Stratégie

Dans les banques, l'éparpillement de la data et le Legacy freinent le déploiement de l'IA

Dans les banques, l'éparpillement de la data et le Legacy freinent le déploiement de l'IA
Dans la City de Londres. Dans plus de 80% des banques d’affaires, les programmes de transformation, dont ceux axés sur l’IA, n’ont pas permis de générer un chiffre d'affaires supplémentaire. (Photo : Ichigo121212/Pixabay)

Les banques d'affaires peinent à déployer l'IA à grande échelle, leurs budgets informatiques étant largement mobilisés par le maintien en condition opérationnelle des technologies existantes.

PublicitéLes dirigeants de banques d'affaires et d'investissement (CIB pour Corporate and Investment Banking) qui mettent en oeuvre des programmes d'innovation technologique n'obtiennent pour l'heure que des résultats décevants. Plus de quatre sur cinq indiquent, dans une récente étude de Capgemini Research Institute, que le déploiement de ces projets n'augmente pas leur chiffre d'affaires. Sur le terrain des gains d'efficacité, le constat est un peu meilleur, mais reste en-deçà des attentes : 51% des répondants reconnaissent que les programmes d'innovation n'ont pas permis de réaliser les économies espérées. Ajoutons enfin que 57% des dirigeants de ces mêmes établissements admettent ne pas avoir atteint leurs objectifs en matière de fiabilité ou de réduction des erreurs avec ces mêmes initiatives.

Plusieurs facteurs handicapent les efforts de transformation des banques d'affaires, à commencer par la fragmentation de la donnée, un frein cité par 71% des dirigeants interrogés. « Les données sont la pierre angulaire de la réussite de l'IA et de la transformation numérique. Sans accès sécurisé à des données et des documents internes de haute qualité, les technologies avancées n'offrent qu'une valeur limitée », souligne Guillaume Lesage, Pdg adjoint d'Amundi, la filiale de gestion d'actifs du groupe Crédit Agricole, cité dans l'étude (en téléchargement ici).

Gouvernance centralisée : seulement une banque sur quatre

Par ailleurs, les DSI du secteur travaillent avec des contraintes financières liées au patrimoine qu'ils entretiennent. Les dirigeants sondés estiment qu'en moyenne seulement 29% des budgets IT sont consacrés aux projets de transformation, tandis 43% sont engloutis dans la maintenance des systèmes existants. Sans oublier le poids grandissant de la conformité, qui grignote des parts croissantes des budgets.

Au-delà de ces deux premiers défis, liés au Legacy, la fiabilité des modèles, le manque de gouvernance des projets et la mise sur pied d'un cadre de contrôle adapté à l'IA pose également des difficultés aux banques d'affaires. 49% des dirigeants admettent connaître des problèmes de fiabilité avec leurs solutions d'IA. « Bien que les banques d'investissement et de financement aient investi massivement dans l'IA, beaucoup peinent à dépasser le stade de projet pilote, analyse Catherine Chedru-Refeuil, responsable des activités banques de financement et d'investissement chez Capgemini. L'une des principales raisons est la gouvernance : seulement 26% des banques appliquent une supervision centralisée de l'IA, ce qui freine les équipes dans l'automatisation des processus métier essentiels ». Et d'appeler le secteur à créer des plateformes de niveau entreprise et à développer un écosystème de partenaires de confiance. Un saut quantique d'autant plus nécessaire que 89% clients de ces banques s'interrogent sur la fiabilité des résultats générés par l'IA dans les services bancaires.

PublicitéLes clients menacent d'aller voir ailleurs

L'étude de Capgemini, menée auprès de 150 dirigeants de banques d'affaires et d'investissement mais aussi de 600 cadres supérieurs d'institutions et de multinationales clientes de ces établissements, pointe aussi l'urgence de ces transformations pour un secteur confronté à la concurrence de nouveaux acteurs. 62% des clients des banques d'affaires réclament des services digitaux sans couture, en self-service. Plus de la moitié attendent une réactivité en temps réel de leur établissement, 49% souhaitent une interaction personnalisée et 40% recherchent des produits innovants. Or, moins d'un quart des clients estime que les banques répondent actuellement à ces attentes.

« La longueur des procédures d'intégration, la fragmentation des processus KYC (Know your customer, soit l'ensemble de procédures d'identification et de vérification, NDLR) et l'hétérogénéité des modèles opérationnels entre les banques continuent de ralentir les interactions avec les entreprises. Ces pratiques héritées du passé engendrent d'importantes inefficacités et révèlent un fossé grandissant entre les attentes des entreprises et la rapidité de modernisation des services traditionnels des banques d'affaires et de financement », commente ainsi Matthieu Bouchery, directeur du financement et de la trésorerie du groupe Orange. 85 % des entreprises prévoient de faire appel à un établissement financier non bancaire, autrement dit à un concurrent des établissements traditionnels, au cours des 12 prochains mois, « à la recherche de services plus rapides, plus transparents et plus réactifs », assure Capgemini.

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