublicitéMais l'avenir est encore pour demain

A grands coups d'algorithmes auto-apprenants, d'IoT et de big data, voici donc des ordinateurs capables de rendre bien des services, notamment en se connectant les uns aux autres ou en intégrant des données captées. Très bien. Ce n'est pas de l'intelligence. Soit. Mais le futur reste possible. L'auteur termine par une projection des technologies actuelles. L'imprimante 3D à sandwich devrait faire frémir tout bon Français (l'auteur a visiblement vécu trop longtemps aux Etats-Unis), mais le voyage dans le futur tient plus d'une visite au CES que de la science-fiction.

Il reste que « L'intelligence artificielle n'existe pas » ne peut pas se résumer au débat sémantique qui lui donne son titre. C'est une réflexion humaine et bien argumentée sur les technologies numériques. Avec une aversion pour le fantasme, source de peurs et de rejets. Le programme technique suppose de comprendre ce que l'on fait. Et cet ouvrage y contribue sans aucun doute.

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