paroles de DSI : "Michel Allain"

Michel Allain

Directeur de l'Organisation et des Systèmes d'Information et Directeur-adjoint de la Sacem (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique)


par Bertrand Lemaire
Michel Allain, Directeur de l'Organisation et des Systèmes d'Information de la Sacem (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique).

A l'occasion du Midem, le Marché International de la Musique qui se déroule au Palais des Festivals à Cannes du 27 au 31 janvier 2008, nous avons rencontré Michel Allain, DOSI de la SACEM.


Diplômé de l'Université Paris Dauphine (maîtrise de sciences de gestion et troisième cycle "gestion et systèmes d'information"), Michel Allain, 45 ans, a été notamment responsable des études puis DSI au sein du groupe SODEXHO, DSI de DaimlerChrysler Services. Il est entré à la Sacem en 2002 en tant que Directeur-adjoint, Directeur de l'organisation et des systèmes d'information.


(28/01/2008) - Parmi les enjeux mentionnés dans le dernier rapport annuel de la Sacem, il y a la baisse des coûts de fonctionnement. Quelle est la contribution des SI à cet objectif ?

Lorsque j'ai été nommé, il y a un peu plus de cinq ans, nous avons fait une analyse de l'existant et commencé à travailler sur un schéma directeur qui a cet objectif.
Notre situation est tout à fait similaire à celle des banques : la Sacem s'est informatisée très tôt (notre premier Mainframe date de 1969) mais il en a résulté un SI certes robuste et fiable mais compliqué à maintenir et faire évoluer.
En février 2003, nous avons validé un schéma directeur dont l'objectif est de progicialiser ce qu'il est possible de passer sous progiciel et de refondre les spécifiques de notre coeur de métier. Notre plate-forme historique est sur une base Cobol sur Unisys. Nous passons, pour nos spécifiques, à du J2EE sous Weblogic de BEA sur des serveurs Sun/Solaris et, côté progiciel, à la e-Business Suite d'Oracle. Notre base de données et notre SSO est celle d'Oracle, sur des serveurs Linux Red Hat. Nous privilégions Linux tant que possible pour de simples raisons de coût.
Notre schéma directeur a évolué au fil du temps, en fonction d'une vision stratégique, avec un point bisannuel en comité directeur. La fin des mainframes est prévue pour 2010-2011.
Mais le schéma directeur n'est pas seulement technique : il s'agit de modifier en profondeur nos méthodes de travail et processus pour accroître nos services et notre productivité.
Nous avons désormais l'obligation d'industrialiser nos processus car les opérations tendent à se multiplier avec des montants très faibles. Par exemple, pour une chanson achetée sur iTunes 0,99 euro, nous collectons 0,07 euro qu'il faut ensuite répartir entre les ayant-droits, ce qui peut aller jusqu'à une quarantaine de personnes !
Sur TF1, on va analyser à la seconde la diffusion. Par contre, pour des diffusions dans des bars ou dans des petites manifestations, nous allons utiliser un mode forfaitaire. La Sacem dispose de toute une gamme de forfaits adaptés à toutes les situations, y compris de la diffusion sur des sites web.

Comment gérez-vous votre évolution ? Par Big Bang ?

Non. Nous avions environ 25 millions de lignes de code Cobol (ce qui est très similaire à ce que l'on trouve dans les banques). Nous avons migré environ la moitié des programmes en migrant module par module.
Nous avons procédé globalement dans la suite logique des opérations, sauf lorsqu'il y avait des de gros gisements de productivité sur certaines opérations que nous avons migré en priorité : gestion des sociétaires, gestion des oeuvres et des droits attachés, gestion des programmes de diffusion, facturation et répartition.
Via des contrats avec tous ses homologues dans le monde, la Sacem gère tout le répertoire mondial en France et reçoit du monde entier pour le répertoire que nous gérons (y compris certains artistes étrangers, comme le ministre de la culture brésilien Gilberto Gil). En tout, nous avons 650 000 clients dont 15 000 étrangers pour 1,3 million de factures par an au bénéfice de 115 000 sociétaires. Ceci dit, le monopole de la Sacem en France est de fait, pas de droit.

