Stratégie

IA : les employés moins optimistes que leurs directions

IA : les employés moins optimistes que leurs directions
Si les dirigeants restent optimistes quant au potentiel de l’IA, seul un employé sur trois se dit prêt à s'adapter aux changements induits par la technologie. (Photo : TP Asanka Rathna Kumara/Pixabay)

Les dirigeants sont plus optimistes que les employés quant à l'IA. Si les premiers se focalisent sur le potentiel de transformation des modèles économiques, les seconds se heurtent aux difficultés d'intégration de la technologie dans leur quotidien.

PublicitéD'après une étude récente, les dirigeants d'entreprise sont plus optimistes quant au potentiel de l'IA que leurs employés, la plupart de ces derniers déplorant le manque de formations adéquate et de feuilles de route claires en matière d'IA. Un écart de 15 points sépare ainsi les dirigeants affirmant que l'IA a eu un impact positif significatif sur leur entreprise des employés ayant une perception similaire. Seul un employé sur trois se dit prêt à s'adapter aux changements induits par l'IA, selon cette étude menée par Google Workspace dans 6 pays (dont la France) et auprès de 2500 dirigeants et travailleurs du savoir. Cette étude fait écho à une analyse précédemment menée par Writer, fournisseur de solutions d'IA, qui avait déjà constaté un enthousiasme plus marqué des dirigeants que de leurs employés concernant le déploiement de l'IA.

Si 61 % des employés interrogés déclarent utiliser l'IA quotidiennement, plus de quatre sur cinq souhaitent que leur entreprise investisse davantage dans cette technologie, révèle par ailleurs l'étude de Google. « Un tiers des employés ne se sentent pas préparés en raison des lacunes du leadership, explique Derek Snyder, directeur du marketing produit chez Google Workspace. Les employés constatent l'engouement, mais restent sceptiques quant à leur capacité à accomplir des tâches concrètes et craignent que cela ne les ralentisse. »

Un problème majeur réside dans le manque de formation des employés à l'IA, ajoute Derek Snyder, nombre d'entre eux étant perdus face aux outils disponibles. « Les employés ne savent pas quels outils utiliser et se sentent complètement paralysés, explique-t-il. Ils entendent parler de tel ou tel outil, mais ils ignorent lequel choisir et pour quelle tâche. »

Manque de maturité

L'étude souligne également que l'optimisme des dirigeants concernant l'IA dépasse non seulement l'opinion des employés, mais aussi le niveau de maturité réel de leur organisation en la matière. Google Workspace, à partir de plusieurs indicateurs recueillis lors de l'étude, a calculé que seulement 3% des entreprises sondées ont été profondément transformées par l'IA. Près des trois quarts d'entre elles en sont aux prémices de leur transformation.

Ce constat fait écho aux résultats d'une autre étude récente menée par Riverbed, fournisseur de solutions d'observabilité AIOps. Cette dernière soulignait qu'une large majorité de spécialistes techniques, de dirigeants d'entreprises et de DSI sont persuadés que leurs organisations répondront à leurs attentes en matière d'IA... alors que seulement 12% d'entre elles ont déployé cette technologie en production à l'échelle de l'entreprise.

PublicitéSelon Derek Snyder, les entreprises fortement transformées par l'IA ont généralement des ambassadeurs de cette technologie présents dans toutes les fonctions de l'entreprise, plutôt que concentrés au sein d'une équipe spécialisée. Ces organisations bénéficient également d'un fort sponsoring de leurs dirigeants, ces derniers s'impliquant dans l'explication de l'intérêt de l'IA auprès des employés. « Lors des réunions, les dirigeants vont évoquer la manière dont les membres de l'organisation, ou eux-mêmes, ont pu, grâce à l'IA, accomplir des tâches qu'ils n'auraient jamais pu faire auparavant, explique-t-il. Cela crée un climat de confiance, car certains employés ont encore l'impression de tricher. » Google Workspace recommande également aux organisations de créer des feuilles de route IA transparentes et évolutives. Et d'identifier et prioriser les succès de la technologie démontrant sa valeur ajoutée.

Un objectif... sans feuille de route

D'autres experts en IA constatent également un besoin accru de leadership pour guider les employés et les organisations. Selon une étude menée par BambooHR, fournisseur de services RH, moins d'un tiers des employés ont accès à une formation formelle en IA. Alan Whitaker, responsable de l'IA chez BambooHR, compare le déploiement de la technologie à la complexité de la mise en oeuvre d'un CRM, qui nécessite une réflexion approfondie sur les processus et l'architecture des données, ainsi qu'un accompagnement par une formation adéquate.

« L'IA exige la même approche méthodique, voire davantage, car elle impacte tous les aspects du travail, affirme Alan Whitaker. Si l'on se contente d'acheter un outil et de laisser chacun l'installer et se débrouiller, les résultats seront inégaux et chaotiques et l'investissement inefficace. »

Alan Whitaker n'est pas surpris que les dirigeants soient plus optimistes quant à l'IA que leurs employés. Les dirigeants perçoivent le potentiel de transformation des modèles économiques, de création de nouvelles sources de revenus et de résolution de problèmes complexes, tandis que les employés se concentrent sur le court terme. « Les dirigeants anticipent une croissance du chiffre d'affaires grâce à la GenAI, mais ne proposent pas de stratégie claire pour y parvenir, explique-t-il. Les employés ont des livrables à rendre, des clients à servir et des indicateurs de performance à atteindre, tout en devant apprendre une méthode de travail fondamentalement nouvelle. Et ils ne voient pas suffisamment d'exemples concrets et réalistes de l'utilisation de l'IA dans leur quotidien pour les rassurer. »

Nourrir l'optimisme

Il existe une différence naturelle entre l'attitude des dirigeants et celle des employés face à l'IA, confirme Jean-Philippe Avelange, DSI du fournisseur de connectivité cloud managée Expereo. Les premiers l'envisagent sous l'angle d'un portefeuille de projets, incluant les gains d'efficacité, l'amélioration de l'expérience client et la modernisation des opérations, explique-t-il. « En revanche, les employés vivent l'IA de manière beaucoup plus personnelle, souligne-t-il. L'incertitude quant aux compétences requises, aux changements de workflows et à l'impact sur l'emploi engendre naturellement cette prudence. »

Si ce manque d'optimisme n'est pas surprenant, il est néanmoins possible d'y remédier, selon lui. « La solution réside dans la transparence, dans des programmes de perfectionnement pratiques et dans la démonstration concrète aux équipes de la manière dont l'IA enrichit leur travail au lieu de le remplacer, dit-il. Lorsque les employés comprennent les garanties et constatent des avantages tangibles, l'optimisme grandit. »

Une étude menée par Yooz, fournisseur de processus financiers automatisés, confirme les résultats de l'enquête Google Workspace. Le rapport Yooz 2025 sur la résistance aux technologies en milieu professionnel, publié en début d'année, révèle que près de la moitié des employés se sentent exclus de l'adoption de l'IA. « Lorsqu'ils se sentent mis à l'écart, les gens hésitent, résistent ou évitent tout simplement d'utiliser les nouveaux outils, explique Laurent Charpentier, Pdg de Yooz. La préparation à l'IA ne se résume pas à l'accès aux logiciels. On parle ici de communication, de formation et de démonstration aux employés de la manière dont ces outils fluidifient les tâches manuelles au lieu de menacer leurs emplois. »

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