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Edito - RSE : les DSI irresponsables et coupables

Edito - RSE : les DSI irresponsables et coupables
Bertrand Lemaire est rédacteur en chef de CIO.

La responsabilité sociétale et environnementale dans l'IT est un objet de communication, guère d'action, alors même que tout n'est pas compliqué.

PublicitéLa semaine passée, Claire Hédon, qui a succédé à Jacques Toubon au poste de Défenseur des Droits, a fustigé les errements de la e-administration, sources de discriminations, notamment vis-à-vis de populations en difficultés. Le même jour, le Club de la Presse Informatique B2B tenait une réunion sur le sujet de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) dans l'IT. Pour les DSI comme pour les directions générales, la RSE est un beau sujet de communication. La sobriété numérique, en particulier, est un objet de rapport pour le Cigref mais aussi de travail commun du même Cigref avec les fournisseurs dans des iunitiatives telles que Planet Tech'Care. Mais, concrètement, la force du business as usual est bien là. L'inertie est reine. Les actions restent limitées même si de belles initiatives existent et la CIO.expériences Infrastructures 2022 : réduire ses émissions carbone - Une plus grande efficacité grâce à des infrastructures composables, éco-responsables et virtualisées organisée par CIO sera d'ailleurs diffusée le 15 mars 2022 en les mettant en avant.

La RSE IT comprend d'une part ce qui relève de la sobriété numérique mais aussi d'autre part les considérations d'éthique et d'accessibilité. Claire Hédon a rappelé combien l'accessibilité était encore problématique alors même qu'il y a de véritables contraintes légales... peu respectées. L'éthique, dans l'IT, comprend les mêmes préoccupations que celles de toutes les industries (pas de travail des enfants dans les usines fabriquant les ordinateurs...) mais aussi des préoccupations propres comme le respect de la vie privée. La part IT de la RSE est rarement présentée (à peine mentionnée) dans les rapports généraux de RSE. Et cette part IT est récente, même si on peut considérer que, quelque part, c'est une résurgence du sujet du Green-IT.

Maudite obsolescence programmée

Il est vrai que calculer des scores sur des indicateurs clés de performance de RSE n'est pas évident dans l'IT. Mesurer l'énergie consommée par un datacenter, ça, c'est simple. Déjà, si on veut inclure ce qui relève des usages, les méthodologies sont souvent hétérogènes voire très contestées (pour ne pas dire folkloriques). Et inclure les éléments issus des achats (comme l'empreinte carbone de la fabrication des serveurs mais aussi la consommation en cloud) relève de la gageure. Or l'essentiel de l'empreinte carbone d'une DSI provient probablement des achats de matériels. Un « indice de réparabilité » est bien prévu pour les terminaux grand public par la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) mais ne concerne pas les matériels d'entreprises.

PublicitéL'obsolescence programmée est en effet, sans doute, la pire cause d'empreinte carbone. Et, récemment, j'ai eu à ce sujet une mauvaise surprise. Je dispose d'un smartphone Android de trois ans (un Samsung Galaxy A8 pour être exact) fonctionnant parfaitement. Jusqu'à présent, j'y accédais sous Windows 10 avec l'explorateur de fichiers et un câble USB. Mais, avec Windows 11, surgit l'obligation d'utiliser un assistant logiciel (l'explorateur ne reconnaît plus le téléphone comme une mémoire de masse externe) et, surtout, cet assistant n'accorde qu'un accès très limité pour les smartphones qui ne sont pas très récents. Outre me compliquer mon expérience utilisateur sans raison, cette nouvelle approche me limite dans mes usages (comme utiliser le téléphone à des fins de sauvegardes de fichiers, copier de la musique ou récupérer facilement des photos) sous le seul prétexte d'une certaine ancienneté du terminal.

Les normes obligatoires manquent

Certaines industries possèdent des normes obligatoires. Une voiture trop polluante, par exemple, ne pourra pas obtenir un agrément l'autorisant à circuler sur la voie publique. Dans l'informatique, les obligations sont quasi-inexistantes. Certes, le RGPD réglemente le sujet éthique de la préservation de la vie privée. Certes, la directive européenne D3E (Déchets d'équipements électriques et électroniques) réglemente la fin de vie des matériels des professionnels. Mais le coût du traitement fait que beaucoup d'entreprises ont trouvé une astuce : le don aux associations. Cela cultive une image responsable, altruiste... et supprime le coût du traitement des déchets électroniques. Il y a une différence entre un objet recyclable et l'effectivité de ce recyclage.

Et sans recycler ou détruire, le matériel existant peut simplement évoluer. Jadis, rajouter une barrette mémoire, changer de disque dur (ou en ajouter un) voire de carte mère était simple (enfin, plus ou moins). Aujourd'hui, ouvrir un capot peut casser la garantie. En matière de stockage, certains (Pure Storage par exemple) mettent un point d'honneur à proposer des solutions modulaires permettant des évolutions en douceur au fil des besoins. Beaucoup proposeront de telles solutions seulement si on les sollicite fortement (et pour conserver la garantie, une exclusivité d'approvisionnement s'imposera). Et certains s'y refusent. Ma mésaventure avec mon smartphone relève d'un problème de mise à jour purement logicielle.

Des aiguillons, peu d'obligation

Alors, certes, il y a des aiguillons, faute de vraie réglementation contraignante. Les clients, les analystes financiers voire les collaborateurs font pression. Dans le cadre de la guerre des talents, l'aiguillon est réel. De même, la forte croissance du coût de l'énergie incite à réaliser des économies. Et la migration dans le cloud, poussée par les fournisseurs, a comme effet secondaire de remplacer des datacenters peu optimisés par ceux des grands acteurs mondiaux, plus efficients. Mais, puisque nous sommes en campagne électorale, on peut rêver que le sujet de la RSE IT soit inclus dans les programmes des candidats. On peut rêver, de fait.

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