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Le patronat réclame une vision numérique au gouvernement


Edition du 18/01/2008 - par Bertrand Lemaire

'Faire de la France un leader de l'économie numérique' : vaste programme, aurait dit Charles de Gaulle ! C'est en tout cas le titre d'un rapport très revendicatif présenté par une série d'organisations patronales autour du Medef, d'Alliance-TICS et de la fédération Syntec.

Le 18 janvier matin, au siège du Medef, plusieurs organisations patronales (Medef, Syntec Informatique, Alliance-Tics, Afa, Afors...) ont présenté le rapport 'Faire de la France un leader de l'économie numérique'. Très revendicatif, il présente d'une part un tableau mi-figue mi-raisin de la situation française en matière de développement du numérique, avant de se pencher sur des demandes précises au gouvernement.

Certes, la France n'est pas sans atouts numériques dans la concurrence mondiale. Jean Mounet, président du Syntec Informatique, a notamment pointé la qualité de la formation des ingénieurs français, la capacité d'innovation des TME (mais qui ont souvent du mal à grossir), de nombreux leaders mondiaux (dans les télécoms, les services...), une infrastructure haut débit de qualité exceptionnelle...
A l'inverse, toujours selon Jean Mounet, la France accumule les plans « à la manière des couches de pâtes dans les lasagnes », ce qui marque l'absence de conviction autour de l'économie numérique : « La France a des idées mais manque de suite dans les idées ».

Pour Jean Mounet, la France doit capitaliser sur ses forces pour être en tête après une prochaine rupture technologique, car « dans un marathon, il est inutile de courir pour tenter de rattraper quelqu'un parti une demi-heure auparavant ».

La grande dynamique des pays émergents devenus parfois leaders sur un marché est d'ailleurs la principale menace identifiée par le Syntec : les télécoms en Corée, le logiciel en Israel, les services en Inde... Le représentant patronal a alors cité Antoine de Saint-Exupéry : « l'avenir, tu n'as pas à le prévoir, tu as à le permettre ».

Deux actualités bien opportunes pour défendre cinq propositions

Le matin même de la présentation du rapport, deux actualités illustraient la pertinence d'une réflexion sur le sujet de l'économie des TIC. La première était négative : le projet de taxe sur l'économie numérique pour financer la télévision publique, projet qui ne cesse de déclencher les foudres des professionnels des TIC. La seconde marquait au contraire le dynamisme du secteur : l'offre de SFR d'un micro-ordinateur minimal pour 200 euros (voir encadré ci-dessous).

Le rapport 'Faire de la France un leader de l'économie numérique' se termine par cinq familles de propositions concrètes dont voici les revendications fortes :

- Libérer les énergies des entreprises du domaine des TIC. Cela pourrait ainsi passer par la création des fameuses 'Soficiel', équivalent dans le domaine des logiciels aux 'Sofica' du secteur audiovisuel, avec une fiscalité très attractive pour les investisseurs.
Une autre revendication concerne la création d'un crédit d'impôt innovation aux critères tournées vers l'industrialisation des idées nouvelles, après l'invention en elle-même couverte par le non moins fameux 'crédit impôt recherche'.

- Renforcer les usages des TIC, comme par exemple en lançant des grands programmes à enjeux sociétaux ou par la 'réduction de la fracture numérique'.

- Adapter les infrastructures et la gestion des fréquences aux nouveaux enjeux et usages. Cela implique d'une part de préparer le futur très haut débit et de ne pas s'endormir sur l'excellent 'haut débit à la française'. Et la réutilisation du spectre de fréquences issu de l'abandon de la télévision analogique est aussi un enjeu...

- Préparer l'avenir. C'est, par exemple, améliorer la place de la France dans les organismes internationaux de régulation et de normalisation, comme renforcer la recherche et développement.

- Mettre en place une gouvernance forte, ce qui suppose qu'il y ait un 'Monsieur' ou une 'commission' porteuse d'une vision d'Etat sur le sujet de l'économie numérique. Au passage, Jean mounet a regretté que le quasi-défunt CSTI (Conseil Supérieur des Technologies de l'Information) créé par Jean-Pierre Raffarin ne se soit réuni que deux ou trois fois pour, au final, pas grand'chose.

En aparté, un représentant patronal a admis que, depuis le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, le développement numérique n'était plus pris autant au sérieux qu'auparavant. La création du CSTI, par exemple, n'aurait été qu'une simple manoeuvre médiatique. Si même le patronat se met à regretter Lionel Jospin...


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