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La fonderie australienne Tomago Aluminium redescend de son nuage

La fonderie australienne Tomago Aluminium redescend de son nuage
En 2020, la fonderie australienne Tomago Aluminium rapatrie son ERP sur site après 5 ans de cloud. (Photo Tomago Aluminium)

Après cinq ans passés dans le cloud, l'industriel australien Tomago Aluminium a rapatrié son ERP sur site en 2020. Le manque de transparence et des coûts élevés ont refroidi les ardeurs de la fonderie. Aujourd'hui, le directeur informatique Dennis Moncrieff maîtrise son infrastructure, ses données et ses frais, même s'il ne bannit pas totalement le cloud de l'avenir de l'entreprise.

PublicitéPour Dennis Moncrieff, directeur informatique du plus grand fondeur d'aluminium australien Tomago Aluminium, « si la transformation digitale est devenue un buzzword, elle reste néanmoins indispensable, car une entreprise moderne ne peut pas se permettre de s'appuyer sur des systèmes technologiquement anciens, voire obsolètes ». Reste que l'équilibre est délicat à trouver, comme il a pu en faire l'expérience. En 2015, l'industriel a en effet décidé de migrer son ERP dans le cloud. Sa version de SAP n'était plus prise en charge par l'éditeur et celle choisie pour la remplacer n'était pas disponible on-premise. Autrement dit, la migration vers le cloud devenait la seule option envisageable.

A l'époque, la démarche était relativement nouvelle et l'entreprise n'en comprenait ni tous les rouages ni toutes les implications. Elle a donc fait appel à un prestataire externe. « Or, à partir du moment où vos données sont externalisées, vous en perdez le contrôle, rappelle amèrement Dennis Moncrieff. Évidemment, la démarche a des avantages et des inconvénients, mais nous n'en avons pas pleinement pris la mesure. C'est l'un des pièges de se comporter en pionnier. » Durant les deux premières années, l'expérience s'est révélée plutôt positive avec une accélération de l'activité de Tomago Aluminium et une augmentation de sa résilience. Mais dès l'apparition des premiers problèmes de connexion, la DSI s'est rendu compte qu'il était particulièrement difficile d'en identifier l'origine tant le système comprenait de points de rupture entre l'utilisateur final et l'application cloud. « À quelques mois d'intervalle seulement, plusieurs problèmes sont intervenus, et à chaque fois, cela nous a demandé un long diagnostic pour identifier exactement d'où il provenait et ainsi obtenir le support adéquat. À cause de cela, les utilisateurs ont de moins en moins facilement accepté les incidents. »

Objectif : reprendre le contrôle

Or, lorsque vous exploitez une fonderie qui fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 - avec un ERP qui héberge les données relatives à environ 30 000 lignes de stock -, mais que vous n'êtes pas en mesure d'accéder à l'information dont vous avez besoin, quand vous en avez besoin, les implications peuvent être particulièrement graves. C'est pour cette raison qu'environ cinq ans après sa migration dans le cloud, Tomago Aluminium a commencé à remettre en question la situation. Avec une maturité bien plus forte du marché du cloud, l'entreprise pouvait désormais comparer son existant à d'autres solutions. En 2020, elle a donc exploré trois options : le retour on-premise, le service managé comme depuis 2015 et un ERP en SaaS. Pour Dennis Moncrieff, la comparaison portait essentiellement sur la propriété des données, la transparence et les coûts. Or, cette réévaluation a révélé un important manque de vision, de contrôle et de visibilité des systèmes existants.

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« Nous avions un véritable essaim de grosses boîtes noires. Et nous ne pouvions pas garantir au conseil d'administration que nous contrôlions la conformité, la sécurité ou la due diligence. » Dennis Moncrieff, directeur informatique de Tomago Aluminium. (Photo Tomago Aluminium)

« Dans une entreprise comme la nôtre, un ERP tient une place gigantesque, précise le directeur informatique, et il peut être particulièrement difficile de garder la trace de tout ce que l'on utilise ou pas. Quand vous payez 20 000 $ d'électricité, vous allez vouloir vérifier votre compteur et l'alignement de votre consommation avec la facture. Mais si votre compteur est verrouillé et que vous recevez un bout de papier à la fin du mois vous disant que tout va bien et que vous devez 20 000 $, vous allez probablement poser des questions ! » C'est ce qui s'est passé pour Tomago Aluminium. Son prestataire ERP lui a affirmé que tout était sécurisé et fonctionnait parfaitement, sans qu'ils n'aient aucun moyen de vérifier l'exactitude de ces déclarations.

Retour on-premise et maîtrise des coûts

« Tout ce que nous avions, c'était un véritable essaim de grosses boîtes noires, se souvient le directeur informatique. Nous avions investi et obtenu des services en échange, mais il nous était impossible de dire au conseil d'administration avec certitude que nous contrôlions totalement la conformité, la sécurité ou la due diligence. » En 2020, Tomago Aluminium a donc finalement décidé de rapatrier son ERP on-premise. Une démarche qui a rapidement porté ses fruits. « Nous savons maintenant exactement quels sont nos taux de croissance du SI, si nos systèmes sont à jour, ou quels sont nos coûts, car ce sont les mêmes chaque mois, résume Dennis Moncrieff. Avec le cloud, dès que nous voulions réaliser des expériences supplémentaires ou fournir un bac à sable à nos développeurs pour des tests, nous devions payer des frais supplémentaires. J'ai beaucoup plus de systèmes et un paysage applicatif beaucoup plus vaste que lors du rapatriement du système, il y a quatre ans, pourtant le coût est resté exactement le même. Compte tenu de la croissance que nous avons connue ces dernières années, il se peut que le cloud ait en réalité freiné notre capacité à innover et à améliorer l'efficacité de l'entreprise. » Et comme le précise Dennis Moncrieff, c'est d'autant plus vrai chez un industriel où le budget informatique est constamment en concurrence avec le budget consacré aux machines destinées à la production.

Pour autant, le DSI ne renonce pas totalement au cloud pour l'avenir. « Pour moi, précise-t-il, il s'agit d'allouer la bonne charge de travail au bon endroit. Pour une installation comme la nôtre, qui fonctionne finalement aussi au quotidien comme une fonderie d'aluminium, il est essentiel de conserver une partie de nos données sur site, à proximité des machines de production. En revanche ce n'est probablement pas aussi important d'avoir un accès permanent à certaines de nos données historiques. » Pour Dennis Moncrieff, il est cependant essentiel de tempérer l'enthousiasme que le cloud peut engendrer. « Il faut vraiment s'assurer que l'entreprise est prête à tirer parti de ce type de configurations et que ses fondations soient assez solides pour comprendre comment réellement utiliser le cloud pour résoudre les problèmes. »

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