Projets

Développement : Decathlon dans la course au numérique responsable

Développement : Decathlon dans la course au numérique responsable
Sous l’impulsion de Romain Taillade, le CTO de Decathlon, la démarche d’optimisation a été étendue à près de 2 000 développeurs. Objectif : en faire un réflexe collectif.

Decathlon a mis en place une méthodologie d'auto-évaluation de l'impact environnemental de ses développements, afin de repérer les services numériques ayant le plus grand potentiel d'optimisation.

PublicitéPendant des décennies, l'industrie s'est reposée sur la loi de Moore selon laquelle la puissance de calcul double tous les deux ans. Une dynamique qui a conduit les développeurs à prêter peu d'attention aux ressources nécessaires à leurs applications. Mais, désormais, cette dynamique ralentit. En réponse, Tristan Nitot, l'ex de Mozilla, du Conseil national du numérique et de Cozy Cloud aujourd'hui chez Octo Technology, a créé en 2024 ce qu'il a appelé la loi ERoom (Moore à l'envers), qui propose une autre trajectoire : doubler l'efficacité logicielle tous les deux ans, sans changer le matériel.

L'exemple présenté lors de la Duck Conf, le 24 mars au Parc Floral de Paris Vincennes, est marquant : un audit mené par Aurélien Massiot, consultant d'Octo Technology, cabinet de conseil appartenant à Accenture, sur un algorithme de machine learning a permis de faire passer un entraînement quotidien de 15 heures à seulement 10 secondes, soit un gain de performance de 5 400 fois. Au-delà de la prouesse technique, ce type d'optimisation illustre le potentiel considérable de réduction des ressources consommées.

Levier de sobriété numérique

L'idée de Tristan Nitot avec ERoom (qui est aussi l'acronyme d'effort radicalement organisé d'optimisation en masse) a été adoptée par Romain Taillade, le directeur technique groupe de Decathlon, afin de la déployer à l'échelle auprès de 2000 développeurs. Un projet ambitieux sur lequel le CTO s'est exprimé lors de la Duck Conf. « L'enjeu c'est de faire mieux avec ce qu'on a », résume Romain Taillade. En libérant des ressources, les travaux d'optimisation permettent de développer de nouveaux usages sans augmenter l'empreinte globale.

L'architecte logiciel, pivot du numérique responsable

Dans ce contexte, le rôle de l'architecte logiciel évolue profondément. Il ne s'agit plus seulement de concevoir des systèmes robustes et scalables, mais de penser des architectures respectueuses des limites planétaires. Chez Decathlon, cette transformation passe par plusieurs axes structurants, notamment avec des indicateurs comme l'Operational Resources Intensity (ORI), qui rapporte les ressources consommées aux opérations. L'architecte doit désormais intégrer ces indicateurs dans sa conception logicielle.

Les architectes doivent aussi identifier les éléments critiques, ERoom poussant à cibler les composants les plus énergivores pour maximiser l'impact des optimisations. ERoom structure cette transformation autour de six dimensions clés : produit, architecture, infrastructure, stockage et data, algorithmes et code, et simplicité des changements. Un autre axe majeur de la transformation du distributeur, présenté comme la « secret sauce » par Romain Taillade, repose sur une automatisation massive permettant de diffuser les bonnes pratiques à grande échelle avec, pour objectif, l'établissement d'un langage commun entre toutes les équipes.

PublicitéL'optimisation, un nouveau terrain d'innovation

Les résultats observés chez Decathlon confirment l'intérêt de l'approche. De nombreuses optimisations ont permis de mettre en lumière des phénomènes contre-intuitifs, notamment « l'effet néon », une appellation que Romain Taillade explique avoir emprunté à son grand-père, selon laquelle il est parfois plus avantageux de garder un système allumé plutôt que de le redémarrer souvent.

Autre découverte du CTO et ses équipes après quelques mois : le poids des micro-instabilités, qui génèrent une consommation inutile liée aux redémarrages en boucle. Sans oublier l'optimisation de la dépense énergétique durant les phases de test, qui est possible en les regroupant plutôt qu'en dispersant ces opérations.

Selon le CTO, ces ajustements ont permis à Decathlon d'économiser environ 23 000 kWh, soit l'équivalent de l'utilisation de machines à laver par 1 500 personnes pendant un an. Un exemple concret de l'impact que peut avoir une architecture logicielle pensée en fonction de l'optimisation des ressources.

Partager cet article

Commentaire

Avatar
Envoyer
Ecrire un commentaire...

INFORMATION

Vous devez être connecté à votre compte CIO pour poster un commentaire.

Cliquez ici pour vous connecter
Pas encore inscrit ? s'inscrire

    Publicité

    Abonnez-vous à la newsletter CIO

    Recevez notre newsletter tous les lundis et jeudis