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Et si l'agentique menaçait le modèle SaaS

Et si l'agentique menaçait le modèle SaaS
L'agentique donne un moyen aux entreprises de s'émanciper du SaaS. Mais la sécurité ou la traçabilité du code restent des limites. (Photo Unsplash/M.Spiske)

Un cabinet d'analyse imagine un scénario où en 2028, l'engouement pour l'agentique provoque le chaos et signe la fin du SaaS. En réaction, dans le monde réel de 2026, les éditeurs SaaS plongent en bourse. A l'heure où la hausse des prix pousse les entreprises à s'émanciper, l'IA mettrait-elle réellement en péril le modèle d'abonnement logiciel ?

PublicitéLundi 23 février, le cours de l'action d'IBM a chuté de 13,2 % après la publication par Anthropic d'un guide d'utilisation de son outil Claude Code pour moderniser l'antédiluvien code Cobol, qui reste une activité connexe importante pour IBM, pas moins de six décennies après son premier déploiement. La plus forte chute de l'action subie par l'entreprise depuis la bulle internet, il y a un quart de siècle. Mais depuis quelques semaines, une panique boursière s'empare aussi du monde du SaaS, à mesure que les capacités de l'IA à automatiser l'écriture et la mise à jour de logiciel progressent. Salesforce, Atlassian, ServiceNow et Snowflake ont toutes plongé en bourse sous l'effet de ce que certains qualifient de SaaSpocalypse. Une panique provoquée en partie par un scénario prospectif, « The 2028 Global Intelligence Crisis », écrit par James van Geelen, fondateur du cabinet d'analyse macroéconomique et financière américain Citrini Research et Alap Shah, CEO du fonds d'investissement en IA Lotus Technology Management. Un document qui présente la façon dont la situation pourrait bientôt empirer pour les éditeurs SaaS, et au-delà, pour l'économie américaine, voire mondiale.

Un exercice de prospective

Le rapport spécule sur une évolution possible de l'IA à partir de 2028, deux ans après un pic imaginaire de 8 000 points atteint par l'indice américain S&P 500 en octobre 2026. « La productivité explosait. La production horaire augmentait à un rythme jamais vu depuis les années 50. Et ce, grâce à des agents IA qui ne dorment pas, ne prennent pas de congés et n'ont pas besoin d'assurance maladie », décrit Citrini Research dans son scénario. Mais ce n'est pas tout : « Les détenteurs de capacités de calcul voyaient leur richesse exploser alors que les coûts de main-d'oeuvre s'évanouissaient. Pendant ce temps, l'augmentation des salaires réels s'est effondrée. » À la recherche d'une productivité accrue grâce à l'IA, les entreprises licenciaient leurs employés en nombre. Reste qu'à mesure que le personnel était congédié, la demande de produits et de services diminuait, conduisant les entreprises à rechercher encore davantage de productivité et d'automatisation. « À tous égards, l'IA dépassait les attentes, et le marché ne jurait plus que par l'IA. Un seul problème... ce n'était pas le cas de l'économie réelle ».

Or, les plateformes SaaS seraient les premières à ressentir les conséquences d'un tel scénario. À l'avenir, les agents IA effectueraient pour les entreprises et les consommateurs les tâches SaaS actuellement dévolues au SaaS, réduisant leur attrait et obligeant les éditeurs à offrir des remises importantes à leurs clients juste pour rester à flot.

Vers un effondrement du modèle d'abonnement ?

PublicitéL'attention portée à ces prévisions pessimistes est à relier à l'annonce début février par OpenAI de sa nouvelle plateforme d'agents d'entreprise Frontier, qui aurait récemment été présentée aux investisseurs comme un concurrent direct du SaaS. Comme l'a déclaré sans détour le cabinet de conseil Xpert Digital, « si, demain, les agents IA prennent en charge le travail de services entiers, ou si les entreprises génèrent simplement leur propre code, le modèle lucratif de l'abonnement s'effondrera. » D'autant que nombre d'éditeurs ont joué avec le feu, les augmentations de tarifs déraisonnables et les évolutions de contrats imposées, poussant certaines organisations à chercher des solutions de rechange.

Pour autant, ces difficultés rencontrées par les fournisseurs SaaS signifient-elles que les clients pourront négocier de meilleurs prix pour les licences en 2026 ? Et quelle est la probabilité pour que certains abandonnent complètement le navire et commencent à utiliser les systèmes des entreprises d'IA plutôt que les logiciels basés sur l'IA que les entreprises SaaS essayeront de leur proposer ? »

Facile à écrire pour l'IA, difficile à exécuter

Les experts contactés par CIO.com restent sceptiques quant à la possibilité de voir l'IA réaliser aussi simplement ce qu'anticipe Citrini Research. D'abord, la capacité de la technologie à réaliser des tâches métiers aussi bien que les plateformes SaaS n'a pas été testée et encore moins prouvée. Ensuite, même si ces systèmes parviennent à se rapprocher de ce que font les plateformes SaaS, aucun d'entre eux ne sera vérifiable. Les entreprises doivent également tenir compte des préoccupations liées à la sécurité des agents IA et se demander si ceux-ci seront rentables. « L'IA facilite considérablement l'écriture de logiciels, mais pas leur exécution. Ce sont deux problèmes très différents, et la plupart des coûts se situent au niveau de l'exécution », a expliqué Maya Mikhailov, CEO de Savii AI, éditeur américain d'une solution SaaS d'assurance santé. « À partir du moment où l'on internalise la création de logiciels, on hérite aussi de la sécurité, de la conformité, de la disponibilité, des intégrations et du support 24/7. Cela semble intéressant en théorie, mais les coûts et la complexité pèseront lourdement sur les résultats financiers ».

Selon Collin Hogue-Spears, expert technique chez l'éditeur de sécurité Black Duck Software, la fiabilité de l'IA soulève aussi des questions. « OpenClaw [l'agent IA derrière le réseau social d'IA Moltbook] est passé de 0 à 135 000 instances exposées en quelques semaines, car il exécute les workflows très rapidement. Il ne produit pas de preuve d'audit, ne satisfait pas aux obligations de licence et ne génère pas la documentation de conformité exigée par les autorités réglementaires avant la livraison du code. Les agents IA exécutent des tâches, mais ne produisent pas les preuves qui tiennent l'entreprise à l'écart d'une mesure réglementaire coercitive, poursuit-il. Le schéma se répète dans tous les secteurs verticaux : l'IA compresse les fonctionnalités des produits de base et accroît les obligations de gouvernance. »

Reste que les clients SaaS n'accepteront probablement pas sans rien dire les augmentations de prix de nouveau prévues en 2026. La faiblesse actuelle de ce secteur constitue une opportunité inhabituelle. « Les fournisseurs de SaaS sont confrontés à la pression tarifaire la plus crédible depuis que le cloud a remplacé les licences sur site, et la fenêtre de négociation est désormais ouverte », conclut Collin Hogue-Spears.

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