La Gendarmerie Nationale va progressivement migrer ses 70 000 postes de travail sous Linux Ubuntu, au fil des renouvellements de matériel. Mais la gouvernance appliquée depuis des années rend cette migration massive sans conséquence. Ou comment une stratégie cohérente appliquée depuis 2004 rend indépendant un certain nombre de processus techniques... et permet de diminuer les coûts.
Un non-évènement bien préparé
Considérer une telle migration comme un non-évènement peut surprendre... Pas le colonel Nicolas Géraud : « Tout tient aux architectures choisies après le passage à l'an 2000 afin de limiter les difficultés de maintenance et d'évolution rencontrées, notamment du fait de l'interdépendance entre les multiples applications. Nous avons mis en oeuvre un socle technique assurant toutes les 'commodités' (traçabilités, annuaire, SSO, messageries, passerelles d'interconnexion, sécurité etc.). »
« Ce socle est constitué de modules indépendants, ne communiquant qu'au travers d'interfaces utilisant des standards ouverts. Dès lors, si l'on bouge une brique, il n'y a plus aucun effet domino. Toutes les applications métier viennent s'adosser à ce socle technique et sont accessibles via une interface web. »
« Dans ce contexte, le système d'exploitation du poste de travail ne constitue plus une contrainte. Ce choix d'architecture nous permet d'économiser, par rapport à la situation antérieure, 20% sur le coût de réalisation des systèmes d'information métier. »
Sur le plan technique, et au contraire de projets métier comme le SIRH AGORHA ou le système de rapprochement judiciaire ARIANE, la migration du poste de travail ne mobilise qu'une équipe réduite, similaire à celle utilisée pour déployer les systèmes d'exploitation antérieurs . « Ce qui est important, ce sont les applications métier, le système d'exploitation est une commodité ; le PC est neutre, banalisé », martèle Nicolas Géraud.
Une gestion du changement adaptée
La Gendarmerie Nationale a choisi une interface Gnome avec une ergonomie proche de Windows XP pour une migration dans la continuité. « Les gendarmes non-informaticiens ne sont pas administrateurs de leur poste et la migration sera pour eux sans véritable rupture. Nous prévoyons cependant un didacticiel sur l'Intranet pour les quelques modifications d'apparence sur l'interface et le système de gestion des fichiers », explique Nicolas Géraud.
L'administration des postes étant confiée à des personnels déjà formés à Linux Debian, leur adaptation à Ubuntu fait partie de la formation continue. La Gendarmerie Nationale prévoit aussi une heure de présentation de la nouvelle interface lors des formations aux nouveaux logiciels métier qui, eux, constituent les véritables enjeux informatiques.
Le choix de Linux Ubuntu pour les postes de travail vient après celui d'OpenOffice en 2005, de Thunderbird et de Firefox en 2006. Nicolas Géraud se souvient : « avant 2004, nous achetions 13 000 licences d'outils bureautiques par an. Sur les budgets 2005, 2006 et 2007, nous n'en avons acheté que 27, soit moins de 10 par an. A ce jour, moins de 2 % des postes ont une deuxième suite bureautique en plus de OpenOffice, en lien avec des usages particuliers ou certaines adhérences applicatives résiduelles qui disparaîtront dans l'avenir. »
La force essentielle des choix stratégiques de la Gendarmerie Nationale réside dans leur cohérence. A titre d'illustration, cette armée recrute chaque année 10 à 15 000 personnes qui passent donc nécessairement en école professionnelle. Un mois après le choix d'OpenOffice, tous les nouveaux recrutés étaient formés sur OpenOffice...