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Oracle- Hyperion : un nouveau casse-tête pour les DSI ?

PublicitéL'histoire des technologies de l'information est parsemée de rachat. Celui de l'éditeur Hyperion par Oracle s'inscrit dans une suite logique, qui n'est d'ailleurs pas terminée. Pour s'en convaincre, on peut regarder ce qui s'est passé en vingt ans et les changements intervenus dans la liste des vingt premiers fournisseurs mondiaux de technologies de l'information. La recomposition du marché a été presque totale. Ainsi, tous fournisseurs confondus, entre le classement de 1984 et celui de 2004, il n'y a que six sociétés communes : IBM, NEC, Hitachi, Siemens, Fujitsu, HP. En vingt ans, les cartes mondiales ont donc été largement redistribuées. Aucune position ne peut être considérée comme acquise. Le rachat d'Hyperion est l'illustration de ce postulat. Et avant lui l'acquisition, dans d'autres domaines, de Peoplesoft (par le même Oracle) ou de Mercury (par HP)... La liste des petits, moyens ou même gros éditeurs est encore longue : depuis des acteurs bien installés (comme Business Objects, SAP, Cognos, BEA...) ou davantage positionnés sur des niches métiers (par exemple Cartesis) sont évidemment susceptibles de faire l'objet d'acquisition. Il n'empêche : il est vrai que le domaine, le décisionnel en l'occurrence, est stratégique et sensible à la fois pour les DSI et les directions générales. Ainsi que pour les directions financières, cible privilégiée d'Hyperion. Il l'est d'autant plus que Hyperion prend soin de se démarquer du décisionnel pour centrer sa stratégie sur le BPM (Business Performance Management). D'un point de vue stratégique, Oracle a réalisé une bonne affaire en intégrant, pour 3,3 milliards de dollars, les 12000 clients d'Hyperion dans 90 pays, dont 700 en France (Air Liquide, Alstom, Bouygues, Arcelor, L'Oréal, Michelin, Auchan, Casino, Carrefour, La Redoute, France Telecom, BNP Paribas ou encore la Direction générale de l'aviation civile). D'une part parce cela muscle et diversifie son offre, ce que cherchent à faire tous les éditeurs de logiciels. "L'acquisition d'Hyperion par Oracle va lui apporter les meilleures capacités en termes de consolidations budgétaire et financière, des domaines dans lesquels les fournisseurs d'ERP connaissent traditionnellement des difficultés. Ces applications, combinées avec les technologies analytiques d'Oracle et d'Hyperion, devraient apporter à Oracle une position forte sur les BPS, une fois que les problèmes d'intégrations et de chevauchements de produits auront été réglés", estiment les analystes du cabinet d'études Forrester. Ensuite, Oracle va plus facilement surfer sur la vague du décisionnel et de ses problématiques associées (solutions de consolidation financière et de gestion de la performance). Lors du dernier Gartner Business Intelligence Summit, qui s'est tenu à Londres début février, le cabinet d'études a révélé ses derniers chiffres : « A l'horizon 2012, la BI et le management de la performance représenteront 85% des applications et des process », prévoit Nigel Rayner, analyste du Gartner. Par ailleurs, « 39% des DSI estiment que le plus grand changement en matière de systèmes d'information au cours des trois prochaines années concernera l'usage stratégique de la business intelligence », précise Donald Feinberg, analyste du Gartner. Comme il est d'usage dans un contexte d'acquisition, les protagonistes se veulent rassurant : que ce soit Godfrey Sullivan, le Président et CEO d'Hyperion, qui assure que les produits d'Hyperion et d'Oracle sont interopérables, que chaque client va pouvoir évoluer à son rythme vers les nouvelles générations de solutions Oracle (Oracle Fusion) et que rien ne changera côté des ventes, du support et du service. Ou Lawrence Ellison, le CEO d'Oracle, qui assure que la combinaison des solutions de Performance management d'Hyperion combinée aux outils de Business Intelligence forme un système de bout en bout incluant la planification, la gestion budgétaire, la consolidation financière, le reporting opérationnel et la gestion de la conformité. Pour les DSI, l'impact de ce rachat est triple. Il crée trois difficultés. La première est une difficulté d'ordre stratégique. Le fait que la concurrence se réduise, peut poser problème dans la mesure où la présence de plusieurs fournisseurs sur un segment de marché offre une arme de négociation intéressante aux DSI dans le cadre d'appels d'offres. Une réduction du champ de la concurrence atténue l'impact de cet atout., toutes choses égales par ailleurs. La seconde difficulté est d'ordre opérationnel, à moyen terme. D'une part, pour les entreprises qui sont en phase de choix d'une solution et dont le DSI va se demander, à juste titre, probablement pressé par sa direction générale et sa direction financière, s'il est judicieux d'opter pour un fournisseur qui vient de se faire racheter et pour lequel il n'a pas encore de garanties formelles quant à la pérennité des solutions qu'on lui propose. D'autre part, pour les entreprises qui ont déjà intégré les produits Hyperion dans leur système d'information et qui, comme il est habituel dans ce type d'opérations, vont devoir affronter une période de déstabilisation chez leur fournisseur, notamment parmi les forces commerciales, dont le turn over risque d'augmenter. Enfin, la troisième difficulté est d'ordre tactique. La marque et les produits Hyperion sont très connus des directions financières, bien plus que les outils d'infrastructures ou de middleware. Les turbulences inévitables liées à l'acquisition d'Hyperion vont probablement susciter des questions très concrètes aux DSI, qui ont intérêt à en anticiper les réponses.

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