Stratégie

Devant l'Assemblée nationale, Capgemini défend son indépendance vis-à-vis de Microsoft

Devant l'Assemblée nationale, Capgemini défend son indépendance vis-à-vis de Microsoft
Aiman Ezzat, directeur général de Capgemini et Karine Brunet, directrice mondiale des opérations et du delivery du groupe, lors de l'audition à l'Assemblée nationale le 26 mars.

Interrogé en Commission d'enquête devant l'Assemblée nationale, le DG de Capgemini a précisé sa position sur le rôle de l'ESN dans le choix d'Azure pour le HDH et dans les accords entre Bleu et Microsoft.

PublicitéLe 26 mars, c'était au tour de Capgemini d'être auditionné par la Commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l'indépendance de la France par les députés Philippe Latombe et Cyrielle Châtelain, respectivement président et rapporteure. Deux sujets ont tenu le devant de la scène : le rôle joué par l'ESN dans le choix de Microsoft Azure pour la Plateforme de données de santé (Health data hub) et celui qu'elle tient au sein de Bleu.

Aiman Ezzat, directeur général de Capgemini, a répété à de nombreuses reprises, en introduction et en réponse aux questions des députés, que ses clients choisissaient seuls la technologie qu'ils souhaitaient déployer. Autrement dit, que l'ESN, elle, n'intervenait pas dans ce choix. Le député Philippe Latombe a cependant souhaité savoir si, dans le cas précis du Health data hub, Capgemini ayant été présent dès « la phase de construction stratégique au départ de ce projet, n'a pas participé au choix de l'utilisation de Microsoft ». « Vous ne participez pas non plus à la décision d'EDF d'utiliser Salesforce et AWS », a-t-il ajouté. « Vous n'agissez qu'en maîtrise d'ouvrage de l'implémentation du changement des systèmes d'information ? » Sans répondre sur ces projets spécifiques, le DG de Capgemini a insisté : l'ESN peut apporter dans certains cas « des éléments de conseil par rapport aux spécifications [listées par le client]. Et si, ce qui arrive dans une minorité de cas, ils nous posent cette question [liée aux technologies], nous les aidons à comprendre les solutions disponibles, leurs contraintes ou leur adéquation aux besoins. » Aiman Ezzat a également précisé ultérieurement que, dans la majorité des cas, la société n'intervient qu'une fois que le client a pris cette décision technologique, avant d'ajouter que de telles décisions ne sont pas que technologiques, mais sont aussi liées à la « dépendance par rapport à certains fournisseurs, à des questions de prix, à des questions contractuelles ».
Pas d'intervention dans le choix des technologies

Sur le Health data hub, le DG de Capgemini a par ailleurs confirmé que le montant de la prestation de l'ESN sur le projet Azure était d'un ordre de grandeur de 10 M€, comme l'a précisé Laurent Vilboeuf, directeur par intérim de la plateforme de données de santé, lors de son audition devant la même commission d'enquête le 17 mars dernier. Plus globalement, en France, le secteur public représente 588 M€ de CA en 2025, soit 14% des revenus en France contre 15% au niveau du groupe. « Ma compréhension de notre rôle sur le projet, c'est que notre intervention auprès des équipes du Health data hub a démarré comme mission de conseil pour structurer le projet et l'équipe, a complété le DG de Capgemini. Nous avons joué à l'époque un rôle de coordination de projet. [...] Donc, oui, nous avons apporté..., nous apportons toujours des éléments de réponse à nos clients. Mais on ne structure pas le choix technologique, quelles que soient les spécifications. [...] Et il faut rappeler que les gens prennent des décisions sur les solutions en fonction de ce qui est disponible au moment de la décision. Ce qui était disponible il y a sept ou huit ans, quand cette décision a été prise, n'était pas du tout le même contexte qu'aujourd'hui. »

PublicitéPas d'accord avec Capgemini-Microsoft via Bleu

Le DG a par ailleurs réfuté, "à sa connaissance", « un possible intérêt économique, financier ou commercial à proposer une solution technologique d'un certain nombre d'entreprises ». Une interrogation du président de la commission, au regard en particulier de la présence de Capgemini en 2020 - le HDH a été créé fin 2019 - en tant que prestataire de référence au sein de l'Ugap, la centrale d'achats du secteur public. D'une façon plus générale, la directrice mondiale des opérations et du delivery du groupe, Karine Brunet, a précisé que les accords stratégiques entre Capgemini et des acteurs comme Microsoft ou Google sont « principalement des accords autour du développement des compétences de nos collaborateurs ».

En ce qui concerne Bleu, qui s'appuie sur Microsoft Azure, Aiman Ezzat a rappelé que Capgemini était investisseur dans cette société indépendante et n'intervenait qu'à ce titre . » Les accords sont entre Bleu et Microsoft. Comme Orange, j'ai des membres au conseil d'administration, mais je suis traité par Bleu comme n'importe quelle autre société de service en France. C'est important de le comprendre. » Le DG de l'ESN a ajouté que Bleu avait bien un accord commercial avec Microsoft, sans quoi il ne pourrait utiliser sa technologie, mais que ce n'était pas le cas de l'ESN dans ce contexte. « Cependant, nous avons passé beaucoup de temps - et nous arrivons au bout - pour aboutir à une solution déconnectée. C'est très compliqué en termes de solution technologique. Personne de Microsoft n'a accès en quoi que ce soit à ce qui se passe dans Bleu. Ce sont des centres de calcul en France avec du capital français, des employés français, et une société [Bleu] complètement étanche à toute loi extraterritoriale. [...] Aucune personne de Microsoft en France ou ailleurs, ne peut avoir accès à Bleu. »

Des hyperscalers conscients des enjeux de souveraineté

Philippe Latombe a également interrogé Capgemini sur la différence faite par l'ESN entre Bleu et AWS, puisque celle-ci a passé un accord avec le cloud d'Amazon. En réponse, Karine Brunet a estimé que si les offres cloud des trois grands hyperscalers ne sont pas Secnumcloud, ils « entendent la demande de souveraineté des clients européens et ont tous raffiné ou revu leurs offres de service. [...] AWS a fait une réponse avec une solution qui a une structure juridique basée en Allemagne qui les protège aussi de l'extraterritorialité. Google a fait des propositions avec des solutions qui sont à même de travailler en mode autonome ou en autarcie et peuvent être installées dans des datacenters clients ou dans des datacenters Google. Ainsi, AWS n'est pas Secnumcloud à l'heure où nous nous parlons, mais peut répondre à des contraintes de souveraineté et de dépendance stratégique. Même si elles ne seront pas aussi bien couvertes, ou de la même manière, qu'avec une solution Bleu ou S3NS.

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