Pour gagner en productivité, optez-vous pour les téléprocédures ?

Tout à fait. Nous avons ouvert un portail Sacem.fr en septembre 2003 sur lequel nous ouvrons progressivement des services en tentant de remonter au maximum directement à la source de l'information, nos clients ou nos sociétaires.
Quatre communautés sont concernées par le portail : le grand public (consultation du répertoire, informations générales...), les sociétaires (consultation du feuillet, c'est à dire le suivi des rémunérations, les oeuvres en cours d'authentification , les demandes de diffusion gratuite pour un auteur sur son propre site web...), les clients (FAQ, formulaires pour déclarations, quelques téléprocédures pour les petits projets...) et enfin le personnel Sacem (1500 personnes, 850 au siège et 650 en régions).
La Sacem est, en terme d'organisation et de technique, plutôt en avance sur ses homologues dans le monde. C'est ce qui fait, par exemple, que le réseau mondial des sociétés d'auteur est en train de se constituer sur une base d'un travail de la Sacem.

A propos, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l'initiative DDEX, le Digital Data Exchange ?

Il s'agit d'un consortium mondial (pour l'instant surtout Etats-Unis, Canada et Europe, bientôt Japon et Corée) regroupant les sociétés d'auteur, des producteurs et des diffuseurs (y compris Apple et Microsoft, qui sont au comité directeur). J'en suis le trésorier. Son objet est de normaliser les échanges de métadonnées autour des oeuvres numériques, y compris au niveau des dictionnaires pour le remplissage des champs dans des enveloppes XML. Les tags des fichiers Mpeg sont très insuffisants pour gérer les droits d'auteur et droits voisins.
A ce jour, la norme pour les échanges entre producteurs et diffuseurs est validée depuis six mois et est en cours d'industrialisation, les plu avancés étant Microsoft et Sony. Ce flux vise à annoncer des sorties d'oeuvres avec les caractéristiques de celles-ci. Il en est de même pour les flux entre d'une part fournisseurs de contenus et d'autre part producteurs et sociétés d'auteurs.
Le travail en cours concerne notamment le licencing, c'est à dire la demande d'autorisation de diffusion. Il y a des difficultés liées à des différences juridiques et procédurales entre Etats-Unis (les éditeurs y gèrent les droits des auteurs ) et Europe.
DDEX remplace des procédures très manuelles. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, beaucoup de procédures passent encore par des fax !

Un sujet polémique concerne la surveillance des échanges P2P. Comment, techniquement, comptez-vous opérer ?

Au départ, la surveillance des échanges a été manuelle. Ensuite, une fois une infraction constatée par un agent assermenté, il s'agit de remonter à l'adresse IP du fautif. Aller plus loin implique de passer par une procédure judiciaire : c'est à la justice de réaliser la correspondance IP-identité ou d'envoyer des mails d'avertissement. C'est une transposition de la procédure classique qui amène des agents assermentés à inspecter les discothèques et autres salles depuis un siècle ! Il s'agit de surveiller non pas la totalité des échanges mais de repérer les principaux, les mises à disposition plus que les téléchargements. Nous croyons à la vertu pédagogique de la riposte graduée.
Il n'est pas possible de demander un filtrage par protocole simplement parce que cela bloquerait les échanges légaux. Mais le protocole utilisé par un flux permet tout de même de s'orienter...
Si nous tenons à la défense des droits des auteurs, il ne faut pas accuser la Sacem et ses homologues des maladresses d'autres acteurs comme les producteurs. La confédération des sociétés d'auteur a voté en 2004 pour l'interopérabilité dans les formats d'échanges numériques et nous sommes hostiles aux mesures techniques de protection (MTP) : nous refusons de limiter le nombre de copies privées puisqu'il y a une redevance sur les supports vierges. Le problème des MTP, c'est Microsoft, Apple et des producteurs, pas les auteurs ou leurs représentants.
Il faut changer l'état d'esprit général afin de recréer le consensus autour du droit à une juste rémunération pour les créateurs.

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